Jean-Luc Mélenchon, le candidat des défenseurs des animaux ?

Jean-Luc Mélenchon a multiplié tout au long de sa campagne les déclarations fortes allant dans le sens de la protection animale, jusqu’à sa prise de position ambiguë sur la corrida il y a quelques jours. A deux semaines du premier tour, le point sur cet orateur hors pair à l’aide notamment du site Politique & Animaux d’L214.

M. Mélenchon contre les tests sur animaux et pour un menu végétarien dans les cantines

Globalement, ce site très documenté indique que Jean-Luc Mélenchon “agit pour les animaux“. Parmi ses déclarations les plus notables, citons :

  • Le 17 mars dernier, sur Europe 1, il a déclaré vouloir des menus végétariens dans les écoles, et ajouté que la viande “provoque des dégâts considérables sur la planète”. En mai 2015 déjà, dans une interview à Ouest France, le candidat avait déclaré : “Les protéines carnées, ça a une limite. (…) Les protéines végétales seraient les bienvenues. (…) Il faut changer nos mœurs.1
    .
  • Le 18 mars, lors d’un discours à Paris, il a souhaiter inscrire dans la Constitution la prise en compte des animaux (“sans doute faudra-t-il (…) proclamer comme une règle pour toujours, comme une preuve de notre amélioration collective, la règle que les animaux ne sont pas des choses.”
  • Le 23 mars, il a répondu au collectif AnimalPolitique qu’il souhaitait fortement soutenir la recherche visant à la substitution des matériaux issus des animaux, et qu’il en allait de même “pour l’ensemble de la Recherche et Développement à but écologique”.
  • Le même jour, répondant à ce même collectif, il s’est dit prêt, s’il était élu, à désobéir à l’Union Européenne pour “orienter la recherche vers les systèmes qui permettraient de ne plus expérimenter sur les animaux, vers des méthodes substitutives et éthiques. Il a vivement critiqué la directive REACH (lire ici notre article explicatif) en la déclarant “très insatisfaisante”.
  • Le 24 mars, répondant à la Ligue de Protection des Oiseaux, Jean-Luc Mélenchon a dit vouloir renforcer l’action de la douane contre les trafics d’animaux (application de la CITES) et “obliger les principaux points d’entrée concernés (…) de se doter de structures d’accueil” pour héberger les animaux saisis.
  • La LPO lui a également demandé s’il souhaitait étendre à l’animal sauvage — même non captif — la notion de sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux ? Le candidat de la France Insoumise a répondu oui, que cela relevait du sens commun.
  • Enfin, toujours face à la LPO, il a indiqué vouloir “mettre fin à la pratique de la chasse des mammifères dont les jeunes sont en période de dépendance, “instaurer une journée sans chasse [par semaine] pour permettre à chacun de profiter de la nature en toute sécurité et supprimer la chasse de nuit.”

Lutte contre la contrebande d’animaux, les tests de laboratoire sur animaux ; restrictions à la chasse ; encouragement d’une Recherche éthique ; prise en compte des intérêts des animaux sauvages comme de ceux des animaux domestiques ; reconnaissance publique de la nocivité environnementale de la production de viande ; menus végétariens dans la restauration collective : cela fait de nombreux engagements solides en faveur de la protection animale.

https://www.facebook.com/CyberactionsAnimauxEcologie/videos/1459569604056082/

Il existe même une vidéo compilant les déclarations du candidat sur la défense des animaux (vidéo relayée par Jean-Luc Mélenchon lui-même le 3 avril dernier).

Un bémol : rencontres “chasseurs-écolos”

De façon surprenante, le candidat de la France Insoumise a déclaré à la LPO le 24 mars vouloir “demander aux Préfets de Régions d’organiser des tables rondes entre les chasseurs et les écologistes pour en parler car c’est juste un malentendu et il suffit de se parler.”

Chasseurs-écolos, un malentendu qui pourrait se régler facilement ? Nous nous permettons d’en douter. Si l’on s’en tient à une approche strictement environnementale de la chasse, sans mentionner le stress et les souffrances variées infligées aux animaux traqués, il faut savoir que les chasseurs français, en un simple week-end de chasse, tuent par exemple 300 000 oiseaux, soit autant que le nombre de victimes de la marée noire de l’Erika2.
Les cartouches au plomb abandonnées par millier dans la nature sont source de pollution ; et on estime que le saturnisme aurait contaminé plus de 60 % des individus de certaines espèces de canards.
Enfin, la plupart des espèces chassables étant en diminution, les chasseurs lâchent chaque année dans la nature environ vingt millions d’animaux élevés (sangliers ou sanglochons, perdrix, faisans, lièvres, canards…), ce qui perturbe les écosystèmes et affaiblit les dernières populations naturelles par l’apport de maladies issues des élevages.

