Et si l’humain fraternisait avec les baleines au lieu de les harponner ? (un roman jeunesse)

Après les éditions L’Age d’Homme (avec leur Collection V) et les éditions La Plage, une nouvelle maison d’édition s’engage dans la défense de la condition animale !
Il s’agit des éditions “Le Muscadier”, qui s’adressent notamment aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes
Je les ai découverts à travers 5 ouvrages récents, tous défendant des valeurs humanistes certaines.

Je vous ai parlé hier du recueil de nouvelles “Et si demain…”, écrit par Michel Piquemal. Voici un autre livre que j’ai dévoré, dans la collection Place du marché (dès 10 ans) :

“Badalona” (Patrick Joquel)

Badalona est une baleine, vivant heureuse dans un monde en paix : à la suite d’un cataclysme, qu’on devine nucléaire, la race humaine a disparu. Fini, les bateaux harponneurs qui faisaient couler le sang des cétacés !

Du moins, c’est ce que les espèces marines croyaient. Car voilà qu’un petit groupes d’hommes à peau noire s’installe sur la côte. Badalona est la seule optimiste à penser qu’avoir frôlé l’anéantissement a transformé la race humaine, et que les anciens ennemis peuvent être devenus plus pacifistes…

Couv

J’ai aimé dans ce roman son merveilleux style d’écriture, qui nous transporte en quelques mots simples sur la crête d’une vague ou dans le crépitement d’un feu sur la plage. Patrick Joquel a d’évidents talents de conteur, dans un style qui m’a rappelé “La guerre du feu”, de J.-H. Rosny.

Personne n’est parfait

Quelques détails m’ont un peu dérangée : c’est encore une fois un roman patriarcal, une histoire d’hommes, rien que d’hommes : Cedros, l’aveugle qui guide son peuple jusqu’à l’océan ; Manos, le magnanime chef de tribu ; Le Roux, étranger qui leur apporte le feu : tous les protagonistes humains importants sont des hommes.
Le seul personnage féminin, Yiwa, n’existe qu’en tant que femme amoureuse du Roux, puis en tant que ventre — elle porte ses futurs enfants. De ses pensées, ses sentiments, on ne saura rien. C’est un peu mince. Et dérangeant.

Visiblement, un monde post-apocalyptique n’est toujours pas plus égalitariste que le nôtre.

J’ai également tiqué sur le fait que le personnage central est le seul blanc de l’histoire. Certes, le roman s’ouvre sur l’apparition d’une tribu d’hommes de couleur : le lecteur se dit que c’est une bonne chose, tant la figure de l’homme blanc est omniprésente en littérature. Il n’en reste pas moins que le Sauveur, l’homme providentiel, c’est l’unique homme blanc.
A mon sens c’est loin d’être du racisme, juste une maladresse. Si j’avais été vous, monsieur Joquel, j’aurais choisi pour incarner mon personnage de maître du feu, d’étranger descendu de la montagne pour fraterniser avec la baleine, un homme de couleur comme le sont tous les autres protagonistes de votre agréable roman…

Enfin, j’ai été déconcertée de lire que la tribu de Manos fait griller de la viande et pêche. Certes, vous me direz que nécessité fait loi et que si la végétation a été amoindrie par la catastrophe nucléaire, il ne leur est peut-être pas possible d’avoir une alimentation à base de plantes (ce n’est pas précisé). Mais dans une oeuvre de fiction qui interroge nos rapports aux animaux, qui veut démontrer que l’homme doit changer sa façon de vivre avant d’avoir saccagé son habitat, qui a pour narratrice un mammifère pensant (Badalona la baleine), il aurait été cohérent de mettre en scène une tribu rescapée frugivore, ou redécouvrant les balbutiements de l’agriculture.

Baleine 2

L’avis de Vegactu

En conclusion, ce roman reste une bonne idée de lecture, aussi bien adaptée à un enfant bon lecteur qu’à un adolescent ou un adulte. Il offre une évasion immédiate et quelques pistes de réflexion évidentes sur la nécessité de préserver notre planète.

Monsieur Joquel, si par hasard vous avez le loisir de lire ces lignes, à quand une réédition plus égalitariste et plus végéphile de votre si beau roman ?

>> Acheter “Badalona” en ligne

… ou chez votre libraire préféré bien sûr.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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