180km de vélo avec Mathieu (triathlete vegan), ironman de cologne

Ironman sous les 10h, le récit de Mathieu Herault

Mathieu Herault est un triathlète français végétalien. Nous avions réalisé une interview de ce grand sportif, et cette semaine il nous raconte comment il a terminé l’Ironman de Cologne sous les 10 heures. Pour rappel, un IronMan est un triathlon longue distance, avec 3,8km de natation, 180km de vélo, et 42,195km de course à pied (l’équivalent d’un marathon).

La préparation d’un Ironman

La préparation a commencé le 1er juillet, au lendemain de la demi finale sud des championnats de France des clubs de 3ème division à laquelle nous nous étions qualifiés. Mes problèmes de santé suite à l’intolérance au soja m’ayant privé d’un entraînement sérieux, j’ai fait une très mauvaise course, mais l’organisme et la tête avaient envie de retrouver de grosses charges. C’était le signe que mon coach, mon médecin du sport et moi même attendions sur cette date butoir. Normalement une préparation Ironman c’est 12 semaines, il en restait 9, c’était jouable mais je partais un peu « à poil ».

Dans ce contexte de santé fragile, mon coach m’a donné une consigne simple : y aller à l’envie, aucun plan. Ouch ! Ça m’a un peu déstabilisé. C’est donc tout en respectant une logique de semaines à thématiques dominantes (vélo ou course à pied), des volumes en augmentation et un travail « sur la fatigue » propres à une telle préparation, que jIl faut arriver sur un Ironman avec 5000km vélo dans les jambes (depuis le 1er janvier) ‘ai toujours été vigilant aux notions de plaisir et d’assimilation. J’ai pu réaliser de bons « Iron days » (ce sont des journées d’entraînement qui ressemblent grandement à la course finale, tant au point de vue kilométrage que rapidité) aux allures qui correspondaient à mon objectif de passer sous 10h, c’est à dire rouler à quasi 35km/h de moyenne, puis courir derrière à 11,5/12km/h. Il faut arriver sur un Ironman avec 5000km de vélo dans les jambes (depuis le 1er janvier) ; avec un mois de juillet à 2000km et un bon mois d’août, j’en avais un peu plus de 6500 au 1er septembre au soir. Fort de ces éléments, je me sentais capable mais tout juste. Le 2 septembre à Cologne, je réaliserais 9h57, c’est donc bien la preuve qu’une telle épreuve n’est que le reflet de ce qui a été répété en coulisse et qu’il n’y a pas vraiment de surprise possible (en dehors d’une galère).

Le jour J

Arrivé sur place un peu dans le flou puisque les rares et vagues retours que j’avais eu sur les forums quant à cette épreuve n’étaient pas très bons sur l’organisation. Bon, à part un ou deux détails étranges (comme le placement libre dans le parc à vélo), ils avaient quand même tout arrangé et ça a été absolument parfait !
Ce que je déteste au plus haut point sur les grosses échéances, c’est le stress de la soirée et de la nuit précédente. Dur de s’endormir, dur de se lever dans la nuit noire après 2 ou 3h de sommeil agité, dur de se forcer à manger. Et puis il ne fait pas bien chaud, eh oui c’est Jaillit un feu d'artifice tandis qu'ils se mettent en mouvement et que retentissent musique et salve d’applaudissements du public et compétiteurs admiratifs.l’Allemagne, c’est un peu ce que je redoutais moi qui ai bien été obligé de m’entraîner dans la fournaise ardéchoise. Dans le parc à vélo, quelque peu fébriles, on se met tous en combinaison trop tôt, c’est quand même LA journée qu’on attend depuis un an et pour laquelle on a durement économisé et travaillé. Les pros se mettent à l’eau, nous autres amateurs les regardons nager jusqu’au départ. Compte à rebours, et pan ! Jaillit un feu d’artifice tandis qu’ils se mettent en mouvement et que retentissent musique et salve d’applaudissements du public et compétiteurs admiratifs. Ya pas à dire, ça met dans l’ambiance !

Première partie : 3,8km de natation!

Et ça y est c’est à nous ! A chaque fois dès les premiers mètres, je ne peux m’empêcher de penser « ça y est Math, un an que tu attends ça et t’y es, c’est maintenant ! ».