Ces rappels étant faits, on peut cependant noter que Jean-Luc Mélenchon ne porte visiblement pas les chasseurs dans son cœur et ne veut rien avoir à faire avec eux, puisqu’il décline systématiquement depuis des mois les demandes d’interviews du webzine Chassons.com, lequel s’en est offusqué publiquement et le soupçonne d’être “anti-chasse” (parmi les preuves mises en ligne, un article de Vegactu…)

Alors, simple maladresse de langage ou volonté de ne froisser personne ? Jean-Luc Mélenchon, avec son franc-parler et ses convictions se soucie généralement assez peu de ce dernier point. Rappelons aussi, comme précisé plus haut, qu’au cours des mêmes questions-réponses à la LPO le candidat a déclaré son intention de “mettre fin à la pratique de la chasse des mammifères dont les jeunes sont en période de dépendance”, “instaurer une journée sans chasse [par semaine] pour permettre à chacun de profiter de la nature en toute sécurité et supprimer la chasse de nuit.”

Pollution aux métaux lourds. Crédits : U Levante, association agréée de protection de l’environnement en Corse

L’absence d’engagements contre la corrida

Voici la réponse exacte du candidat de la France Insoumise quant à la proposition 19 du manifeste AnimalPolitique :

Il existe aujourd’hui un cadre légal restrictif concernant les corridas, qui ne les autorise que dans les villes et les régions où elle est une tradition culturelle ininterrompue. Au regard de la restriction géographique quant à la légalité d’organisation de corridas, qu’a confirmé le conseil constitutionnel, il ne serait pas légitime d’organiser un débat parlementaire sur ce sujet. Il nous semble par ailleurs que l’Assemblée a de nombreux autres sujets à connaître. Enfin, il est plus logique de laisser les collectivités locales concernées traiter de cette question.

On peut s’étonner de cette réponse de la part d’un homme politique qui a par ailleurs fustigé “cette sale mode (…) que prend la société de considérer qu’un animal, qu’un être sensible — parce qu’un animal est un être sensible — peut être traité comme une chose” et ajouté qu’ “il y a quelque chose qui donne à voir une violence de notre société”3 :

On peut dire « Bon c’est des vaches on s’en fout, et puis les cochons on s’en fout, et les poulets on s’en fout, on s’en fout de tout ! » Et à la fin on finit par prendre l’habitude de traiter les êtres humains comme on traite les animaux, c’est à dire comme des purs objets à produire… Vous comprenez ? La révolte d’un humaniste, elle doit être globale.

M. Mélenchon, un dernier effort pour rendre vraiment globale votre révolte et celle de vos électeurs : prendre parti pour l’abolition de la corrida. Rappelons brièvement que cette cruauté institutionnalisée vise à arracher à son milieu naturel un mammifère sensible, de la même espèce que ces vaches que vous avez plusieurs fois défendues sur des plateaux télé, et à l’exhiber au centre d’une arène pour le transpercer successivement de piques et de banderilles qui, plantées entre la quatrième et la septième vertèbre dorsale, coupent les muscles du cou, et entre les quatrième et sixième vertèbre cervicale, sectionnent les ligaments de la nuque…4

Le site Politique & Animaux rappelle utilement que malgré cette réponse ambiguë du candidat, un texte publié sur le site JLM2017 évoquait précédemment la suppression de l’alinéa du Code Pénal autorisant la corrida. Certes, il s’agissait là d’une simple proposition interne datant du processus d’élaboration du programme de la France Insoumise, proposition qui n’a pas été validée pour figurer dans le programme mais atteste cependant du débat interne à la France Insoumise sur les corridas5.

Manifestation anti-corrida

Notre avis

Considérant que :

  1. Les prises de position de M. Mélenchon en faveur de la cause animale sont extrêmement nombreuses (encore ne vous avons-nous listé ci-dessus que ses déclarations les plus récentes),
  2. que ses promesses vont loin (instauration d’un menu végétarien dans les cantines…),
  3. que ses déclarations décevantes sont plus tièdes, voire maladroites, que négatives,
  4. qu’il est le candidat le plus avancé sur la cause animale (classement Politique & Animaux),

on peut raisonnablement penser que Jean-Luc Mélenchon ferait un bon candidat, probablement le meilleur, pour la cause animale lors de l’élection présidentielle qui s’annonce.

Précisions :

  1. Mélenchon – Interview Ouest-France []
  2. RAC France sans chasse []
  3. Vegactu — Mélenchon : “On traite les animaux d’une manière absolument ignoble” []
  4. CRAC – Le spectacle []
  5. Politique & Animaux – Mélenchon, corrida []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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