La Guadeloupe aux prises avec un monstre chimique

Le chlordécone est un perturbateur endocrinien avéré, un neurotoxique classé cancérigène possible en 1979. Ce chlordécone a été massivement épandu en Guadeloupede 1972 à 1993, pour lutter contre un charançon amateur de bananes. L’outre-mer avait pour cela obtenu une dérogation spéciale, car la métropole avait officiellement banni cet insecticide en 1990, tandis que les Etats-Unis avaient stoppé net sa production et son utilisation dès 1976 : trop dangereux.

Résultat : l’île doit désormais vivre avec ce « monstre chimique », comme l’avait qualifié l’auteur d’un des nombreux rapports sur cette catastrophe.

 199599_10150104056896805_3781093_n[1]La présence de la molécule a été repérée dans l’eau de source puis dans les patates douces, les ignames, le manioc. Mais paradoxalement pas dans les bananes. Depuis, on découvre, analyse après analyse que le chlordécone a contaminé toute la chaîne alimentaire, y compris les bovins et des poules – avec une concentration élevée dans les œufs. La faune locale (tourterelles, grives…)

Après avoir pollué les sols, ce pesticide poursuit ses dégâts en mer. Au fur et à mesure de la contamination, ont été contaminés les ouassous (crevettes bleues caribéennes), les crabes de la mangrove, les poissons d’estuaire, les rougets barbets, les brochets de mer, les mérous.

Chaque fois qu’on cherche le chlordécone, on le trouve. Même dans le lait maternel.  Une équipe de chercheurs a mis au jour un risque accru de cancer de la prostate lié à une exposition chronique.

250foetus[1]Puis ils ont examiné le développement de nombreux bébés exposés au pesticide in utero. Les conclusions sont sans appel: retard du développement psychomoteur, réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle, retard de la motricité fine… Cette enquête nommée « Timoun » (enfant en créole) a fait beaucoup de bruit aux Antilles. Qui en a entendu parler en métropole ?

La molécule se révèle incontrôlable, sa durée de vie est estimée à sept siècles« Il n’y a pas d’amélioration possible, déplore un biologiste de Guadeloupe : le chlordécone est piégé dans la vase des estuaires, il va être largué à chaque tempête. Il y en a pour des générations. »

En 1980, un rapport sur la contamination de la faune et de la flore de Guadeloupe avait été envoyé entre autres au ministère de l’environnement. Qui n’a pas bougé. En 2007, quatre associations et la Confédération paysanne ont déposé une plainte. Une procédure est en cours au pôle santé du tribunal de Paris.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore la littérature et la bande dessinée. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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