Le bassin d'aviron pour les 3,8km de natation
Le bassin d’aviron pour les 3,8km de natation

Nous nageons dans un bassin de compétition d’aviron, au nord de Cologne. C’est donc très large et à seulement 500, on ne se bouscule pas. Des lignes d’eau délimitent les couloirs initialement prévus pour les bateaux, il n’y a plus qu’à les suivre comme à la piscine sans regarder devant comme habituellement en eau libre, quel confort ! De plus la distance est signalée sur le bord par des panneaux, mais j’aurai vraiment un doute quant à leur juste placement à la lecture des résultats : mon temps et même celui des pros sont très mauvais. Je sors de l’eau en plus de 1h02, moi qui nage sur IM en 58 ou 59mn habituellement. Bizarre car j’ai eu de bonnes sensations.

S’ensuit 180km de vélo

Mathieu à la sortie des 3,8km de natation
Mathieu à la sortie des 3,8km de natation

Je prends un peu de temps à la transition pour enfiler chaussettes, manchons et coupe-vent, pour éviter d’avoir froid. Le parcours vélo décrit une sorte de 9, T1 (aire de 1ère transition entre natation et vélo) est sous la boucle, T2 (entre vélo et course à pied) au bout de la queue. Nous partons vers le nord dans la campagne, paysages de champs, c’est plat et tant mieux car c’est ce que je suis venu chercher, je roule à plus de 40km/h en restant à 78-80% de la FCM (fréquence cardiaque maxi). Personne ne drafte (c’est à dire que personne ne profite de l’aspiration du cycliste de devant, c’est interdit à moins de 7m derrière le concurrent précédent), c’est réglo, c’est cool car il n’y a quasi pas d’arbitres et il faut compter sur la bonne volonté de chacun. En redescendant vers le sud on emprunte des rocades, moi qui en rêvais pour envoyer du gros ben finalement c’est pas hyper roulant. Revêtement granuleux, léger faux plat montant, petite brise de face, je suis à 32km/h, les allemands me doublent avec leur fréquence de pédalage si particulière, ils enroulent un développement énorme et tout en force. Puis arrive la cerise sur le gâteau, une succession de tunnels pour jouer à Alain Prost et un passage en plein centre ville devant la Cathédrale et sur le Rhin (photo de couverture de l’article). C’est sublime, le public est là, il fait beau, je suis bien, c’est un bon moment ! Il y a ainsi trois tours à effectuer. Vers le 140ème kilomètre, je sens que je commence à flancher un peu, ma moyenne jusqu’ici de quasi 36km/h commence à chuter légèrement, la faute à des sorties d’entraînement trop courtes.

Ironman de Cologne, passage sous un tunnel en vélo
Ironman de Cologne, passage sous un tunnel en vélo

Je saurai désormais que pour faire 180km en étant bien, il faut se préparer sur 180 à 200 et non 140. Je pose néanmoins le vélo en 5h10 à mon chrono, pile ce que je m’était fixé ! 34,8 de moyenne, ça va.

Pour finir, 42,195km de course à pied, soit un marathon

T2 (la transition entre le vélo et la course à pied) se fait donc en centre ville dans un parc. Je saute du vélo comme sur courte distance et me mets instantanément à courir, poussant ma machine sans éprouver de douleur, génial, ça c’est le travail qui paye. Ça me change de mon premier IM sur lequel je ne parvenais pas à désenjamber la selle. Je saute dans les chaussures et hop, c’est parti pour 3 tours de 14km, ça fait du bien de courir ! Petit détour le long du Rhin, puis faux plat montant, dur, passage sur le pont des amoureux vers la cathédrale, super sympa, descente sur l’autre rive et c’est parti pour une longue ligne droite vers le nord, aller et retour ; c’est ombragé, dommage car j’ai un peu froid, c’est une piste cyclable, il y a un peu de public. Puis on revient vers le sud jusqu’au pont qu’on utilisait à vélo pour ré-enjamber le Rhin et retourner à T2. Sauf que là pour monter dessus ce n’est pas un faux plat mais un escalier en colimaçon de 3 étages !

Il m’avait fait peur sur la vidéo mais finalement c’est une bénédiction d’être obligé d’y marcher et de se reposer un peu.

