Blade Runner 1982 : le test antispéciste

Blade Runner 2049 vient tout juste de sortir sur les écrans. Nous ne l’avons pas encore vu ! En revanche, nous allons vous parler du premier Blade Runner, sorti en 1982, la dystopie cultes des années 80 (qui portait déjà en germe celles des années 90, par exemple Matrix et Le Cinquième Élément, qui tous deux lui ont emprunté des ambiances et des idées…) Réalisée par Ridley Scott, inspirée par un roman de Philip K. Dick, cette oeuvre se regarde d’un œil neuf lorsqu’on est devenu antispéciste.

L’histoire se passe en 2019 ; les réplicants, des androïdes copies conformes de l’être humain, sont devenus très banals. Cependant, quelques uns d’entre eux, du modèle le plus perfectionné, ont pris le contrôle d’un vaisseau en massacrant son équipage. Désormais hors la loi, ils sont traqués et décimés. Quelques uns d’entre eux sont toujours en liberté sur Terre. Deckard, super-flic du futur (Harrison Ford), est chargé de les éliminer. Ce faisant, il va se rendre compte que la réalité est plus nuancée qu’il n’y paraît.

Voici ce qui interpelle un vegan au visionnage de Blade Runner :

Un vocabulaire pour masquer le massacre

En 2019, selon la terminologie officielle, on ne parle pas d’exécution, mais de “retrait” lorsqu’on abat un réplicant… Si cela vous rappelle la “régulation” des chevreuils et sangliers par les chasseurs, ou les “prélèvements” des loups alpins pour plaire aux éleveurs, le parallèle est en effet flagrant.

Les réplicants sont sentients

Le concepteur des réplicants expliquent que ceux de la dernière génération sont si perfectionnés que leur durée de vie a dû être limitée à quatre ans pour éviter qu’ils ne développent des émotions. La suite du film montre pourtant que ces androïdes ressentent déjà toute une gamme d’émotions : on le voit en suivant deux des évadés, Roy et Pris, qui ont peur de la mort, vivent une histoire d’amour et qu’on voit ressentir du chagrin, mais aussi à travers le personnage de Rachel, une autre réplicante rencontrée par Deckard, qui va ressentir des sentiments pour lui.

Roy et Pris
A droite, Rachel

Des dominants qui nient la sentience de leurs esclaves pour mieux continuer à les exploiter… Cela évoque cruellement la situation des animaux d’élevage aujourd’hui.

Les réplicants veulent vivre leur vie

Dans Blade Runner, le spectateur apprend rapidement que plusieurs androïdes ont la mort de membres d’équipage sur la conscience depuis qu’ils se sont emparés de leur vaisseau. Mais au fur et à mesure du film, il comprend qu’ils ne s’agit pas d’êtres sanguinaires : les réplicants sont simplement désespérés d’être utilisés comme des bêtes de somme par les humains qui les dirigent, et par la perspective de leur mort prochaine : leur durée de vie a été fixée à 4 ans par leur créateur.

Aujourd’hui dans notre monde, le jour de la naissance d’un veau, d’un agneau, d’un porcelet ou d’un poussin, la date de sa mort est déjà programmée par l’éleveur, et elle se situera toujours à un âge tendre (voir le visuel de L214 intitulé “quel âge avait votre viande ?”). Là encore, l’analogie est frappante…

Vous avez dit abattoir ?

Alors que le spectateur vegan se demande depuis un bon moment déjà si toutes ces coïncidences sont fortuites, le mot “abattoir” (slaughterhouse) surgit inopinément, prononcé par un personnage principal. Comme un rappel nécessaire, un message subliminal.

Et les animaux ?

Les animaux sont pourtant les grands absents du film.

Hormis les animaux-robots (une chouette, un serpent), deux exceptions : un raton-laveur en cage dans un décor de rue, et une métaphore appuyée : Roy Batty, chef des réplicants renégats, libère à la fin du film une colombe ou un pigeon blanc.

Les animaux sont absents des assiettes : lors du seul repas porté à l’écran, le héros s’assied dans une gargote, où il enfourne des nouilles chinoises.

Enfin, un mystérieux personnage dont on ne saura jamais le rôle exact, sème à plusieurs moments du films de petits origamis ; le premier d’entre eux est une poule, sans qu’il y ait de lien direct avec l’intrigue (on peut ainsi considérer que la colombe finale rappellera cette poule). Le dernier, une licorne. Entre deux, un humain.

