La dissection de vertébrés interdite dans les collèges et lycées

On a tous en mémoire la scène du film “E.T.” où le héros libère les grenouilles promises à la vivisection par son professeur de biologie… Beaucoup d’entre vous ont sans doute disséqué un animal au cours de leurs études.
Savez-vous que la dissection, tout au moins celle des vertébrés, est aujourd’hui formellement interdite dans les études secondaires françaises ?

Utilisation des animaux pour les travaux pratiques : ce que dit la loi

La directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques est axée sur le respect de la règle dite des « 3 R » qui doit notamment se traduire par une réduction des animaux utilisés à des fins scientifiques, enseignement compris. Afin de respecter cette règle, le législateur européen a volontairement été restrictif quant à l’utilisation d’animaux pour l’enseignement :

Ceux-ci ne peuvent être utilisés QUE pour l’enseignement supérieur, ou la formation professionnelle ou technique conduisant à des métiers de l’expérimentation animale. Autrement dit, les procédures utilisant des vertébrés,même morts, sont réservées au seul domaine de l’enseignement supérieur et de l’enseignement professionnel et technique spécialisé.

En effet, en ce qui concerne l’enseignement secondaire, en lycées et collèges, il existe d’autres alternatives pédagogiques, les travaux pratiques peuvent être réalisés sur des sous-produits animaux au sens du règlement (CE) 1069/2009, issus d’animaux sains ou des denrées alimentaires (poissons, cœur-poumons de moutons), sur des invertébrés (non visés par la réglementation pré-citée), ou par l’intermédiaire de supports vidéo.
Pour l’enseignement supérieur ou technique spécialisé, les travaux pratiques qui utilisent des vertébrés doivent avoir lieu dans un établissement agréé au titre de l’expérimentation animale, doivent être encadrés par du personnel dûment formé, et ils doivent maintenant faire l’objet d’une autorisation préalable du ministère de la recherche après avis éthique, comme tout projet scientifique.

(Texte consultable sur le site du ministère de l’agriculture).

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Résumons. Il est formellement interdit de faire disséquer à un collégien ou à un lycéen n’importe quel animal vertébré complet, mort ou vivant. L’enseignement supérieur et les filières destinées à former de futurs chercheurs de laboratoire sont les seuls à pouvoir déroger à cette règle ; encore ces dissections ne sont-elles possibles que sur autorisation ministérielle en bonne et due forme.

On peut regretter le flou qu’entretient cette loi autour de possibles dissections dans l’enseignement primaire. Et s’interroger sur la bizarrerie qui consiste à considérer le poisson comme une “denrée alimentaire” et non comme un animal à part entière…

Enfin, les dissections sur des parties d’animaux sont quant à elles toujours autorisées. On peut se demander quel était exactement le but du législateur, et pourquoi il s’est attaché à faire cette distinction. Deux hypothèses : soit il s’agit d’éviter aux élèves un traumatisme, celui de la vision de l’animal intact, avant de livrer son corps aux scalpels, soit il s’agit effectivement de réduire le nombre d’animaux morts à des fins scientifiques (le professeur qui ira se procurer vingts poumons de moutons à la boucherie ne sera responsable que d’une utilisation annexe de l’animal). Dans le second cas, nous avons une fois de plus affaire à la pensée commune selon laquelle si l’animal est mangé, “il n’est pas mort pour rien”… Une croyance réduite à néant par l’existence même des végétariens/végétaliens et par leur bonne santé1.

Bref, si vous êtes parent d’un enfant et que son professeur de SVT veut faire disséquer une souris, une grenouille ou un autre vertébré entier, vous savez désormais que vous pouvez vous y opposer en toute légitimité en vous référant à la loi ci-dessus, et même contacter le rectorat de votre académie pour signaler ces pratiques.

Merci au groupe de professeurs sympathisants ou adhérents d’L214 pour avoir attiré mon attention sur cette directive européenne. Elle date de septembre 2010 mais n’a été transposée en France qu’en février 2013, par l’adoption d’un nouveau dispositif réglementaire.

Pour aller plus loin, voir l’article du 27 août 2014 d’Antidote Europe.

  1. https://www.vegactu.com/actualite/les-vegetariens-vivent-plus-vieux-33/https://www.vegactu.com/actualite/le-medecin-nutritionniste-arnaud-cocaul-conseille-detre-vegetarien-pour-vivre-mieux-et-vieux-4247/https://www.vegactu.com/actualite/jim-morris-bodybuilder-vegan-de-77-ans-embleme-de-peta-12340/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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