Des renards domestiqués mis en vente par un laboratoire russe (+ vidéos)

Dimitri Beliaïev est un scientifique russe qui a travaillé sur la domestication du renard. Dans les années 50, les biologistes ne comprennent pas comment le loup a pu évoluer au paléolithique  pour donner le chien. Pour en savoir plus, Beliaïev décide de reproduire cette évolution, mais cette fois à partir du renard.

Dans une ferme de Sibérie, il réunit 3 000 renards et débute sa longue expérience. Il les élève, et sélectionne les individus craignant le moins les humains, pour créer des lignées de plus en plus apprivoisées.

Dimitir Beliaïev et ses renards

Il finit par obtenir une population de renards à l’apparence et au comportement modifiés : après environ dix générations de sélection, les renards ne montrent plus de peur face aux humains, pour montrer leur affection à ceux qui s’occupent d’eux  ils les lèchent et remuent la queue. Ils recherchent les caresses, geignent un peu comme des chiens. Leur pelage change également, les oreilles deviennent tombantes et la queue torsadée et dressée.

Lorsqu’il mesure l’adrénaline des renards domestiqués, Beliaïev découvre que le taux est plus bas que celui d’un renard sauvage (ce qui est logique car ils n’ont plus peur des humains). Ceci explique la docilité des renards mais pas leur pelage couleur pie. Beliaïev pense que l’adrénaline partage une voie métabolique avec la mélanine qui contrôle la production des pigments (c’est-à-dire que mélanine et adrénaline seraient produites par les mêmes réactions enzymatiques).

A sa mort, la bio-généticienne Ludmila Trut reprend ses travaux. On en est aujourd’hui à plus de 50 générations de renards.
Mais aujourd’hui, les finances allant de mal en pis pour cause de restriction budgétaire (les subventions d’Etat ont cessé), elle s’est résolue à vendre certains des cobayes “quasi domestiqués” afin de pouvoir continuer à financer les recherches. Pie

La vente se faisait jusqu’à une période récente autour de la ferme-laboratoire, essentiellement à des commerçants désireux de récupérer la fourrure des animaux.
Après des décennies passées à faire du renard l’ami de l’homme, quelle ignominie de le vendre à des humains qui vont le tuer puis le dépecer. Honte à Ludmila Trut et son équipe.

Mais les amateurs d’animaux exotiques sont désormais en ligne de mire. Une entreprise américaine de Las Vegas, SibFox Inc, s’est d’abord lancée dans ce négoce.
Elle a ainsi proposé « un renard apprivoisé de Sibérie, âgé de quatre mois, qui est livré chez vous en 90 jours pour 5000 dollars ».

Cependant l’affaire s’est vite révélée une arnaque, le responsable du site ne comptait aucunement importer les animaux pour les livrer aux acheteurs (qui avaient tout de même payé en ligne).

Kay Fedewa fait le portrait d'un renard
Kay Fedewa fait le portrait d’un renard

Kay Fedewa, une jeune artiste américaine (Zebrafox de son pseudonyme), fervente protectrice des animaux, ­a été ainsi volée par SibFox. Elle a alors décidé de reprendre elle-même l’affaire pour sauver les renards de la mort, en traitant directement avec la ferme-laboratoire de Sibérie.

Elle organise, pour environ la même somme proposée par SibFox, la vente des renards.
Le prix inclut les vaccinations, les papiers et le transport.

Pour s’adapter aux différentes législations nationales, Kay Fedewa s’est adjoint les services d’un spécialiste du transport d’animaux exotiques à travers le monde.

Pour les amateurs français, l’opération est compliquée. Comme l’indique Jean-François Courreau, responsable du Centre d’accueil de la faune sauvage de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, « il est interdit en France de posséder ce type d’animal, sauf obtention préalable d’un certificat de capacité délivré sur dossier par les préfectures ».

On se souvient du problème soulevé par l’affaire du renard Zouzou, qu’un couple de français entendait conserver malgré l’absence d’autorisation préfectorale. A Vegactu, après avoir d’abord cru en leur combat, nous avions émis des doutes quant à leur capacité à assurer le bien-être du renard en question (le renard était notamment détenu dans un petit enclos).

Kay et son renard, Anya
Kay et son renard, Anya

A ce sujet, les services d’adoption de renards cooptés par Kay Fedewa rappellent notamment que les personnes intéressées doivent garder à l’esprit que ces renards, même après les générations de domestication dans la ferme sibérienne, ont besoin de beaucoup de liberté. Ils ne se contentent pas d’un appartement et de la promenade quotidienne. Ils creuseront certes moins de trous dans les jardins que les renards sauvages, mais un enclos de plusieurs centaines de mètres carrés minimum est d’ailleurs conseillé pour abriter ce compagnon original…

Ci-dessous, deux vidéos de Kay Fedewa jouant avec Anya, sa un compagne renarde… On notera que les nouvelles générations de renards du laboratoire russe n’offrent visiblement pas que des spécimens à la fourrure pie !

Un renard, oeuvre de Kay Fedewa
Un renard, oeuvre de Kay Fedewa

Pour les anglophones désireux d’en savoir plus sur les travaux de génétique concernant la domestication du renard, un article très complet du National Geographic à ce sujet.
Pour plus de détails sur l’arnaque montée par SibFox et le sauvetage de renards russes mis en place par Kay Fedewa, vous pouvez lire ceci.
fox

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.