“En France, les animaux ne pensent pas parce que les chasseurs votent”

Nous vous parlions récemment de l’extraordinaire Pierre Jouventin : chercheur au CNRS, spécialiste des mammifères, il s’est trouvé contraint dans les années 70 d’accueillir chez lui un louveteau, avec qui sa famille a vécu pendant des années. Fort de cette expérience et de ses aptitudes professionnelles, il s’exprimait il y a peu sur la laborieuse cohabitation entre  éleveurs ovins et loups alpins.

J’ai retrouvé un texte de sa plume, publié dans Libération, qui s’intéresse à notre perception de l’intelligence chez l’animal. En compagnie de David Chauvet, juriste et membre fondateur de l’association Droit des Animaux, il a écrit “Les animaux en toute conscience”, disponible ici. Je vous le reproduis :

Merle NilsDarwin affirmait, il y a cent cinquante ans, qu’il n’y a pas une différence de nature mais de degré entre l’homme et les autres espèces animales. Pourtant, il y a encore quelques décennies, parler chez l’animal de conscience, c’est-à-dire des états supérieurs de l’activité intellectuelle, eût été inconcevable dans les milieux scientifiques. Il y régnait un climat de «mentaphobie» dénoncé par Donald Griffin, fondateur de l’éthologie cognitive. Ce temps semble définitivement révolu. A l’issue d’un congrès à l’université de Cambridge sur le sujet, des scientifiques internationaux renommés, dont Stephen Hawking, ont signé le 7 juillet [2012] une Déclaration de conscience des animaux, dont la conclusion est que les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non humains, soit tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, possèdent aussi ces substrats neurologiques.

original[1]Le néocortex n’est donc plus considéré comme indispensable pour penser finement. Dès 1920, on a démontré que les abeilles utilisent des concepts mathématiques pour indiquer leur butin aux congénères. Or les insectes ne possèdent pas de cerveau mais des ganglions nerveux, de même que le poulpe, mollusque de génie ! Ces vingt dernières années, une avalanche de découvertes nous a réconciliés avec le règne animal dont nous nous croyions si éloignés. Les éléphants coopèrent pour trouver des solutions. Les rats estiment plus urgent de délivrer leurs congénères enfermés que de déguster des friandises. Les chimpanzés apprennent à leurs jeunes à fabriquer et à utiliser des outils pour casser des noix. Les grands singes, les dauphins, les cochons, les éléphants et même les pies se reconnaissent dans un miroir, test classique de la conscience de soi que les enfants ne réussissent pas avant 18 mois. Mais les implications ne sont pas uniquement scientifiques. Elles sont aussi éthiques, juridiques et politiques. Pourrons-nous continuer de traiter les animaux comme des choses ? Pendant la canicule, les images de ces hangars où s’entassaient les cadavres d’animaux avaient de quoi couper l’appétit de ceux qui ont un cœur en plus d’un estomac.

Lapin_de_garenne_052005_-_OuessantNotre code civil témoigne de cette chosification de l’animal, qu’il qualifie archaïquement de bien meuble (article 528) quand, en Allemagne ou en Suisse, les animaux sont expressément distingués des choses. Opposés à la reconnaissance juridique de la sensibilité des animaux, les lobbies de la chasse et de l’élevage ont obtenu lors du quinquennat précédent la mise à l’écart de toute réforme en la matière. Bref, en France, les animaux ne pensent pas parce que les chasseurs votent.”

[NDLR : les éleveurs aussi… et les magnats de l’alimentaire.]

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore la littérature et la bande dessinée. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.
  • lorelei

    C’est tellement plus facile de faire penser aux gens que “ça ne souffre pas” ou que “ça ne pense pas”, que “ça n’est pas comme nous”. On a longtemps dit cela des enfants (voir étymologie d’infant), des femmes, des gens d’autres couleurs./culture (noir, asiat’, nativ…) avec une hiérarchisation, qui avait le “mâle blanc” à son sommet…
    Il y a du chemin à faire.

    • liligondawa

      Oui c’est pertinent ton analogie avec les enfants ! Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, on considérait qu’un bébé ne souffrait pas.
      Autre parallèle : jusqu’au 18e siècle, il était établi que les sourds et muets n’avaient pas d’âme, et étaient incapables d’avoir un raisonnement. Parce qu’il ne pouvaient pas s’exprimer.

  • Veggi Nours

    Si l’intelligence c’est de couper la branche sur laquelle on est assis, alors oui l’être humain est “super-hypra-intelligent”. Déjà à l’école il y a 20 ans je défendais la cause “les animaux ont une conscience” mais je parlais à un mur. Pourtant je m’appuyais sur des faits, Documentaires de Cousteau avec le poulpe, etc., et non sur une pseudo pensée philosophique. Mais c’était peine perdue, ce C*nnard de descartes avait déjà fait ses dégâts…

  • Les animaux sont considérés comme de simples objets marchands ….. et cette société se dit civilisée …. à gerber oui !

  • Pingback: Le Figaro en faveur de la chasse | Vegactu()

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