Cas d’école de l’animal-objet : la coopérative Profid’Or

La Coop Profid’Or est une entreprise française, une coopérative agricole formés de producteurs associés pour raisons économiques.

Leur site est clair : la Coop Profid’Or, comme son nom l’indiquait déjà, vise avant tout “de bonnes performances »1 .

Quand les humains comprendront-ils que le respect des droits les plus élémentaires des animaux est incompatible avec la recherche de la performance et de la rentabilité ? Une rapide analyse de cette entreprise, via ses parutions internet, suffit à le démontrer une fois encore.

Commençons par les photos de ces vaches enchaînées sur le blog de l’entreprise. Elles n’ont pas même la possibilité de se tenir debout pour se dégourdir les pattes… Quand on pense que les photos mises en lignes constituent en quelque sorte la vitrine de l’entreprise, on a peur de ce qui peut s’y passer de moins avouable encore.

Vaches immobilisées, remarquez l’attache-queue : elles sont littéralement enchaînées par les deux bouts.
Vaches immobilisées, remarquez l’attache-queue : elles sont littéralement enchaînées par les deux bouts.

Les animaux, on le sait, sont vus dans ces exploitations comme des machines dont il faut tirer le rendement maximal. La traite des vaches, comme l’explique ce blog de producteurs, c’est uniquement “une question de $$$ !”2 Alors, pourquoi ne pas gaver vos vaches qui ne voient jamais la lumière du jour avec le “Supplément C Synchro Pulpolac F3ou le “Startlait” en plus de leur ration d’ensilage ? Elles pourraient vous produire jusqu’à 3,5 % de lait en plus !
Où est l’animal dans tout ça ? Où est sa vie, que fait-on de son besoin de marcher, d’interagir avec ses congénères, de brouter l’herbe, de sentir le soleil et le vent, de prendre de soin de son veau ?

Bel exemple d’hypocrisie que l’article consacré à une ferme laitière intitulé “Plus de confort, meilleure qualité de vie”3. Qu’y apprend-on ? Que ces changements ont apporté “non seulement une meilleure régie de troupeau, mais aussi plus de confort pour les artisans. Nous avons économisé une heure et demi par jour.” L’exploitant y a gagné ; quant aux vaches, on en doute : les bébés sont isolés dans des enclos individuels, dès 16 mois les futures vaches à lait sont attachées, en attente d’être inséminées. Beau progrès, et beau déni de réalité : “«Quand il fait 35 °C, les animaux sont bien mieux ici. Même si elles avaient un arbre pour s’abriter, les vaches ne seraient pas aussi bien qu’ici.” Attachées au bout d’une chaîne ?

Pulpolac F3, pour tirer encore plus de vos vaches...
Pulpolac F3, pour tirer encore plus de vos vaches…

Autre article, choquant, celui sur les “pertes dans le transport”4.  Pertes de quoi ? Pertes d’animaux, voyons, dont on parle comme s’il s’agissait de grains de maïs tombés des camions ou d’objets écrasés durant un déménagement.

« Les pertes occasionnées pendant le transport des porcs totalisent plus de 4 000 000 $ au Québec », apprend-on sur le WordPress de la coopérative. Une mine d’informations glaçantes que cet article :

Quelles sont les pertes associées au transport ? Les porcs qui décèdent, les porcs faibles, stressés ou blessés et les porcs qui deviennent non ambulatoires entre le moment où ils sont chargés dans le camion à la ferme et le moment où ils sont abattus. Les porcs non ambulatoires sont ceux qui sont incapables de se déplacer par eux-même. Ces derniers devront être tués pour mettre fin à leur souffrance sans même être sortis du camion. Pour le reste des porcs qui peuvent se déplacer par eux-mêmes mais que l’on considère comme étant des porcs fragilisés sont souvent reliés à des condamnations partielles ou totales de la carcasse.

Cochon destiné à l'abattage (image tiré du blog de la coopérative)
Cochon destiné à l’abattage (image tiré du blog de la coopérative)

On parle ici de cochons, animaux sensibles, sociaux et doux, plus intelligents que le chien selon plusieurs études, que l’on charge dans des camions pour un transport qui les blesse, les rend infirmes, les tue, les angoisse en tous les cas. Pourtant, il serait dans l’intérêt du producteur de minimiser quelque peu ces morts accidentelles d’animaux qui constituent une matière première… Oui mais voilà, les mesures à prendre auraient un coût financier. Que vaut la détresse d’un animal face à cela ?

Pourquoi vous montrer ces inhumanités quotidiennes au sein de la Coop Profid’Or ? Parce que je pense que ce constat est la grande limite du welfarisme.

Pour rappel, “le welfarisme est une philosophie qui vise à lutter contre les souffrances infligées aux animaux, mais sans remettre en cause le fait de les exploiter ou de les tuer : cages plus grandes, mises à morts « gentilles », etc. En revanche, l’abolitionnisme vise à refuser toute forme d’exploitation des animaux” (la définition est d’Insolente Veggie5 ).

Le welfarisme est un concept intéressant en théorie, certains peuvent le trouver plus pragmatique que  l’abolitionnisme dans un monde où peu de gens semblent disposés à se passer de viande. Agir en faveur du welfarisme, disent ses partisans, peut constituer une première étape qui améliorerait notablement la condition animale.

Oui, mais les exemples comme celui que je vous ai présenté nous démontrent de manière irréfutable que là où le profit passe, la bien-traitance s’efface. Il est vain d’essayer d’améliorer le sort des animaux alors même que cesser de les traiter comme des objets réduirait les gains.

Comment espérer une utilisation raisonnée de l’animal dans une industrie où seuls les “profits d’or” sont visés ? C’est une perte de temps que de plaider pour une mieux-traitance de l’animal dans ce contexte.

Ce n’est pas que je suis contre le welfarisme en tant que première étape. C’est simplement que je n’y crois pas.

Militons pour l’abolitionnisme et pour un monde végan.

Choose life (pig)

  1. http://coopprofidor.wordpress.com/ []
  2. http://coopprofidor.wordpress.com/2013/11/25/favoriser-les-pics-une-question-de/ []
  3. http://coopprofidor.wordpress.com/2014/01/09/plus-de-confort-meilleure-qualite-de-vie/#more-2700 []
  4. http://coopprofidor.wordpress.com/2010/10/20/les-pertes-dans-le-transport-agir-pour-les-diminuer/ []
  5. http://insolente0veggie.over-blog.com/article-la-corrida-welfariste-73073973.html []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé·e en actualité vegan, recevez chaque week-end l'essentiel de Vegactu !