“Aucun animal n’a été maltraité durant ce tournage”, ou le cruel mensonge du cinéma hollywoodien

“Aucun animal n’a été blessé durant ce tournage” Derrière ce joli label figurant dans les génériques de films américains se cache une vérité bien moins belle. Une grande enquête du magazine The Hollywood Reporter révèle comment l’American Humane Association (AHA), seul organisme chargé de certifier du respect du bien-être animal dans le monde du cinéma, ferme les yeux sur les plateaux de tournage.

Des exemples accablants

Des dizaines de poissons et calamars ont été tués par des explosions sous-marines sur Pirates des Caraïbes 1, un husky aurait été frappé sur Antartica 2 , un écureuil a été écrasé sur le tournage de Playboy à saisir 3ou encore, le tigre de L’Odyssée de Pi 4 aurait failli mourir. Le plus grand massacre animalier revient au film de Peter Jackson Le Hobbit: un voyage inattendu, avec pas moins de vingt-sept animaux morts de déshydratation ou d’épuisement.

Dans le film There Will Be Blood5produit par Paramount Vantage, plusieurs chevaux sont morts, soit d’une attaque cardiaque soit d’une colique . Neufs jours plus tôt, le 15 juin 2006 un représentant de l’AHA avait reçu une plainte anonyme qui déclarait que le temps “était très sec, chaud, poussiereux, avec beaucoup de vent, et que les chevaux n’avaient pas assez d’eau”. L’AHA n’a pas donné suite, estimant que la colique est une cause de mort fréquente chez les chevaux.

HBO a arrêté la série "Luck" un jour après que le cheval ait subi des traumatismes crâniens trop graves pour être soignés.
HBO a arrêté la série “Luck” un jour après que le cheval star de la série soit mort des traumatismes crâniens trop graves pour être soignés.

Le problème ? Les conflits d’intérêts

Tous ces films ou presque ont pu cependant écrire le message “Aucun animal n’a été blessé durant ce tournage”. Etonnant donc quand on sait les morts, les blessures et les violences faites aux animaux. Mais pourquoi alors? The Hollywood Reporter explique cela par le simple fait que l’American Humane Association (AHA) n’est pas du tout  indépendante financièrement, et qu’elle est financée en majorité par l’industrie du cinéma.

Bob Ferder, un ancien procureur de Los Angeles accuse :

C’est fascinant et ironique à la fois : protecteurs des animaux, ils sont aujourd’hui devenus complices des cruautés infligées aux animaux Pour protéger le grand Steven Spielberg, l’AHA aurait par exemple passé sous silence la mort d’un cheval sur le plateau de “War Horse”.

L’AHA a bien évidement réagi, dénonçant l’article du Hollywood Reporter, en mentionnant que le Hollywood Reporter n’avait pas noté que l’AHA avait permis à des “millions d’animaux acteurs d’être en sécurité sur les plateaux de cinéma”. L’AHA a préféré évoquer de “rares incidents sans gravité et involontaires” . S’il y a eu “quelques morts” , “cela n’avait rien à voir avec le traitement réservé aux animaux sur les plateaux ou c’est arrivé alors que les animaux n’étaient plus sous notre responsabilité” .

Il est étonnant qu’aujourd’hui des animaux puissent mourir sur des plateaux de tournage, encore plus quand un label “Aucun animal n’a été maltraité durant ce tournage” est censé veiller sur le bien-être des animaux.

  1. http://www.hollywoodreporter.com/feature/wp-content/uploads/2013/11/Pirates-incidentSummaries.pdf []
  2. http://www.hollywoodreporter.com/feature/wp-content/uploads/2013/11/EightBelow-incidentReport.pdf []
  3. http://www.hollywoodreporter.com/feature/wp-content/uploads/2013/11/FailuretoLaunch-incidentSummaries.pdf []
  4. http://www.hollywoodreporter.com/feature/wp-content/uploads/2013/11/LifeofPi-email.pdf []
  5. http://www.hollywoodreporter.com/feature/wp-content/uploads/2013/11/ThereWillBeBlood.pdf []

A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien en 2009 (ça commence à dater...), je pourrais passer ma vie à écouter de la musique. Professionnellement, je suis actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement des images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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