L'Altiplano, photo prise par Odile.

Le récit d’Odile, apprentie végé au Pérou

Il y a quelques années, j’ai rencontré une paraguayenne végétarienne qui faisait un stage en France et qui trouvait que la France était le paradis des végés, ce qui m’avait BEAUCOUP étonnée ! Elle m’avait décrit les orgies de viande, m’avait dit que le moindre repas de fête était un barbecue géant, et que les repas sans aucun légume étaient fréquents… 
Je n’avais donc pas une vision idyllique de l’Amérique du Sud d’un point de vue végé.

J’ai pu approfondir le sujet, au moins en ce qui concerne le Pérou, par un long échange de mails avec une lectrice de Vegactu. Un grand merci à elle pour ce témoignage !
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Vegactu : Tu vis au Pérou en ce moment, peux-tu nous décrire en quelques mots ce qui te frappe le plus autour de toi ?Poule

Odile :  La consommation de « pollo » (de poules et poulets) est très importante, à toutes les sauces dirons-nous, d’ailleurs difficile de trouver des plats sans viande de porc ou de boeuf, de chevreau…. 
Ça fait peur de voir comme cette population est en train de s’intoxiquer avec de pauvres oiseaux élevés misérablement, transportés dans des conditions pénibles et stressantes et tués avec cruauté… Le savent-ils seulement ?… Je pense qu’ils ne se posent pas du tout la question….
Et cette consommation gagne les campagnes…. Les élevages de volailles aux environs de Lima se trouvent en plein désert !!!!!  Comment faire cesser tout ça ???
Cela prendra-t-il fin un jour ???? Je me le demande vu que malheureusement c’est un « business » rentable… De plus selon ma vision les Péruviens sont attachés à leurs habitudes, tout comme beaucoup de pays, mais à la différence que le Pérou est en plein développement, l’engouement vers la consommation de masse est grandissant.
 
Lorsque je demande dans les petites restaurations des marchés locaux et autres restaurants si les « tamales » (mélange de maïs et légumes cuit à la vapeur) sont à la viande, on me répond non c’est au « pollo » (comprenez au poulet) comme si la chair de poule n’était pas de la viande donc j’en conclus qu’on considère cet animal comme une sous-viande, ainsi, se rend-on vraiment compte que le pollo est un animal ou juste un aliment blanc qu’on effiloche et qu’on inclus dans un « pancito » (un petit pain rond) ?
LégumesUne précisions : si dans les menus des restaurants au Pérou il n’y a presque jamais de légumes, on en trouve pourtant beaucoup sur les marchés et pas cher, donc c’est juste étonnant de ne pas en voir dans les assiettes !! J’en conclus que c’est un phénomène culturel.
Il est heureusement possible de cuisiner dans certains hôtels et backpakers donc de préparer ses légumes (brocolis, épinard, céleri, salade, haricot verts, persil,etc…)
 
Vegactu : Tout repas est basé sur la viande ?
 
chevreauOdile : Oui au Pérou tous les repas tournent autour de la viande. D’ailleurs pas un repas sans un bout de viande dans la soupe, « lomo saltado » (mélange de frites, oignons, tomates etc… avec du boeuf), « pollo à la brasa » (poulet frite), « cerdo al orno » (porc au four) ou « a l’estofado » (mijoté), tripes, abats, etc… Il y aussi sur toute la côte Pacifique nord une forte consommation de « cabrito » (chevreau), dans différentes régions montagneuses le « cuye » (cochon d’inde) facile et peu coûteux à élever, dans les campagnes on les fait grandir dans des lieux souvent petits et fréquemment insalubres. Dans certains restaurants du Pérou tout comme en Equateur on expose carrément des cochons entiers près « à la découpe »…
Reste aussi les poissons, mollusques et crustacés, la consommations est très importante sur tout le littoral Pacifique et les avions permettent de transporter les produits de la mer un peu partout dans le pays, ainsi par exemple à Cajamarca aux pieds de la Cordillère des Andes, j’ai découvert un stand au marché local où c’est le défilé constant de 8hOO du matin à 15h00 pour se procurer un « ceviche » de poisson et poulpe, c’en est industriel,  j’ai essayé une fois mais cet engouement pour engloutir du poisson m’écœure  Où est le plaisir ?!

Il en va de même à l’échelle nationale pour le « pollo a la brasa » (poulet frite), là,  il s’agit là d’un véritable phénomène de société car les « pollerias » (resto à poulet/frites) fleurissent partout dans tout le pays, pas un village, pas une rue dans les grandes villes où il ne soit possible de consommer ce plat. Quand on sait comment sont élevés ces malheureux oiseaux…. ça fait vraiment peur pour ce qui est de la santé publique, d’autant que sur le plan gustatif et nutritionnel  ça ne vaut rien… et bien sûr la vie de ces malheureux animaux est une vrai misère.

