Appel aux vétérinaires pour lutter contre le Covid-19 : une reconnaissance involontaire de l’antispécisme ?

Demande de personnel

Vendredi 20 mars, les vétérinaires ont été appelés en renfort pour lutter contre le Covid-19 dans le cadre de la réserve sanitaire. Pour l’instant, ce renfort se fait sur la base du volontariat.
Le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires, sur demande du ministère de la Santé, a contacté par mail l’ensemble des vétérinaires français (y compris les étudiants) afin de les appeler à s’engager aux côtés des soignants1.

Prêt de matériel médical

Le communiqué envoyé aux vétérinaires demandait également ceci :

Si vous possédez du matériel d’anesthésie et de réanimation et si vous êtes disposés à le mettre à la disposition des hôpitaux en cas de nécessité, vous pouvez compléter en ligne un questionnaire concernant les respirateurs d’anesthésie, les concentrateurs d’oxygène et les scopes23.

Précisons qu’un scope est un moniteur destiné à surveiller les paramètres vitaux : rythme cardiaque, pouls, température, taux d’oxygène dans le sang, tension artérielle…

Ces équipements vétérinaires sont dérivés de ceux destinés aux humains, donc possiblement réadaptables pour un usage hospitalier.

Attention, tous les vétérinaires ne possèdent pas de respirateurs. Marie-Blandine, vétérinaire qui témoigne dans l’Yonne Républicaine, explique que :

Seront concernés les hôpitaux vétérinaires ou les établissements à grande capacité. À Saint-Clément [sa clinique], nous n’avons pas de respirateur par exemple4.

Cependant, Marc Veilly, secrétaire général du conseil national de l’ordre des vétérinaires, estime que :

En 24 heures, nous avons eu 900 réponses de vétérinaires et nous avons recensé à peu près 200 respirateurs artificiels5.

Un vétérinaire

La fondation 30 Millions d’Amis est favorable à ces pratiques, et y voit des “chaînes de solidarités entre professionnels de santé humaine et animale ” :

Les vétérinaires disposent de différents types d’outils – compatibles avec la médecine humaine – qui pourraient venir à manquer dans les hôpitaux. Et en particulier : des respirateurs de réanimation, des respirateurs d’anesthésie, des concentrateurs d’oxygène et des scopes6.

Notre avis

Sans remettre en cause cette optimiste vision des choses, différentes remarques nous sont venues à la lecture de ces informations.

Premièrement, notons qu’un pays riche qui n’a pas, dans ses hôpitaux, de respirateurs d’anesthésie, de moniteurs des constantes vitales ni de concentrateurs d’oxygène en nombre suffisant est un pays qui va mal. On serait même tenté d’écrire : “un pays gouverné par des incapables”.

Nous espérons ensuite, très sincèrement, que nos animaux de compagnie, et notamment ceux en détresse respiratoire, ne vont pas eux aussi payer l’addition de la stupidité humaine…

En bref, le communiqué du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires est une information à la fois très triste et très révélatrice.

Enfin, il est intéressant de constater que, dans cet appel à l’aide, s’entremêlent étroitement l’antispécisme et le spécisme. L’antispécisme, parce que l’Etat reconnaît tout à coup, implicitement mais de façon éclatante, que les animaux non humains et nous-mêmes sommes faits de la même façon, nous accrochons à la vie de la même façon, et avons besoin d’être aidés de la même façon. Le spécisme, parce que malgré les affirmations des vétérinaires, qui assurent que ces prêts ne nuiront pas à leurs pensionnaires, comment en être sûr ?

On demande aux vétérinaires d’aider, mais qui aidera les vétérinaires ?

Un dernier point à considérer concerne les légitimes inquiétudes des vétérinaires quant au maintien de leur activité post-Covid-19.
Olivier, vétérinaire basé vers Blois, s’inquiète ainsi dans une interview :

On maintient une présence minimale, on n’a plus d’activité. Et les mesures gouvernementales ne sont pas claires : on ne sait pas si on a le droit au chômage partiel, en temps qu’indépendant. Si on n’a pas d’aides de l’État, on ne tiendra pas7.

Le gouvernement se rappellera-t-il, à la fin de la crise sanitaire, que vétérinaire n’est pas une activité comme une autre, puisque des vies sont en jeu ? Il nous est permis d’en douter.

  1. LCI – Face à la pandémie de Covid-19, les vétérinaires appelés à la rescousse []
  2. Economie Matin – Les vétérinaires appelés au secours des hôpitaux []
  3. Yahoo Actualités – Coronavirus : les vétérinaires appelés en renfort par le ministère de la Santé []
  4. L’Yonne Républicaine – Covid-19 : les cliniques vétérinaires pourraient contribuer à aider matériellement les hôpitaux []
  5. France TV Info – Coronavirus : les vétérinaires apportent maintenant leur soutien aux hôpitaux []
  6. Fondation 30 Millions d’Amis – Un appel à la solidarité lancé aux vétérinaires pour aider les médecins face au coronavirus []
  7. La Nouvelle République – Coronavirus : les vétérinaires du Loir-et-Cher n’assurent plus que les urgences et réduisent leur activité []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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