Du métal à base de plantes

Le végétal est décidément plein de ressources. Après l’invention du cuir à base de plantes, on sait désormais que certains végétaux sont capables d’extraire les métaux du sol.

Des chercheurs français du CNRS ont mis au point un procédé breveté pour récupérer du zinc, du cadmium, du manganèse et du nickel à partir de plantes hyperaccumulatrices.

Pourquoi le nickel et le zinc ? Tous les jours, sans le savoir, vous en utilisez (dans vos couverts, les pièces de votre voiture…) car il protège contre la corrosion. Le manganèse et le cadmium quant à eux servent à fabriquer des alliages destinés aux entreprises sidérurgiques et aciéries.

Coût environnemental de l’extraction classique

L’extraction minière a des effets très négatifs sur l’environnement. En Nouvelle-Calédonie, où la France extrait la plus grande partie de son nickel, l’exploitation du minerai entraîne la destruction de la végétation et le décapage du sol, l’érosion se montrant très active sur les roches ainsi dénudées12. Ce sont des milliers d’hectares qui ont été dévastés.

Pire, la reconstitution de la couverture végétale, quand elle se réalise, est toujours très lente en raison des mauvais conditions de nutrition minérale…

Nouvelle-Calédonie

Phytoextraction du métal

Heureusement, certaines plantes qui poussent sur des terrains riches en métaux ont la faculté de les absorber à des taux mille fois supérieurs aux plantes normales ! Elles peuvent extraire des métaux présents en très faible quantité dans le sol, là où les procédés miniers classiques sont inefficaces3, agissant ainsi comme une sorte d’aspirateur à métal.

Pour récupérer du manganèse, c’est un arbuste calédonien appelé grevillea exul qui a été sélectionné2.

Pour récupérer du nickel, la plante choisie par les chercheurs est l’alyssum murale, une jolie plante à fleurs jaunes capable d’accumuler 100 kilogrammes de nickel par hectare. Les chercheurs de métropole la font venir d’Albanie et ont noué un partenariat avec l’université de Tirana4. Mais le CNRS possède aussi des plantations expérimentales en Nouvelle-Calédonie2.

Alyssum murale

Une fois l’alyssum récoltée, pour récupérer le métal qu’elle a accumulé dans ses tissus, on transforme la plante en cendres. À l’université de Lorraine, où la technique dite d’ “agromine” a été inventée, on y ajoute de l’acide sulfurique pour créer la réaction chimique adéquate et obtenir du sel de nickel et de l’oxyde de nickel5.

Pour l’instant, la poudre de nickel obtenue ne peut être utilisée que pour empêcher la corrosion des peintures ou de la céramique, mais pas encore pour rendre inoxydable l’acier de construction. Mais le procédé est prometteur.

Des plantes 3 en 1

L’intérêt de la phytoextraction n’est pas seulement de se procurer du métal de façon plus écologique, ni même de se le procurer sur des sols où l’extraction minière serait impossible. C’est aussi de permettre de détoxifier des sols pour les assainir.

Friche industrielle française

Un gros projet financé par la Région Lorraine a été lancé en 2012 pour valoriser les « délaissés » : friches, sols contaminés, boues, déchets…

Si la recherche progresse, on peut imaginer un procédé similaire appliqué à d’autres ressources telles que le lithium ou l’indium ; ainsi que l’utilisation d’autres plantes aux capacités proches.

Le monde végétal n’a pas fini de vous surprendre.

Précisions :

  1. Horizon documentation – Nickel []
  2. La Dépêche – En Nouvelle-Calédonie, les mines de nickel sont une terre fertile pour la chimie verte [] [] []
  3. INRA – Des plantes pour l’extraction des métaux []
  4. France Inter – Et si on produisait du métal avec des plantes ? []
  5. France TV info – Du métal à base de plantes []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore la littérature et la bande dessinée. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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