C dans l’air ? Non, c’est du vent

« Du lundi au jeudi, le journaliste donne les clés pour comprendre dans sa globalité un événement ou un sujet de première importance, en permettant aux téléspectateurs d’intervenir dans le débat ou de poser des questions par SMS ou Internet. Caroline Roux prend le relais le vendredi. ». Voici comment est présentée l’émission sur le site de France 51.

Nous pouvons au moins lui reconnaitre sa réactivité : dès mardi dernier, une émission était consacrée au rapport de l’OMS sur les cancers liés à la consommation de viandes2 .

Or, quelle ne fut pas ma surprise en jetant un coup d’œil à la liste des invités3 .

Christiane Lambert, agricultrice est éleveuse de cochons, et surtout vice-présidente de la FNSEA (Que le lecteur se rassure : la Confédération paysanne n’est pas en reste, comme le montre la page 3 de leur dossier sur l’agriculture et le climat) . Oui, vous avez bien lu : pour nous parler d’études montrant que la charcuterie est cancérigène, on invite une éleveuse de cochons !

Nous n’allons pas revenir en détail sur toutes les énormités de l’émission, mais plutôt nous concentrer sur quelques-unes d’entre elles.

Primo : les protéines végétales sont des sous-protéines.

Car bien sûr, seule la viande contient les bons acides aminés, dans les bonnes doses. Protéines ou cancer, il faudra choisir !

Il s’agit là bien sûr d’une absurdité totale : le dernier numéro du magazine de l’AVF est justement consacré à la question des protéines : pourquoi donc ne pas inviter un des rédacteurs de la revue ? Ou bien Mathieu Ricard, pourtant habitué de nos plateaux tv ? Il semble pourtant calé quand il parle de protéines, non ?4

Toute personne qui s’est penchée sur la question sait pourtant qu’il suffit de combiner céréales et légumineuses, pour avoir tous les acides aminés en quantités suffisantes. Autrement plus sérieuse sur la question, l’émission Allô docteurs du 22 octobre le rappelait d’ailleurs5 .

Deuxio : la vitamine B12

C’est bien connu : être végétarien vous fait prendre des risques de carence en vitamine B12, puisque vous devez vous contenter de laits animaux et d’œufs. Alors végétalien, Madame Michu, vous n’y pensez pas ! Vous n’aurez plus du tout de vitamine B12 : vos globules rouges ne risquent donc pas d’apprécier !

Or tout cela est bien sûr faux.

Prenons la vache : jusqu’à preuve du contraire, nous parlons bien d’un animal végétalien. Or, comment se fait-il que sa chair et son lait contiennent de la vitamine B12 ?

La vitamine n’apparait pas par magie, et les vaches (sans compter les bœufs), ne se tètent pas les unes les autres pour trouver de la B12. Pis encore, les tentatives d’apporter aux vaches des protéines carnées sous la forme de farines animales ont donné le fiasco que l’on sait.

Malgré la présence d’un nutritionniste sur le plateau, personne n’a été capable de rappeler que la B12 est produite par des bactéries, et non par les animaux de rente !

Or, comme le rappelle Thomas Lepeltier dans La révolution végétarienne, les éleveurs font des injections de chrome à leur cheptel pour favoriser la production de B12. Or, il se trouve que le chrome est toxique6 .

Mieux vaut donc prendre sa B12 sous forme de complément vegan (pilule ou ampoule) : c’est toujours moins risqué pour la santé.

Tertio : la génétique, ou comment franchir le mur du çon !

Bien sûr, aucun généticien n’était sur le plateau. L’argument a donc été brandi par Bruno Parmentier. Son parcours ne montre d’ailleurs aucune compétence en génétique7 .

Ce monsieur nous explique doctement que l’alimentation est aussi liée à notre patrimoine génétique. Autrement dit, un Japonais, dont la tradition culinaire exclue les laitages, ne peut pas les digérer, c’est génétique ! Sans doute aussi aurait-il pu nous expliquer qu’un Indien hindouiste ne pourrait manger de bœuf bourguignon parce que la vache est un animal sacré qu’il ne mange pas ! Ou encore que seul un Maghrébin (Berbère ou Arabe, peu importe, mais pas un Saoudien ou un Irakien) peut digérer du couscous, ce que tout Français sait mieux que tout le monde. Que seul un Libanais peut digérer de l’houmous ou des fallafels, et j’en passe.

Imaginons donc le calvaire d’un enfant né d’un parent français et d’un parent japonais : pourrait-il ou non manger du tofu ? Boire du lait animal ? Un enfant né d’un parent hindou et d’un autre écossais pourrait-il manger du haggis ? Et que dire des vegans français : les rois du cosmopolitisme culinaire, capables de manger des plats des gastronomies indiennes, libanaises ou d’Extrême-Orient ? Sans parler, bien sûr des dangers de l’adoption internationale : comment faire pour qu’un enfant adapté par un couple européen puisse manger la même chose que ses parents ?

Sans doute notre mal-nommé monsieur Parmentier nous aurait-il rappelé que la pomme de terre n’était adapté qu’aux habitants de la cordillère des Andes, et qu’il n’aurait en aucun cas fallu la cultiver en France, même dans les Alpes ou le Jura. Même chose pour l’avocat, le maïs, le café, le thé, le cacao, la tomate, la cacahuète, le soja, les fruits exotiques. Sans oublier le litchi, l’abricot ou la pêche originaires de Chine.

Arrêtons là notre énumération : elle a suffisamment démontré l’absurdité de la charge.

Bruno Parmentier a simplement manqué l’occasion d’enfoncer le clou en clouant au pilori l’Assemblée générale des Nations-Unies qui a eu le culot de proclamer 2016 Année des légumineuses8 au péril de la génétique…

Plutôt qu’une heure de vent, nous ne pouvons que conseiller le débat qui avait lieu le même jour sur Arte, dans l’émission 28 minutes9 .

Non contente d’inviter Elodie Vieille-Blanchard, présidente de l’Association Végétarienne de France, on y a vu Périco Légasse se faire moucher de bien belle façon. Sa tentative d’enfumage à l’aide d’approximations chimiques et à grand renfort de cuistrerie sur la cuisson des viandes a été battue en brèche. Car ce n’est pas la cuisson des viandes qui est cancérogène, mais certaines substances présentes dans la viande, qu’elle soit cuite ou en tartare.

A bon entendeur !

  1. http://www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air []
  2. https://www.vegactu.com/actualite/jambon-saucisson-viande-rouge-loms-les-classe-comme-cancerigenes-20991/ []
  3. http://www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air/diffusions/27-10-2015_428571 []
  4. http://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/01/pour-des-menus-vegetariens-a-l-ecole_4742023_4415198.html []
  5. http://www.allodocteurs.fr/emissions/allo-docteurs/allo-docteurs-du-22-10-2015_25548.html []
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Chrome#Toxicologie.2C_.C3.A9cotoxicologie []
  7. http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Nourrir_l_humanite-9782707157027.html []
  8. http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/68/231&referer=http://www.un.org/en/events/observances/years.shtml&Lang=F []
  9. http://www.arte.tv/magazine/28minutes/fr/alain-gachet-faut-il-arreter-de-manger-de-la-viande-28minutes []

A propos de Olivier

Olivier
Bibliothécaire spécialisé dans le multimédia, les livres sont ma grande passion. Véganisme, philo, histoire, SF, polars, romans, nouvelles… je suis un vrai readaholic, inconditionnel de Gary Francione. Je suis passé du végétarisme au véganisme à la lecture du livre de Charles Patterson, "Un éternel Treblinka".

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