La grande histoire d’Ivan, le gorille du centre commercial : un livre à offrir à tous

“Le seul et unique Ivan” est un roman jeunesse anti-cirque. Son auteur, Katherine Applegate, est l’auteur de la série de science-fiction mondialement célèbre Animorphs, dans laquelle un groupe d’adolescents utilisent une technologie extraterrestre pour se transformer en animaux.

“Le seul est unique Ivan” est un roman réaliste, tiré d’une histoire vraie. Ivan a réellement existé et a vécu de 1994 à 2012 au zoo d’Atlanta, mais avant cela il passa presque 30 ans sans voir d’autres gorilles. Vous pouvez lire sa biographie complète sur le site du zoo.

La vie d’Ivan

Capturé bébé au Congo, il fut transporté aux Etats-Unis. Sa sœur jumelle mourut durant le transport, ce qui en dit long sur leurs conditions de vie. Élevé dans une maison à l’instar d’un enfant humain, il devint inadapté à ce milieu en grandissant (un gorille adulte peut peser jusqu’à 300 kilos) et fut vendu à un centre commercial hébergeant une ménagerie pour attirer les clients.

Enfermé seul durant 27 ans, il fit l’objet d’un reportage du National Geographic qui suscita l’indignation des lecteurs. Sous la pression populaire, et le centre commercial ayant fait faillite, Ivan fut transplanté au zoo d’Atlanta qui détient le plus grand nombre de gorilles des Etats-Unis. Un changement bienheureux pour lui…

Ivan, gorille et artiste peintre. Crédits : zoo d'Atlanta
Ivan, gorille et artiste peintre. Crédits : zoo d’Atlanta

Au zoo où il passa les 17 dernières années de son existence, Ivan a pu partager la vie d’une femelle prénommée Kinyani. Montrant un tempérament artistique depuis toujours, il put également peindre (Ivan signait ses toiles d’une empreinte de son pouce opposable).

Pourquoi lire ce livre

“Le seul et unique Ivan” est une fiction basée sur cette réalité, et donne la parole à Ivan.

Couverture

Un livre bien antispéciste comme on les aime. Le style, simple et très beau, permet au livre de concilier un lectorat adulte, enfant et préado à la fois.

L’écriture est très bien pensée : puisque le narrateur est un gorille de ménagerie, le monde est vu à travers son regard, sans tomber dans le piège anthropomorphique. Par exemple, lorsqu’Ivan décrit la vétérinaire du zoo d’Atlanta venue l’examiner, cela donne : “Une femme aux yeux intelligents et noirs, comme ceux de ma mère. Elle porte un manteau blanc et dégage un parfum de lobélie. Ses cheveux épais et bruns ont la couleur d’une branche pourrie grouillant de fourmis brillantes“. Ou encore quand Ivan regarde un western sur la télé de sa cellule : “A la fin, le shérif épouse la propriétaire du saloon — un endroit où les hommes viennent se désaltérer, pas les chevaux.

Les chapitres, concis et percutants, dégagent beaucoup d’émotions en peu de mots, mais distillent aussi de nombreuses informations implicites sur les besoins fondamentaux des êtres sentients. Un exemple parmi d’autres, lorsque Ivan se rappelle son enfance : On menait une vie heureuse, celle pour laquelle nous étions faits : cueillette, sieste et jeux.”

Le titre à lui seul est déjà tout un programme : il insiste sur l’idée que chaque animal est un individu à part entière, mais est aussi un jeu de mot un peu triste car Ivan est seul dans sa cage depuis trois décennies…

Enfin, c’est un roman plein de traits d’humour, optimiste et sans pathos. Un passage parmi tous ceux qui m’ont fait rire : “Il n’y a pas grand-chose à fait dans mon domaine. Jeter des boulettes sur les visiteurs a fini par me lasser. Je les fabrique avec de la crotte que je laisse sécher. J’en garde toujours quelques une sous la main.
Pour une raison étrange, les gens qui viennent me voir n’en apportent jamais avec eux.