L'escalier lors du marathon de l'Ironman de Cologne, à monter 3 fois!
L’escalier lors du marathon de l’Ironman de Cologne, à monter 3 fois!

Le 1er tour passe comme une lettre à la poste puis je ralentis un peu de peur de m’épuiser trop vite. Je passe au semi marathon en 1h46. On dit que c’est à ce moment là que commence vraiment la course sur Ironman. Ceux qui ont su gérer pourront encore aller vite et reprendre ceux qui coincent. Perso je me moque du classement, je garde mes pensées rivées sur le sub 10h et m’emploie à de savants calculs pour savoir si je pourrai me permettre de lever le pied un peu avant la fin, car la douleur arrive et l’allure faiblit. Et voilà enfin le compte à rebours des 10 derniers kilomètres. Pour moi c’est là que commence ce que j’appelle le « mode survie ». Je commence à me battre pour m’obliger à boire ; manger c’est foutu car je suis écœuré des gels. Je me bats aussi pour continuer à garder une certaine vitesse, putain ça fait mal dans les jambes, les mollets, les pieds, le dos. J’ai froid et j’ai même envie de dormir ! Ça, ça m’était encore jamais arrivé. J’ai vraiment envie de marcher mais je vois que ça va être limite limite pour l’objectif et j’ai peur d’une défaillance de derrière les fagots qui me le fera rater. Enfin l’escalier en colimaçon, le pont, le dernier détour, putain ça va être bon, je me permets seulement de commencer à savourer aux 200 derniers mètres, le tapi rouge, les pompoms girls, l’arche d’arrivée, tac j’arrête mon chrono, je m’arrête, c’est fini.

Arrivée de Mathieu à l'Ironman de Cologne en 9h57
Arrivée de Mathieu à l’Ironman de Cologne en 9h57

Je fixe ma montre : 9h57’11, ben ça y est, me voilà sous les 10h. Second semi en 1h52, marathon en 3h38, 11,6km/h de moyenne. Je suis hyper content, j’ai sauvé cette mauvaise saison, je me suis fait un souvenir en or, je profite à fond de l’instant ! Celui d’après sera douloureux puisque mes jambes sont deux morceaux de bois sans plus aucune souplesse, on me tend mon T-Shirt et ma médaille de finisher, je boite jusqu’au ravito et m’y pose presque 1h. Puis je vais me faire masser, enfin toucher plutôt, puisque ça me fait mal à hurler, en plus j’ai honte au plus haut point vis à vis des bénévoles masseurs car je pue et je colle.

Arrivée du triathlon Ironman de Cologne
Arrivée du triathlon Ironman de Cologne
Mathieu avec son t-Shirt et sa médaille de finisher
Mathieu avec son t-Shirt et sa médaille de finisher

Après avoir flâné un peu sur l’aire d’arrivée pour profiter de la fête et voir mon classement (37ème, cool!), je rentre à l’hôtel pour savourer une douche. Il en est dont on se souvient.
A mon retour en France les amis, famille et collègues de club m’apprendront qu’ils m’ont suivi sur Internet (via la puce qui enregistre nos temps de passages), ils se sont échangés des textos pour se tenir au courant et ont explosé de joie à l’arrivée. Ça fait vraiment chaud au coeur !

Voilà, un peu plus d’expérience engrangée grâce à ce 3ème Ironman (plus un abandon sur un autre). Je sais désormais comment mieux me régler pour encore gagner du temps. J’espère passer sous les 9h30 le 28 juillet prochain sur le Challenge Vitoria en Espagne, un nouveau triathlon distance Ironman qu’on dit roulant et propice aux records. Si ça se fait, il sera alors temps de penser à Nice 2014, avec un 9h15-9h20 je pourrai peut être espérer décrocher la qualification pour l’Ironman d’Hawaï. Mais il faut rester humble, on n’y est pas, tout peut arriver car la route est encore longue.

On souhaite tout plein de réussite à Mathieu, et on le félicite encore et encore!

A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien, grand fan de Morrissey, et actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement d'images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.
  • syl

    Info sur vitoria où dormir en camping car et acces a landa. Bonjour
    mon mari fait l’ironman de vitoria cette année et nous aimerions avoir deux trois infos sur le parcours l’accessibilité pour les navettes et les supporters et les campings sur place. merci de vos infos.

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