Chinois

Les plats sont beaucoup à base de riz, pomme de terre, haricot sec, manioc, lentilles (parfois heureusement !), mais des légumes verts pas ou très très peu… Pour dire je n’ai pas réussi à manger de légume au court de toute la semaine dernière, heureusement hier j’ai trouvé un « Chifa », resto chinois très répandus dans tout le pays, où j’ai pu demander un repas uniquement de légumes, il était grand temps !!
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Les fruits sont abondants donc là aucun problème pour en manger régulièrement et les « jugerias » (cafétéria à jus de fruits) sont très nombreuses.
 
Vegactu : Peux-tu nous parler un peu de toi ? Es-tu végétarienne, végétalienne, végane ?
 
vinaigre-blancOdile : Une précision, je ne suis pas végane, car je porte encore des chaussures en cuir et j’ai des vêtements en laine, mais j’ai vraiment conscience que c’est la peau d’animaux morts que j’ai aux pieds et ça commence vraiment à faire son chemin dans mon esprit. Par contre je n’utilise aucune cosmétique industriel et contenant des extraits d’animaux, et le moins possible de médicaments (qui ont forcément été testés sur animaux), la nature offre un large pane de plantes très efficaces et je ne m’en porte que mieux,  je vérifie d’une manière générale la composition de tout ce qui pourrait contenir des dérivés d’animaux. Pour ce qui est de l’entretien de la maison je n’utilise que du vinaigre blanc, du bicarbonate de sodium, des noix de lavage indiennes pour le linge et le liquide vaisselle est bio. 
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J’ai supprimé de mon alimentation tout animal tué et surtout élevé industriellement, mais jusqu’à présent je consomme encore du poisson sauvage (c’est ma faille) mais là aussi ça fait son chemin en moi… Je mange des œufs de ferme et ai réduit considérablement les produits laitiers et le lait depuis que j’ai vraiment réalisé ce qui est imposé aux vaches et à leurs petits afin de donner le lait aux humains, d’autant que le fameux calcium que les industriels de la filière lait nous obligent à ingurgiter se trouve dans de nombreux aliments (légumes, oléagineux,…) et que notre corps d’adulte n’a pas besoin de lait. 

canstock11557570En fait auparavant lors de mes voyages au Pérou, je n’avais aucun problème à me restaurer car avant 2011 je mangeais de tout même du célèbre « pollo a la brasa » (poulet-frites industriel) très bas prix (environ 1.50€ le quart de poulet… le poule entier 4€), du porc, du bœuf  et même du chevreau (j’en ai honte aujourd’hui)…. Mais ça c’était avant que j’aille voir en 2011 une conférence sur l’industrie de la barbaque projeté à l’IUT de Vannes en janvier 2011, vidéo choc à l’appui, le jour même j’ai décidé que je ne pouvais plus être un maillon de ce génocide insoutenable. Les 6 premiers mois je me suis laissée tenter une dizaine de fois à acheter des morceaux de viande, poussée par de vieux réflexes, de vieilles habitudes de consommation, mais ces tentatives m’ont laissé un goût amer à tous les sens du terme. Progressivement j’ai consulté des sites et des vidéos montrant et expliquant les processus réels d’élevages monstrueux, et de mises à mort cruelles, la plus complète étant bien sûre « Earthlings » qui dure 1h30 et que j’ai regardé de bout en bout. Je poste régulièrement le lien sur ma page facebook, en souhaitant vivement qu’elle soit visionnée par d’autres personnes.

Earthlings

A 20 ans déjà j’avais cessé de mangé de la viande, car j’avais découvert les bienfaits du yoga et du végétarisme compensant uniquement à l’époque par le soja pour les protéines, sans savoir vraiment que tous les éléments nutritifs se trouvent dans le végétal et mon alimentation manquait d’apport en tout genre, et puis  la « bonne cuisine familiale » a eu raison de ma résolution, et je suis retourné à une alimentation « inconsciente ».
Outre l’influence environnementale et sociale, je n’étais surtout pas assez informée sur ce qu’enduraient les animaux, sur les conséquences écologiques et sur l’industrie médicamenteuse sinon très vraisemblablement je n’aurais jamais plus mangé de viande depuis lors. 
 
L214Ma consommation de viande n’a jamais été énorme, donc je n’ai pas eu de mal à cesser d’en consommer du jour au lendemain et mon goût pour les végétaux a toujours été assez accentué ainsi pas trop difficile pour moi d’imaginer des plats colorés aux nombreuses saveurs et aux multiples bons éléments nutritifs !! 
Je suis adhérente de l’association L214 afin de soutenir les actions en faveurs des animaux d’élevage. 
 
Vegactu : Parle-nous aussi de ton parcours, qu’est-ce qui t’a amenée au Pérou ?
 
Odile : J’ai découvert le Pérou en 2006 en tant qu’ accompagnatrice de groupes de touristes, puis j’y suis retournée pour enseigner quelques semaines le français à Puno au bord du Lac Titicaca et participer à quelques actions humanitaires, j’ai effectué le stage de mon Master en tourisme en 2009 etc… En 2010 j’ai fait un break de 6 mois au Pérou, Equateur, Chili et Bolivie. En tout un peu plus de deux ans au Pérou… presque péruvienne donc !
 
Vegactu : Merci beaucoup Odile pour tous ces détails. Quelle sera la prochaine étape pour toi en Amérique du Sud ?
 
