Joyce Carol Oates : protection animale dans un agréable roman

Nous étions les Mulvaney” est un roman de Joyce Carol Oates. Poétesse et romancière américaine, elle est auteure notamment des célèbres “Confessions d’un gang de filles” (adaptées l’année dernière au cinéma).

Nous étions les Mulvaney” est une chronique familiale qui retrace le quotidien heureux suivi de la destinée tragique d’une famille du Kansas, des années 60 aux années 80.

Une grande ferme peuplée d’innombrables animaux ; un père de famille typique de l’american dream (parti de rien, Michael Mulvaney a bâti un empire dans le textile) ; une mère énergique et déjantée ; trois frères aussi différents que possibles (Mike le quaterback, Patrick le scientifique taciturne, Judd le petit frère qui fera parfois office de narrateur) ; et surtout Marianne, la douce sœur adorée de tous.

Une vie familiale qui part en miettes quand Marianne se fait agresser sexuellement le soir du bal de son lycée. Sans le vouloir, elle se retrouve à l’origine de l’explosion de la famille. Ses frères se reprocheront longtemps de ne pas lui avoir rendu justice et s’éparpillent peu à peu aux quatre coins du pays ; son père qui n’a pu protéger sa fille ne supporte plus de la voir.

Parmi les vies des quatre enfants retracées en alternance, celle de Marianne, victime bannie de la ferme comme si elle  avait commis une faute, est la plus intéressante. Meurtrie, elle trouve refuge avec son chat vieillissant dans une “coopérative”, communauté à l’idéologie solidaire dont tous les membres sont végétariens. Elle travaille ensuite dans un refuge pour animaux maltraités tenu par un vétérinaire engagé dans la défense animale.

Voici des extraits de ce livre.

Avec un sourire enthousiaste, maman dit : “Marianne nous a expliqué : “De chacun selon ce qu’il peut donner, à chacun…
– …selon ses besoins.”
– Quel merveilleux travail vous avez fait ici ! Vous vivez simplement, vous mangez une nourriture saine, pas de viande – Ah, si seulement je pouvais convaincre mon mari de renoncer à la viande !”

Elle n’avait jamais vu ni entendu parler d’un endroit pareil. Ses parents l’avaient emmenée dans des zoos à Port Oriskany et Rochester, mais ils étaient différents… si tristes d’une certaine façon que l’on finissait par avoir envie d’en partir au plus vite.

Chacun des animaux avait non seulement un nom, mais une histoire. Il y avait Roi Saba, un puma maltraité, petit, dans une réserve de Floride. Il y avait Macha, Irina, Olga, des capucins “abandonnés au bord de la route” en Caroline du nord. Il y avait Hickory, le poney aveugle du New Jersey. Il y avait Big Ben, le tigre du Bengale sauvé d’un cirque ambulant dans le Nouveau-Mexique ; il y avait Rocky, le renard argenté du Maine qui n’avait plus que trois pattes pour avoir eu “la malchance de tomber dans un piège”. Il y avait Lena le lama femelle, “donnée” par un propriétaire de cirque quand il s’était aperçu qu’elle souffrait de la cataracte. Il y avait Joker, le singe Rhésus, “unique survivant” d’un laboratoire de recherche fermé dans le Nouveau-Mexique. Il y avait Grande Fille, la truie vietnamienne bedonnante, qui “avait grandi plus vite que l’affection de son propriétaire”1. Il y avait le jaguar Princesse, un gros chat tacheté de noir découvert “abandonné et mourant de faim” au bord d’une route du Minnesota. Il y avait Chéri, le lynx des Adirondacks auquel il manquait une patte ; Hickey la hyène, maltraitée dans un zoo, elle aussi ; Cendrillon et Svengali, les “ex-trotteurs pur-sang de Saratoga Springs”. Il y avait des ânes, des moutons, des chèvres et toutes sortes d’oiseaux de basse-cour, poulets, canards, oies. Des cerfs en liberté, apprivoisés mais timides. En dehors des gros chats, des singes bavards et joueur, la principale attraction était Samson et Dalila, les éléphants d’Afrique que le propriétaire d’un zoo de l’Oregon avait prévu de “liquider” si on ne leur trouvait pas, très vite, un nouveau foyer.

Il y avait des animaux victimes d’autres animaux – des chiens et des chats férocement mordus par d’autres chiens, des cerfs gravement blessés par des cerfs rivaux pendant la saison du rut – mais la majorité, évidemment, avaient été victimes d’êtres humains.

Il lui demanda ce qui n’allait pas, et Marianne lui dit qu’elle avait lu certains des rapports qu’il avait établis avec l’Association pour la prévention de la cruauté envers les animaux des Etats-Unis et l’Association américaine pour la protection des chevaux, les cruautés indescriptibles infligées aux chevaux envoyés à l’abattoir étaient quelque chose qu’elle ignorait et elle n’était pas sûre d’être assez forte et assez courageuse pour faire ce travail, en fin de compte… Whit l’interrompit : “Nous sommes ici pour servir ces animaux, Marianne, pas nous-même. Nous nous efforçons de leur donner une vie raisonnablement heureuse et même si nous ne pouvons faire que peu de chose, ce peu de chose a beaucoup d’importance pour les animaux concernés“.

Il se rendait fréquemment à Philadelphie et à Washington D.C., pour plaider en faveur d’une législation qui “réduise les souffrances infligées aux animaux par l’humanité.”

  1. Pour en savoir plus sur ce problème : https://www.vegactu.com/actualite/abandons-massifs-de-cochons-nains-le-pourquoi-du-probleme-9256/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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