“L’imposture intellectuelle des carnivores”, de Thomas Lepeltier – Le vegan sidekick français

Le 11 mai dernier, Thomas Lepeltier, historien et philosophe, déplorait sur Facebook que trois semaines après sa publication, son ouvrage intitulé L’Imposture intellectuelle des carnivores soit passé complètement inaperçu dans les médias.

Les journalistes qui avaient évoqué les autobiographies militantes de Martin Page (Les Animaux ne sont pas comestibles) et Théo Ribeton (V comme vegan), ou les études d’Eric Baratay (Biographies animales) et Florence Burgat (L’Humanité carnivore) semblèrent faire l’impasse sur ce livre-là, comme s’ils avaient suffisamment parlé du massacre des animaux comme ça.

“Lepeltier expose donc au grand jour ces impostures”

On pourrait se la jouer naïf, il suffirait de raconter n’importe quoi : “Il y a trop de publications! Thomas Lepeltier n’est pas aussi connu que Martin Page! Max Milo n’est pas aussi connu que Robert Laffont! Ils n’ont pas fait exprès!” Vous voyez ? Facile. Mais la coïncidence reste troublante, car le livre de Lepeltier s’attache justement à démontrer à quel point les “penseurs” spécistes favoris du service public – Porcher, Klarsfeld, Finkielkraut, Giesbert & Cie – sont autant de sophistes et d’abrutis EUH pardon : d’imposteurs.

Quelle différence, demanderez-vous? C’est que le mot “imposteur” a moins de mal à passer pour un constat objectif que “sophiste” ou “abruti”, pourtant tout aussi susceptibles de désigner des réalités.

Lepeltier expose donc au grand jour ces impostures de manière si rigoureuse que les principaux intéressés, n’était leur proverbiale mauvaise foi, seraient forcés d’admettre les limites de leurs intellects surestimés s’ils se retrouvaient face à ces démonstrations (la palme de l’intellect surestimé revenant à Elisabeth de Fontenay, au culot vertigineux, comme on le constatera ici).

Le fait est que les médias traditionnels, disons “omnivores”, ne peuvent tout simplement pas prendre la mesure de l’importance du livre de Lepeltier. Pour se rendre compte de son effort, il faudrait connaître l’abnégation de l’auteur, qui s’attache ici à descendre les poubelles, visitant les lieux les plus mal famés de la réflexion carniste pour en dénoncer l’immondice. Lepeltier s’est même valeureusement enquillé la thèse d’un des sbires de Jocelyne Porcher, Le sens moral de la relation de travail entre hommes et animaux d’élevage: mises à mort d’animaux et expériences morales subjectives d’éleveurs et de salariés. Il n’y est jamais question de la vie intérieure des animaux et de leurs expériences subjectives – du charabia carniste bloqué quelque part en 2011, avant la Déclaration de Cambridge, peut-être même avant Darwin. Pouah.

“Si je pense, je deviens végétarien”

Or du point de vue de ceux qui, justement, n’éprouvent nulle répugnance à tendre le micro à ces philosophes gloutons et arriérés, rien de si dégoûtant que cela. Ce sont des philosophes comme les autres, dont l’opinion fait le même bruit que celle des gens honnêtes. Puisqu’ils s’y connaissent en géopolitique, ils doivent bien s’y connaître en éthologie aussi. A leurs yeux, Lepeltier n’est qu’un végane de plus essayant d’imposer sa morale à tout le monde, pour citer l’un de ces Pangloss. Résultat : Michel Onfray, lui, peut aller se vanter sur France Culture de ne pas penser (“Si je pense, je deviens végétarien”). Et Lepeltier reste coincé sur Facebook.

Or le mérite du livre, sa rareté, est justement de montrer, avec un flegme chirurgical, que ces infections intellectuelles, moins anodines qu’on l’imagine, doivent et peuvent être traitées, en y appliquant une rigueur tout simplement détachée du désir de s’enfiler un nouveau morceau de viande aussi tôt que possible.

Les bras dans la merde jusqu’aux épaules, Lepeltier affronte ce qui se fait de pire – Fontenay affirmant qu’il n’y a pas de réponse aux questions qu’on lui pose, Enthoven affirmant qu’il est moins contradictoire de manger les animaux qu’on aime que de les épargner – et les démonte en quelques lignes, quand une simple note en bas de page ne suffit pas à exposer l’inanité de leurs positions, comme c’est le cas de la philosophe Vinciane Despret : “Notons, avec consternation…” (suite au bas de la p.31).

“Michel Onfray, Pierre Rabhi et même Boris Cyrulnik, malheureusement, en font partie”

De nombreux chapitres dénoncent ainsi la “tartufferie” des animalistes carnistes – Michel Onfray, Pierre Rabhi et même Boris Cyrulnik, malheureusement, en font partie, déballant au moment fatidique les mêmes arguments de pignouf que n’importe quel beau-frère remonté au pastis un soir de barbecue. Attention, “argument de pignouf” est un euphémisme, les contradictions à l’oeuvre ici étant tout bonnement scandaleuses. Tout est dans le livre, vous irez voir.