 Peinture du gorille Ivan

Peinture du gorille Ivan

Ambivalence des zoos

Certains lecteurs véganes pourront tiquer sur le fait que le zoo d’Atlanta jouit d’une bonne aura dans ce livre. Pourtant, le zoo est présenté comme la seule alternative à la cage exiguë de la ménagerie. Une cage où Ivan vit sans congénères et sans un brin d’herbe, confiné entre quatre murs.

Stella l’éléphante le définit ainsi : “Un bon zoo est un grand domaine. Un endroit sûr où les animaux ont suffisamment d’espace pour se promener. Un bon zoo est la façon dont les hommes réparent les fautes qu’ils ont commises.”

Le zoo n’est pas un lieu idéalisé. Voici comment le décrit Ivan lorsqu’il le découvre dans une publicité télévisée  : “La girafe disparaît pour laisser la place à une famille d’hommes regardant une famille d’éléphants. Ces derniers sont entourés de rochers, d’arbres et d’espace, mais il s’agit bien d’un zoo. Je peux voir où il commence et où il finit. Je peux voir les murs et comprendre leur sens : vous êtres ceci et vous êtes cela, et il en sera toujours ainsi.
Ce n’est pas le lieu parfait, j’en ai conscience. Si ça l’était, il n’y aurait pas de murs. Mais c’est toujours mieux qu’ici.

Quelques extraits

Mes visiteurs sont souvent surpris quand ils remarquent la télé que Mack a mise dans mon domaine. Ils ont l’air de trouver bizarre qu’un gorille regarde des hommes sur un petit écran. Mais eux, derrière la vitre, me regardent de la même façon.

Autrefois, Stella faisait un numéro dans un cirque célèbre. Elle a repris certaines acrobaties pour notre spectacle. Il y en a une ou elle se dresse sur ses pattes arrières pendant que Snickers bondit sur sa tête. C’est difficile quand on pèse le poids de quarante hommes réunis.
Quand on est un éléphant de  cirque et qu’on se dresse sur ses pattes arrières pendant qu’on chien vous bondit sur la tête, on a droit à une récompense.
Si on n’y parvient pas, on a droit à un coup de badine.

Ces positions contre-nature peuvent causer blessures et écrasements des organes chez les éléphants.
Ces positions contre-nature peuvent causer blessures et écrasements des organes chez les éléphants.

Julia voudrait devenir une artiste célèbre. Parfois, je lui sers de modèle. Avec mon dos argenté, je suis très beau sur ses dessins. Je n’ai pas l’air féroce, comme sur le panneau de l’autoroute.
Mais j’ai toujours l’air un peu triste.

– Je suis fatigué, mais je n’ai pas sommeil.
– Tu es fatigué de quoi ? questionne Stella.
Je réfléchis. Pas facile de répondre.  Les gorilles ne se plaignent pas. Nous sommes des rêveurs, des poètes, des philosophes, des amateurs de sieste.
– Je ne sais pas, dis-je en donnant un coup de pied dans la balançoire. J’en ai marre de mon domaine.
– Parce que c’est une cage, déclare Bob.

Bob craint que notre nouveau voisin ne soit un félin aux yeux en fente. Mais Stella affirme qu’un camion va venir cet après-midi avec à son bord un éléphanteau.
– Comment le sais-tu ? dis-je.
L’air sent le pop-corn caramélisé, un de mes aliments préférés.
– Je l’entends, répond Stella. Il pleure la perte de sa mère.
J’écoute. Le grondement des voitures me parvient, le ronflement des ours polaires derrière leurs fils barbelés…
Mais je n’entends aucun éléphant.
– C’est ce que tu espères, dis-je.
Stella ferme les yeux.
– Non, murmure-t-elle. Je ne l’espère pas.

– Avant le cirque, je vivais avec ma mère, mes tantes, mes sœurs et mes cousines, confie Ruby. Elles sont toutes mortes. Les hommes les ont tuées, ajoute-t-elle.
– Qui d’autre aurait pu faire ça ? commente Bob.

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A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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