Une étude s’intéresse aux enfants qui choisissent de devenir végétariens

En 2009 paraissait une étude de l’université de Harvard intitulée « Children Who Choose Not to Eat Meat : A Study of Early Moral Decision-making ». On pourrait traduire ainsi : Ces enfants qui choisissent de ne pas manger de viande – une étude des décisions morales prises très tôt dans la vie.

Mots-clés donnés par les auteurs : moralité ; engagement, végétarisme ; tolérance.

« Les jeunes enfants peuvent-ils faire leurs propres choix ? »

Voici une traduction de l’abstract scientifique :

Les jeunes enfants peuvent-ils faire leurs propres choix sur le plan des considérations morales, en particulier lorsque ces choix ne cadrent pas avec les pratiques de leurs figures d’autorité les plus proches ?
Pour répondre à cette question, nous avons étudié des végétariens âgés de 6 à 10 ans, indépendants — c’est-à-dire des enfants qui ont choisi de devenir végétariens, bien qu’ils aient été élevés dans des familles non-végétariennes.
Dans notre étude n°1, nous avons questionné ces enfants sur les raisons pour lesquelles ils ne mangeaient plus de viande ; leurs réponses ont été comparées à celles d’enfants végétariens issus de familles végétariennes, et à celles d’enfants non-végétariens issus de familles non-végétariennes.
Contrairement aux deux autres groupes, les végétariens indépendants évoquaient principalement la souffrance que la consommation de viande inflige à un animal mais, curieusement, ils n’ont pas condamné le comportement des mangeurs de viande.
Notre étude n°2 a tenté d’expliquer cette tolérance en examinant si les enfants se focalisent sur le fait qu’un individu a pris l’engagement de ne pas manger de viande. Les trois groupes d’enfants ont tous condamné la consommation de viande lorsqu’elle est pratiquée par des gens ayant pris l’engagement moral de devenir végétariens, mais pas lorsqu’elle est pratiquée par des gens qui ne sont pas engagés à cela.Les deux études montrent que les végétariens indépendants se sont engagés à ne pas manger de viande sur des bases morales et estiment qu’il serait mal de transgresser cet engagement. Cependant, à l’instar des enfants non-végétariens, ils restent tolérants envers les personnes qui n’ont pas pris de semblable engagement.

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« Les très jeunes enfants savent que les transgressions morales sont plus graves que les transgressions sociales »

Voici à présent une traduction du début de l’étude :

Les spécialistes ont montré que les jeunes enfants ont une conception du domaine moral qui leur est propre, et qu’ils comparent aux conventions sociales et aux domaines plus personnels.
Premièrement, avant d’entrer à l’école, les enfants savent déjà que les transgressions « morales » (par exemple frapper, voler) sont plus graves que les transgressions « socio-conventionnelles » (par exemple ne pas s’assoir à la bonne place, s’adresser à quelqu’un de façon non appropriée).
Deuxièmement, ils distinguent les domaines moral et socio-conventionnel du domaine personnel. Ils reconnaissent que de nombreuses actions (par exemple les loisirs, ou porter certains vêtements) relèvent de choix personnels et ne devraient pas appeler de jugement d’autrui.
Troisièmement, les très jeunes enfants montrent qu’ils ont une certaine conscience du fait que les transgressions morales, contrairement aux transgressions socio-conventionnelles et personnelles, peuvent être condamnables même en l’absence de règles ou de sanctions imposées par les figures d’autorité (…) et jugent inacceptables toute action qui cause de la souffrance ou de la détresse.

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Les auteurs

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Karen M. Hussar est professeur de psychologie à Harvard, formée en psychologie générale et infantile. Sa thèse, soutenue en 2007, portait déjà sur le refus de la chair animale chez les enfants et s’intitulait : « When Happy Meals Don’t Make Children Happy : Understanding Children’s Judgments about Meat-Eating«  (« Quand les happy meals ne rendent pas les enfants heureux : comprendre le point de vue de ces enfants sur la consommation de viande »).

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Paul L. Harris est psychologue spécialisé dans le développement de l’enfant, formé à Oxford. Son dernier livre, « Trusting What You’re Told: How Children Learn from Others » (« Croire ce qu’on vous dit : comment les enfants apprennent des autres« ) développe la question suivante : jusqu’à quel point les enfants vont-ils croire ce que leur entourage leur raconte, et quand vont-il se fier à eux-mêmes ? Et en effet il n’y a pas de meilleur sujet, pour étudier cela, que la réaction des enfants à la propagation des mythes carnistes (la viande est nécessaire pour vivre, l’animal ne souffre pas…)
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Pour en savoir plus

Pour ceux intéressés par la lecture de l’article complet, il est disponible en ligne (en anglais).

>> Lire l’article scientifique.

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A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore la littérature et la bande dessinée. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.
  • VGCedric

    Les jeunes enfants, sont pures et merveilleux. C’est cette société de merde (symbolisée en début de vie par les parents) et ses codes « socio-conventionnels » à la noix qui fait que la plupart d’entre eux (les plus faibles en réalité) vont « mal tourner » (avec ou sans guillemets, au choix du lecteur… ) En effet, c’est parce qu’ils voient leurs parents boire et fumer qu’ils en feront souvent autant plus tard. C’est parce qu’ils voient leurs parents pêcher ou chasser ou leur expliquer (dans le « moins pire » des cas) que la chasse c’est très très mal mais la pêche très très bien (car « comme chacun sait », un lièvre mérite de vivre mais pas un thon), qu’ils vont finir par le croire, et c’est parce que les parents leur expliquent qu’il faut surtout bien faire le distingo entre les gentils éléphants d’Afrique (dont il ne faut surtout pas acheter l’ivoire) et les insignifiants cochons dont il faut se gaver de la « bonne » viande… en ignorant le plus superbement possible les conditions d’élevage dont il faut surtout surtout mais alors surtout ne rien avoir à foutre car « comme chacun sait » là aussi, c’est pas notre problème ça, c’est celui des éleveurs (au passage, un éleveur se suicide tous les 3 jours en 2016 parait-il. Débrouillez vous avec ça, ceux qui prétendent que c’est génial l’élevage et/ou qui rêvent qui leurs enfants le deviennent…) J’arrête là, la liste exhaustive serait interminable.
    Mon admiration sans borne pour ces gamins qui deviennent VG en dépit de leur contexte familiale et font passer la morale (la vraie), bien avant les codes dégueulasses de la société moderne. Je leur tire mon chapeau, ce sont d’authentiques héros des temps modernes. Au dela, mes profonds respects à tous les vegans qui viennent de me lire (et « qui se reconnaitront » selon la formule consacrée). Vous êtes géniaux !

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