Celui-ci s’adresse donc aussi bien aux carnistes en mal de Lumières qu’aux omnivores végé-curieux ou aux animalistes, qui trouveront ici une trousse à outil de plombier pour venir à bout d’inepties parfois si énormes qu’on ne sait pas par quel bout les prendre (avec la métaphore des poubelles, celle des toilettes qui fuient est peut-être la plus adéquate pour désigner le problème posé par les discours de Porcher, Légasse et autres Le Mené).

“Cette Jocelyne Porcher qui trouve qu’il faut tuer les animaux pour leur permettre de nous remercier”

Puisque non, Mister Enthoven, l’antispécisme ne célèbre pas l’indifférenciation de l’homme et de l’animal ; c’est faux, c’est n’importe quoi, c’est 04/20 au bac ; non, Herr Lestel, l’antispécisme ne rejette pas toute souffrance. Et Lepeltier de rappeler quelques évidences, de celles qu’on retient au mois de septembre, et qu’on devrait même pas avoir besoin de réviser au moment de l’oral à la radio : l’antispécisme est pour la prise en compte des différences entre les espèces, et leur respect ; et ce qu’il rejette catégoriquement, c’est “que nous fassions souffrir des animaux quand ce n’est ni nécessaire pour nous, ni dans leur intérêt à eux”. Ce n’est compliqué que si on ne veut pas comprendre.
Dans ce petit musée de la bêtise, ce train fantôme intellectuel, ce Disneyland carniste, on croise évidemment Mickey, cette Jocelyne Porcher qui trouve qu’il faut tuer les animaux pour leur permettre de nous remercier, ces bêtes qui, sans cela, vivraient certes plus longtemps, mais avec le fardeau de l’ingratitude. Par quel bout prendre une idiotie pareille ? Par un retour au vocabulaire le plus élémentaire : le sens des mots prendre et donner par exemple, explique Lepeltier, car c’est en s’appuyant sur les fondements pervertis du langage que ces sophistes construisent leurs chapiteaux débiles, détournant l’attention sur le sommet ouvragé de leur machin, là où le vent fait battre très fort les drapeaux.

On trouvera chez Lepeltier d’autres arguments originaux et efficaces – celui que les animaux ont déjà disparu de nos campagnes pour la bonne raison qu’on les a cachés dans des hangars ; ou qu’il n’y a pas de honte à être moralisateur, puisque c’est la base même d’un discours fondé sur une revendication éthique. Car les animalistes ne cherchent pas à “imposer leur morale à tout le monde”, comme le prétend le neurobiologiste Alain Prochiantz, dûment disséqué dans cette Imposture intellectuelle des carnivores : ils dénoncent le fait que les gens ne respectent pas la leur, qui consiste à ne pas faire souffrir d’animaux sans nécessité – tout le monde est officiellement d’accord là-dessus, même les mangeurs de foie gras.

L’efficacité de Lepeltier est peut-être ce qui aura effrayé ces journalistes soucieux de ménager la chèvre et le chou (et on les soupçonne d’avoir fait ça pour inséminer la chèvre et bouffer son bébé). On termine ainsi sa lecture sur un réel sentiment d’impatience : quand cessera-t-on de laisser la parole au “mysticisme de la cruauté” banalisé par ces philosophes de basse-cour ?

La bonne nouvelle, c’est qu’il en ira peut-être de ces derniers comme des cétacés en captivité : leur reproduction est finie, nous n’avons plus qu’à attendre la mort de leurs carrières pour en finir. La preuve ? On en a déjà parlé, on ne se lasse pas de le répéter : le fils de Raphaël Enthoven – il est végane.

P.S.: Petit erratum pour réparer un lapsus ayant échappé aux relecteurs : en bas de la page 47, pendant le dézingage de Lestel, c’est bien “spéciste” et non “antispéciste” qu’il faut lire : “Si on suivait la logique de Lestel, on serait spéciste à chaque fois que l’on refuserait de se promener tout nu dans la rue ou de se renifler le derrière à chaque fois que l’on rencontre un membre de notre espèce”. Oui, telle est vraiment la logique de Dominique Lestel, professeur à l’ENS. Bientôt la fin, on vous dit ! Le fils Enthoven a déjà le niveau pour le remplacer, et il a tout juste le bac.

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A propos de Camille Brunel

Je suis critique de cinéma et journaliste pour le magazine Usbek&Rica. Mon premier roman, Vie imaginaire de Lautréamont, est paru aux éditions Gallimard en 2011, et j'en prépare actuellement un nouveau autour du militantisme antispéciste.
  • Balika

    Merci de relayer la publication de ce livre !

    Tou(te)s ces chercheurs agronomes, philosophes, paysans, … tous ces spécistes parés de bons sentiments envers les animaux, défenseurs du “rapport ancestral et sacré à l’animal”, ne font que tourner autour du pot. Ce qu’ils oublient, c’est qu’à un moment, il faut bien regarder dedans et se rendre compte que l’élevage sent la m*rde, la sueur, les larmes et le sang. Mettons fin à l’exploitation des animaux.

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