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Pour ou contre la viande de synthèse ? Lettre ouverte à Philosophie Magazine (et contre Dominique Lestel)

A Philosophie Magazine

Bonjour,

Je me permets de vous contacter au sujet de l’article « Pour/Contre » de votre numéro de Mars 2017, dans lequel Florence Burgat et Dominique Lestel dissertent brièvement sur la question « Va-t-on manger de la viande de synthèse ».

Je suis étonné car il me semble qu’au nom de l’équité, vous donnez la parole à quelqu’un dont les arguments sont d’une tenue que je considère indigne de figurer dans vos pages.

A Florence Burgat qui s’appuie sur les découvertes les plus récentes de la paléoanthropologie, et une connaissance aiguë de rites africains ou amérindiens, Dominique Lestel répond par un discours faiblement argumenté (« Paul Shepard a raison de dire que », formule toujours douteuse, quel que soit son sujet), dont les prémisses sont erronées (« le végétarien éthique, que j’appelle végane »), et dont la conclusion est hors-sujet (« être végane sans être hostile à l’hypercapitalisme actuel n’a pas grand sens »).

Je m’étonne qu’un professeur de philosophie un tant soit peu exigeant ne soit pas repassé derrière ce texte – inepte – de M.Lestel, pour lui demander sinon de revoir ses termes (la distinction végétarien/végane) du moins de faire l’effort de répondre à la question (qui n’est pas: « à quelles conditions être végane a-t-il du sens »).

L’impression donnée – d’autant plus dérangeante que vous donnez à Monsieur Lestel la parole en dernier, plaçant son intervention après celle de Florence Burgat – est que vous faites preuve, sur le sujet de la viande, d’une indulgence intellectuelle qu’on ne peut que trouver suspecte, voire partiale.

Monsieur Lestel se permet de tordre le sens des mots comme un lycéen au mois de septembre ne se le permettrait pas, comme lorsqu’il affirme que « le carnivore éthique est le véritable antispéciste », phrase scandaleuse et excessivement idiote, tant elle repose sur une compréhension extrêmement superficielle de l’antispécisme (mais monsieur Lestel n’a clairement que faire du sens des mots, qu’il redéfinit à sa guise dès l’attaque de son texte).

Sa définition de philosophe amateur avec un muscadet dans une main et une patte d’oiseau tranchée dans l’autre suppose en effet que l’antispécisme tend à mettre toutes les espèces à égalité, quand il s’agit de mettre *leurs intérêts* à égalité.

Partant de là, on déduit que l’intérêt d’un lapin à ne pas mourir est supérieur à l’intérêt d’un humain à tirer ses protéines de sa chair plutôt qu’ailleurs (dans un pâté végétal aux champignons shiitake, par exemple). On s’occupera des cas litigieux, c’est promis, après avoir fermé les abattoirs et aboli la pêche industrielle.

Bref, Peter Singer a donné cette définition de l’antispécisme dans la Libération Animale, elle n’a jamais changé depuis ; c’est toujours la définition dont se réclame l’antispécisme d’aujourd’hui et, par extension, le végétarisme et le véganisme.

« Tous les animaux tuent pour manger », écrit monsieur Lestel, comme s’il était égal de tuer du bambou, de saigner une antilope ou d’abattre trois millions d’animaux par jour dans des usines… Il n’est pas sérieux – « sérieux » au sens philosophique du terme.

Monsieur Lestel a-t-il été payé pour ce texte? L’a-t-il été à égalité avec Madame Burgat? Si tel est le cas, compte tenu de l’investissement intellectuel qui a été le sien, je trouve cela injuste ; même si je peux comprendre qu’on ne rémunère pas un auteur au temps passé à réfléchir, mais seulement au feuillet.

En l’état, je vous garantis que monsieur Lestel vous a escroqués, et que la rigueur intellectuelle de son texte fait tache dans Philosophie Magazine (je garde un excellent souvenir de votre dossier intitulé « Pourquoi aimons-nous les animaux »).

En vous remerciant pour votre attention,

Bien cordialement,

Camille Brunel

P.S: Quand monsieur Lestel exige que la viande in vitro soit bonne pour la santé et accessible aux plus pauvres, j’espère que vous avez conscience qu’il se moque de vous: l’OMS a classé récemment la viande rouge parmi les substances les plus cancérigènes, et la viande coûte cher, oui, étant d’ailleurs dans des pays comme la Chine un marqueur de richesse – a fortiori la viande bio dont semble se réclamer l’auteur du texte. Idem lorsqu’il prétend ne consommer sa viande que « de façon respectueuse ». Quelle rigueur philosophique derrière une allégation aussi fumeuse? L’objectif était-il d’afficher au grand jour l’inanité de l’argumentaire carniste? Si tel est le cas, je me contenterai d’une confirmation de votre part. Bien cordialement.

A propos de Camille Brunel

Je suis critique de cinéma et journaliste pour le magazine Usbek&Rica. Mon premier roman, Vie imaginaire de Lautréamont, est paru aux éditions Gallimard en 2011, et j'en prépare actuellement un nouveau autour du militantisme antispéciste.
  • Sylvain Chevalier

    A ma connaissance, Peter Singer n’a jamais défini l’antispécisme (pas dans Libération animale, en tous cas): il a défini uniquement le spécisme. On peut en déduire la définition de l’antispécisme, bien sûr, mais autant être précis dans l’attribution des définitions à un auteur.

    • Camille Brunel

      En voilà un scoop! 🙂 Voilà ce qu’il écrit (dans la Libération animale): « Pour éviter une attitude spéciste, nous devons admettre que des êtres semblables sous tous rapports pertinents ont un droit semblable à la vie – et le simple fait pour un être d’appartenir à la même espèce biologique que nous ne peut constituer un critère moralement pertinent pour l’attribution de ce droit ». C’est ce qu’on appelle communément une définition de l’antispécisme (les paragraphes environnants sont à l’avenant)

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