Odile : J’ai encore plusieurs pays à visiter, mais, je reviendrai toujours au Pérou et en Equateur car j’y ai des amis,  je vais vraisemblablement développer un projet touristique. Par ailleurs j’envisage de prendre position auprès des populations rurales pour qu’elles adoptent des gestes écologiques comme par exemple démontrer les bienfaits du vinaigre blanc pour tout nettoyer et désinfecter dans la maison.
Le pays connait une explosion de la consommation, et le modèle occidental est idéalisé et imité à tort et à travers, je souhaite à mon échelle contribuer à éviter que les populations rurales s’empoisonnent avec tous ces détergents proposés à la vente et dont les rayons de tous les magasins « dégueulent ». Avec l’aide de professionnels de l’environnement faire la promotion d’une nature propre. Actuellement des spots télé commencent à faire passer des messages de cet ordre, c’est donc en bonne voie…  mais la tâche est rude !!!
Révolution végéJe compte faire passer des messages sur les bienfaits du végétarisme et sur les dangers sur la santé de la consommation de la viande élevée industriellement, faire prendre conscience aux péruviens que je rencontrerai qu’ils ont un patrimoine fabuleux et qu’il n’y a aucune raison de vouloir copier l’occidentalisme. Je ne pense pas que les péruviens deviendront tous végétariens mais au moins contribuer à réduire cette consommation et revenir à une alimentation plus saine et en lien avec la nature. C’est possible !… En espérant que cela serve de modèle aux pays voisins…
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Quelques photos prises par Odile durant ses pérégrinations… Âmes sensibles, ne cliquez pas.

 

L'Altiplano, photo prise par Odile.
L’Altiplano, photo prise par Odile.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore la littérature et la bande dessinée. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.
  • Mascha

    Très bon article! Je n’imaginais pas le Pérou comme cela, mais cela ne me surprend pas, j’ai entendu dire que c’était la même chose dans les Antilles. Il aurait été intéressant, toutefois, d’en savoir un peu plus sur la mentalité des gens sur le végétarisme. Par exemple, se moque-t-on des végétariens, les comprend-t-on, pose-t-on des questions intéressés ou de dégoût? Bref, comment est-ce reçu?
    Merci pour cette entrevue! 🙂

    • liligondawa

      Un deuxième article avec le témoignage d’Odile est prévu pour ce week-end. Je lui transmets ta question 🙂

      • Mascha

        Oh merci! ^^

  • Pingback: Le végétarisme vu par les sud-américains()

  • Alain.jpg

    http://www.nowmadnow.com/buen-provecho-experimentations-vegetariennes-a-cusco/

    Sur cette page, une non-végétarienne raconte : « Depuis que j’ai franchi la frontière péruvienne, il ne se passe pas un jour sans que l’on me demande si je suis végétarienne… Etrange, étrange… ».
    Ca lui a donné envie de tenter l’expérience de manger végétarien pendant plusieurs semaines dans la ville de Cuzco. Quelques jolies photos de plats végé à voir !
    Ca laisse quand même une impression différente.

    • liligondawa

      Euh le post va vraiment dans le sens de ce qu’a noté Odile… Les restos végés où est allée la blogueuse sont les restos à touristes (sans connotation négative), où les prix doublent ou triplent car ce ne sont pas ceux où mangent les locaux. Dans chaque grande ville aujourd’hui, un peu partout dans le monde, tu trouves des restos végés car la clientèle touristique mondiale compte effectivement des végés…
      Si on lui a posé la question de savoir si elle était végé, c’est peut-être parce que les communautés sectaires qui sont aussi végés, sont très présentes en Amérique du Sud, ce dont parlait Odile dans son second article : http://www.vegactu.com/divers/international/le-vegetarisme-vu-par-les-sud-americains-6659/

      • Alain.jpg

        C’est vrai que je n’avais pas lu l’autre article avant de commenter celui-ci.

        Si mes impressions étaient si différentes, c’est sans doute de mon point de vue de touriste potentiel qui se demande à quel point il pourra se nourrir facilement (toujours une préoccupation dans mes voyages…).

        En lisant que tout tourne autour de la viande et qu’il n’y a pratiquement jamais de légumes dans les menus des restos, j’ai pensé : « galère… »
        Alors qu’en lisant le billet de la blogueuse, je me suis dis strictement l’inverse. Elle ne parle d’ailleurs pas que des restos « bio-bobo » mais aussi des menus qu’on peut trouver sur les marchés. Et puis rien que le fait que pas mal de gens s’attendent à ce qu’elle soit végétarienne, c’est assez sidérant !

        Remarque, il y a également beaucoup de grandes villes en France où il est très difficile de manger végétalien dans les restos, à moins d’aller dans les étrangers (libanais, indiens…) ou dans des « bio-bobo » qui sont ici aussi souvent plus chers (c’est évidemment relatif, mais le lunch végétarien péruvien à 1,70 € fait rêver… C’est tout juste un café ici !).

  • Pingback: Odile, témoignage péruvien : suite et fin()

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