Eva Meijer décrypte les langages animaux

Beaucoup de gens voyagent pour élargir leur horizon, faire de nouvelles expériences et aborder d’autres cultures. Mais on peut trouver une infinité de cultures différentes à chaque coin de rue — celles des fourmis, des pigeons, des chats, des lièvres ou des vaches, selon le lieu où l’on habite.

Eva Meijer vient de terminer un doctorat en philosophie et de publier cet ouvrage, traduit du néerlandais par les Presses de la cité, autour de la communication animale.

La pensée a longtemps été considérée comme une activité propre aux êtres humains (…). C’est en train de changer. La pensée philosophique s’intéresse de plus en plus aux animaux, en particulier dans le domaine de l’éthique et, depuis peu de temps, dans celui de la philosophie politique. Mais la question du langage reste largement inexplorée. (…) L’étude du langage des animaux, en transformant le regard que nous portons sur eux, pourra avoir des conséquences sur leur statut dans la société, aujourd’hui déplorable. J’espère que ce livre y contribuera.

Dans cet essai, vous apprendrez beaucoup sur le langage des dauphins (en 2013, une chercheuse est parvenue à isoler le mot dauphin utilisé pour désigner les algues sargasses), des corbeaux et autres corvidés — dont le vaste vocabulaire leur sert à désigner des objets et des congénères —, des chiens de prairie… Ces derniers, des rongeurs américains, s’alertent mutuellement par des sortes d’aboiements lorsqu’un intrus survient et savent indiquer si celui-ci vient du ciel ou de la terre ; ils précisent également sa taille et sa vitesse d’approche, s’il s’agit d’un être humain, d’un chien ou d’un autre animal. Les loups, les serpents, les hippopotames et les homards communiquent olfactivement.

L’auteur détaille l’intérêt de l’outil informatique pour la compréhension de certains langages — celui des dauphins, en premier lieu — et précise que l’un des défis à relever pour répondre à la complexe question de la grammaire chez les animaux non-humains est le rôle que joue leur langage corporel.

L’ouvrage s’intéresse aussi aux relations entre animaux humains et non-humains. Entre bien d’autres exemples, notons celui des chiens errants moscovites, patiemment étudiés depuis 30 ans par un biologiste russe : un petit groupe de chiens sans maîtres vivant dans les banlieues a appris à prendre le métro pour se rendre au centre-ville, où ils se procurent plus facilement de quoi se nourrir, et savent brillamment interpréter le langage corporel humain, voire leur style vestimentaire, pour déterminer les plus susceptibles de leur offrir de la nourriture !

Les animaux et leurs langages se base sur des centaines d’études scientifiques, bien référencées à la fin de l’ouvrage, parmi lesquelles Zoopolis de Donaldson et Kymlicka. Concret, accessible, ce livre soulève des questions autour de la place des animaux humains et non-humains dans le règne naturel ; il résonne particulièrement avec la cause antispéciste que nous défendons jour après jour.

D’ores et déjà l’un de nos coups de cœur de 2019.

>> Les animaux et leurs langages, Presses de la Cité

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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