Cattle Decapitation : quand le heavy metal s’engage pour la cause animale

** Un article du père Robert Culat, contributeur de Vegactu **
N.B. : l’article se compose d’extraits du prologue et de l’épilogue du dernier livre publié par l’auteur.

Depuis 1996 le groupe californien CATTLE DECAPITATION décapite avec sa musique deathgrind et ses paroles misanthropes le bétail humain, célébrant sans aucun remords et même avec une certaine jouissance la vengeance homovore contre l’homme destructeur, carnivore et écocide.
Pourquoi donc ai-je eu le désir et la motivation pour écrire cette étude sur CATTLE DECAPITATION ? Tout simplement parce que ce groupe me permettait de faire la conjonction entre mes deux centres d’intérêts majeurs en tant qu’auteur.
D’un côté la musique et la culture Metal depuis la publication de L’âge du Metal en 2007, et de l’autre l’écologie et la cause animale depuis la publication des Méditations bibliques sur les animaux en 2015.

Au sein de la scène Metal, le groupe de San Diego tient en effet une place particulière de par son engagement constant pour la cause animale, le végétarisme et l’écologie. Il m’a semblé particulièrement intéressant de voir comment il était possible de porter un message écologique tout en utilisant une musique agressive et des paroles saturées de violence et de colère. C’est le paradoxe apparent de l’univers créé par CATTLE DECAPITATION et par le chanteur et parolier du groupe Travis Ryan, celui d’une écologie gore. Par ailleurs, l’année 2015 a été celle de la publication de l’encyclique écologique du pape François, Laudato si’ (24 mai), et de la sortie de l’album The anthropocene extinction (7 août) qui représente l’aboutissement et le sommet de la réflexion écologique de Travis. Cette coïncidence ne pouvait pas me laisser indifférent en tant que catholique, amateur de Metal et écologiste convaincu.

Cattle Decapitation au festival de heavy metal d’Inferno, Oslo, en 2016

Ayant écrit et publié cette étude des paroles de Cattle Decapitation en 2018, je n’ai bien sûr pas pu inclure le dernier album du groupe, Death Atlas, de 2019.

Le chanteur du groupe est un militant de la cause animale, un écologiste et un misanthrope. On perçoit en lui la tristesse, le dégoût et la colère face à une humanité aveugle et irresponsable. Sa pensée, très fortement misanthrope, peut apparaître comme pessimiste et désespérante. Dans la scène Metal, le groupe californien n’est pas le seul à militer pour les animaux et pour l’écologie. On pourrait citer des groupes aussi différents que Cradle of Filth (dans l’album Hammer of the Witches de 2015, le morceau Deflowering The Maidenhead, Displeasuring The Goddess parle de black ecocide), Gojira (par exemple dans l’album From Mars to Sirius de 2006, le morceau Global warming) ou encore 1Q94, groupe de Metal thaïlandais prônant le véganisme ! Mais il n’en reste pas moins vrai que Cattle Decapitation est devenu le porte-étendard du message animaliste et écologique dans la musique Metal. Pour marteler ce message avec sa musique deathgrind, Travis développe tout une imagerie gore et une philosophie faisant le procès de l’humanité. Sa colère intérieure le rend parfois brutal, violent et extrémiste à l’égard des hommes dont il souhaite la disparition pure et simple.

Travis Ryan au Roskilde Festival en 2016

C’est pour moi l’occasion d’évoquer le personnage du vagabond Goldmund créé par Hermann Hesse (Narcisse et Goldmund). L’action se situe au XIV° siècle, en Allemagne. Goldmund se fixe pour un temps dans une ville épiscopale où, au contact de maître Niklaus, il développe ses dons d’artiste. Au chapitre XII, Hermann Hesse nous montre Goldmund sur le marché aux poissons. La contemplation de ce spectacle fait naître en lui un sentiment de pitié pour les poissons et de dégoût pour les humains.

Voici un extrait significatif de ce chapitre :

Il regarda les femmes et les servantes se rendant au marché et resta surtout près de la fontaine du marché aux poissons, les yeux fixés sur les poissonniers et leurs épouses mal embouchées qui offraient et vantaient leur marchandise, sortaient des baquets les poissons frais et argentés. Les poissons, la bouche douloureusement ouverte, leurs yeux d’or anxieux et fixes, s’abandonnaient avec résignation à la mort ou se débattaient contre elle avec fureur et désespoir. Comme il était arrivé maintes fois déjà il fut pris de pitié pour ces animaux et de dégoût à l’égard des hommes ; pourquoi étaient-ils si insensibles et brutaux, si immensément bêtes et stupides ; pourquoi ne voyaient-ils rien, tous, les poissonniers et les poissonnières, et les clients qui marchandaient, pourquoi ne voyaient-ils pas ces bouches, ces yeux dans l’angoisse de mort, ces queues frappant furieusement autour d’elles, cette affreuse et inutile lutte désespérée, cette transformation intolérables des animaux mystérieux, merveilleusement beaux, le dernier léger frisson de la mort passant sur leur peau agonisante avant qu’ils soient là, allongés, morts et éteints, lamentables morceaux de viande destinés à la table des mangeurs réjouis ? Ils ne voyaient rien, ces hommes, ils ne savaient rien et ne s’apercevaient de rien, rien ne leur parlait. Peu importait qu’une pauvre et noble bête crevât sous leurs yeux ou qu’un maître rendît sensible à en donner le frisson toute l’espérance, toute la noblesse, toute la douleur, toute l’obscure et poignante angoisse étouffante de la vie humaine ; ils ne voyaient rien, rien ne les touchait. […] C’étaient des cochons, ah ! bien pires, bien plus dégoûtants que des cochons. […] Le monde serait de nouveau bon, excellent. Jusqu’à l’heure où réapparaîtraient la tristesse, la méditation vaine, la tendresse poignante, désespérée, pour les poissons mourants et les fleurs qui se fanent, l’horreur de la vie indifférente, de l’insensibilité, de la cochonnerie des hommes qui écarquillent les yeux sans rien voir.

Dans ce magnifique passage de Narcisse et Goldmund, la vision du marché aux poissons provoque dans le cœur de Goldmund une méditation misanthropique ponctuée de nombreux « pourquoi ? » sur l’aveuglement et l’insensibilité des humains. Pour ma part, je comprends et je partage le dégoût de Goldmund et la colère de Travis chaque fois que je constate l’indifférence et le mépris des humains pour la vie des animaux ainsi que leur aveuglement par rapport à la crise écologique. On pourrait accuser le parolier de Cattle Decapitation de catastrophisme digne des pires films de science-fiction, mais nous savons que la communauté scientifique mondiale ne cesse de nous mettre en garde sur le sérieux et la gravité de la crise que nous vivons dans notre rapport avec la planète Terre. Nous sommes en effet dans une situation d’urgence et il faudrait agir dès maintenant pour tenter d’atténuer et de ralentir la dégradation de notre environnement et de nos ressources vitales.

>> Cattle Decapitation, écologie gore – Robert Culat, éditions Camion blanc

** Merci au père Culat pour cet article **

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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