La truie fugueuse : je caresse d’une main et je tue de l’autre

Un article de Ouest France, sur un fait divers également rapporté par 20 minutes, Le Télégramme et quelques autres.
Face à tant d’incohérence et de méconnaissance, un commentaire de texte s’impose.

Josken (joue de porc rôti en breton) coule des jours paisibles au Stang ar Beo, un bistrot du centre-ville de Lannion. Une caresse de clients par-ci, des quignons de pain par-là… La petite truie de race néo-zélandaise fait un peu figure de coqueluche dans le quartier.

Quand on est végane et sensibilisé à ce qu’est le spécisme, c’est toujours une surprise de tomber sur un si beau cas d’école ; ici nous avons même affaire à une forme particulièrement tordue de spécisme… En une seule phrase, nous apprenons que les habitués du bistrot câlinent un cochon, dévorent ses semblables… et l’assument même dans le surnom du cochon en question.

Ça n’a pas empêché la jeunette de prendre la poudre d’escampette dans la nuit de vendredi à samedi.

Ouest France s’étonne donc qu’un jeune animal préfère gambader librement plutôt que de rester enfermé toute sa vie dans un lieu clos. L’ignorance absolue de la plupart des humains quant aux besoins élémentaires des animaux ne cessera jamais de m’étonner.

Elle a profité d’un grillage mal clôturé. Elle a endommagé la pelouse d’un voisin et s’est retrouvée dans la rue, s’en veut le maître de Josken. Polices nationale et municipale se sont lancées à ses trousses. Et ont dû faire usage du taser à trois reprises pour la maîtriser.

Imaginez : vous êtes un innocent, enfermé depuis toujours sans le moindre congénère pour vous tenir compagnie. Vous parvenez à vous échapper. Vos geôliers vous électrocutent au taser et vous ramènent dans votre prison. Le tout est chroniqué par les journaux dans la rubrique “Insolite”. C’est ça la vie de Josken, qui s’en tire pourtant largement mieux que la quasi-totalité des autres cochons, dont l’élevage fait de chaque minute de vie un supplice.

De retour au bercail mais sonnée, Josken a eu du mal à se remettre de ses émotions. Le taser n’y est sans doute pas étranger. « Mais elle paie sans doute aussi sa nuit blanche ! » glisse son maître qui, malgré la situation, ne s’est pas départi de son humour.

Rions si vous voulez, mais, Monsieur le maître de Josken, pas d’anthropomorphisme s’il vous plaît. Je ne saurais dire, pour ma part, si une nuit blanche constitue une négation des besoins fondamentaux d’un cochon. En revanche, concernant l’enfermement, l’isolement et l’électrocution au taser, j’ai ma petite idée.

Il a dû néanmoins se délester de 66 € pour récupérer Josken et de 35 € de frais d’amende pour vagabondage.

Nous vivons dans un monde où celui qui laisse un cochon se promener à sa guise doit payer une forte amende, et où celui qui en enferme des dizaines ou des centaines dans des stalles métalliques, les mutile à vif et les fait tuer à 6 mois peut gagner sa vie ainsi.

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A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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