Le test de Voight-Kampff

Si tout cela ne suffisait pas à vous faire dresser l’oreille, évoquons enfin le test que les autorités du futur font passer à ceux suspectés d’être des réplicants cachés parmi les humains. Ce test au nom imprononçable1 a été inventé par Philip K. Dick, l’auteur du roman de science-fiction qui a inspiré le film. Il est décrit ainsi dans le dossier de presse original du film :

Une forme très avancée de détecteur de mensonge qui mesure les contractions du muscle de l’iris et la présence de particules invisibles flottantes dans l’air et provenant du corps. (…) Le VK est utilisé essentiellement (…) pour déterminer si un suspect est véritablement humain en mesurant le degré de sa réponse empathique par le biais de questions et de déclarations soigneusement rédigées.

La définition de l’humanité s’inscrit en creux : qui ne ressent pas d’empathie n’est pas humain. A bon entendeur.

De plus, dans les deux scènes où l’on assiste à ce test, les examinateurs insistent tous deux lourdement sur des questions précises, supposées faire émerger l’empathie instinctive — et donc l’humanité — du cobaye, or ces questions concernent bien souvent l’empathie envers les animaux… Ci-dessous, deux d’entre elles parmi les plus significatives.

Deckard fait passer le test VK
  • Lors de la toute première scène, le patron de l’ouvrier soumis au test lui demande de s’imaginer dans un désert avec, non pas une tranche de jambon (attention, humour vegan), mais une tortue, retournée sur le dos, qui se dessèche au soleil. La tension est palpable dans l’air et la réponse attendue pour prouver son humanité est bien évidemment de porter secours à la tortue.
  • Lorsque le héros, Deckard, se rend auprès du créateur des réplicants, celui-ci lui demande de faire passer le test de Voight-Kampff à Rachel, son assistante. Le test détermine que Rachel est une réplicante. Elle se fait habilement passer pour une humaine en répondant comme telle à une centaine de questions (nous dit-on), mais ne sait pas fournir la réponse émotionnelle attendue à ceci : lors d’un repas, on apporte à table un ragoût de chien… Là où une véritable humaine s’offusque et frémit d’horreur, Rachel l’androïde ne voit rien de choquant dans cette anecdote. Ayant des connaissances humaines, elle sait qu’on sert des mammifères à table, aussi le chien ne lui semble logiquement pas prêter à indignation.
    Ce passage rappelle aujourd’hui, bien qu’il ait des décennies d’avance, la scène imaginée par la psychologue sociale Melanie Joy (auteure du livre Pourquoi aimer les chiens, manger les cochons et se vêtir de vaches) pour mettre en lumière l’incohérence du carniste attablé devant son assiette.

Moralité : si l’empathie n’est pas le propre de l’homme, le spécisme et la dissonance cognitive le sont bel et bien

Et le livre ?

Nous n’avons pas encore lu Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, le livre qui a servi de trame au film. Mais selon le site Vegan Revolution, il s’agit d’ “un roman vegan, un film qui ne l’est pas“. Au vu de ce que nous avons pensé du film, le livre doit donc être antispéciste au possible. A se procurer d’urgence.

***

Si vous avez vu le tout nouveau Blade Runner, version 2049, n’hésitez pas à nous laisser un petit commentaire en bas pour nous dire ce que vous en avez pensé !

Précisions :

  1. Wikipédia – Test de Voight-Kampff []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa

Professeur des écoles à Toulouse, j’adore l’archéologie, l’histoire de l’art et la littérature.
Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

  • Gaerl

    bande de névrosés…

    • Cassandra Gemini

      A tes souhaits.

      • Guilhem

        sérieux? faut pas me dire ça… alors si tu allais jouer sur l’autoroute dix minutes, ça ferait une tâche humaine en moins, en plus ça fera du manger pour les ptis nanimaux sur le bord de la route, tout bénèf…

  • Cédric Bareyt

    Un article d’une rare bêtise

  • Zebrette

    Le seul point commun entre Balde Runner et l’antispécisme, c’est que Blade Runner traite d’une forme d’esclavage. Pour le reste, je trouve cette analyse trop capillotractée.
    Ah, et j’avoue que ça la fout un peu mal, dans un article de vegan, de lire “chouette” quand l’animal en question est un hibou grand duc…

    • Balika

      Ouais, c’est un peu comme si on faisait une analyse du racisme dans “Le Seigneur des Anneaux”. C’est peut-être logique et pertinent … mais capillotracté, voire hautement masturbatoire. Il y a sans doute des analyses plus utiles que celle-ci.

      Avant d’intégrer les (futurs) humanoïdes sentients à notre sphère de considération et de justice, il y a des milliers de milliards d’animaux à s’occuper.

  • Sandro RATO

    J’ai vu Blade Runner 2049 sans avoir vu celui de Ridley Scott. Je n’ai pas été déçu; une ambiance sombre, violente mais bouleversante avec un message politique évident à travers la découverte de l’existence de l’enfant d’une réplicante : la peur panique, chez les hommes, d’un changement de civilisation imminent.

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