La viande, trop chair payé pour notre planète

La Conférence de Paris sur les changements climatiques aura lieu du 30 novembre au 15 décembre 2015 prochains, mais la question de la responsabilité de l’élevage ne semble pas être une préoccupation majeure alors qu’elle devrait être prioritaire. En effet selon le rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) de 20131, l’élevage est le premier responsable du réchauffement climatique avec 14,5% des gaz à effets de serre, devant l’ensemble des transports ou des industries. Plus alarmant, selon un rapport du Worldwatch Institute intitulé “Bétail et Changement climatique : Et si la clé du changement climatique était… les vaches, les cochons, et les poulets ?” , l’élevage serait contributeur à hauteur de 51% du réchauffement2 . Ce dernier rapport critique en partie les chiffres de la FAO qui ont retiré du calcul la respiration du bétail. La FAO justifie ce retrait car le CO² capté par les plantes est rejeté par le bétail, et donc le total s’annule. Seulement, si une vache consomme 10kg de soja pour finir tristement en 1kg de viande bovine, un morceau de 100g de viande aura donc dix fois plus d’impact sur le CO² que consommer directement 100g de soja.

Comment dès lors peut-on organiser des sommets sur le climat sans réellement remettre en cause l’élevage ? Peut-être parce que l’élevage n’est en soit pas un grand émetteur de CO² mais il est par contre émetteur entre autre de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO² et qui reste jusqu’à 100 ans dans l’atmosphère3 . Nous ne doutons pas non plus des difficultés des responsables politiques à réaliser le problème de la viande. Il est complexe de s’affranchir de l’idée communément admise selon laquelle il est normal et nécessaire de manger de la viande, idée qui empêche souvent toute réflexion visant à considérer la viande et l’élevage comme un secteur facultatif.

L’Europe, un abattoir pour plus de huit milliards d’animaux chaque année

Pour réaliser l’ampleur de l’élevage et des problèmes qu’il génère, voyons une carte de l’Europe classant les pays selon le nombre d’animaux qu’ils abattent à partir des données de la FAO. Seuls les animaux terrestres sont pris en compte, les différents poissons et mammifères marins ne sont pas comptabilisés. A l’échelle Européenne on apprend donc qu’en 2013 ce ne sont pas moins de 8 milliards d’animaux qui ont été abattus, soit environ 22 millions d’animaux chaque jour. En France, pays qui tue le plus d’animaux chaque année en Europe, ce sont plus d’un milliard d’êtres sensibles qui passent de l’état de vivant à celui de morceau de viande.


Alors que l’Allemagne compte 14 millions d’habitants de plus que la France, les Allemands tuent pour autant 300 millions d’animaux de moins que la France. Si on ramène ce chiffre par habitant, un Allemand moyen est donc responsable de la mort de 9,7 animaux par an, contre 16 par Français45 . Imaginez-vous, c’est comme si chaque Français tuait 16 animaux par an. Ces chiffres peuvent faire tourner la tête, et montre bien qu’un élevage extensif ne pourrait nullement répondre à la demande. L’Europe tue chaque année 10 fois plus d’animaux qu’il n’y a d’habitants.

Méthane, oxyde nitreux, ammoniac, ces polluants liés à l’élevage

Tuer des animaux n’est déjà pas éthique, mais élever un milliard d’animaux par an pour les abattre ne peut pas être non plus écologique. Ces animaux-là, avant de leur retirer la vie, il faut les nourrir, les soigner, et traiter leurs déchets. Si les Français ont un tout-à-l’égout, il n’existe pas d’équivalent pour les animaux même si quelques directives tentent de réglementer le traitement. Ce fut par exemple le cas de la directive nitrate qui était censée éloigner les éleveurs les uns des autres pour limiter l’effet de concentration des pollutions, mais cela ne s’est pas passé ainsi, bien au contraire6. En effet en Bretagne les éleveurs se sont rapprochés pour mutualiser les coûts d’achat des centrales de traitement du lisier car l’élevage y est tellement intensif dans l’Ouest qu’il n’y a pas assez de terres pour l’épandage.

Oui en France on traite les déchets de nos 66 millions d’habitants, mais on traite assez mal les déchets de plus d’un milliard d’animaux.

L’élevage bovin, premier contributeur d’émission d’ammoniac, et premier oublié

En France l’iREP (Registre français des Emissions Polluantes) recense les pollutions industrielles, y compris celles de l’élevage. En théorie. Si on les écoute, seul l’ammoniac est considéré comme une pollution agricole, et pire encore, le premier contributeur aux émissions d’ammoniac qu’est l’élevage bovin n’est pas pris en compte. Surprenant, car même le CIV (le lobby de la viande) reconnait que l’élevage bovin en est le premier contributeur avec 67% des émissions de l’élevage en 201078. Difficile à partir de là de travailler sur ces données erronées qui induisent le lecteur en erreur et qui désinforment totalement sur cette pollution qui a été pourtant à l’origine du pic de pollution à Paris en mars 20159.

Comment lire cette carte ? Attention la couche ponctuelle (les points) ne recense que les éleveurs soumis à l’obligation de déclarer leurs émissions d’ammoniac. L’élevage bovin n’est pas pris en compte dans les pollutions industrielles, tout comme les élevages de moins de 40 000 poulets et de moins de 2 000 porcs10.

Pour résumer : seules les installations destinées à l’élevage de volailles ou de porcs sont prises en compte aux conditions minimales suivantes :

  • 40 000 animaux-équivalents pour la volaille ;
  • 2 000 emplacements pour porcs de production (de plus de 30 kg),
  • 750 emplacements pour truies.

Oui, tous les points sur cette carte sont des élevages qui se composent d’au moins 750 animaux.

Malgré l’absence d’information sur les élevages bovins, on peut voir que les départements les plus émetteurs de pollutions au nitrate, à l’ammoniac, au méthane ou encore au protoxyde d’azote (appelé aussi oxyde nitreux) sont souvent les départements qui pratiquent le plus d’élevage.

Bretagne et Pays de la Loire, les mauvais élèves

Avec la réalisation de la datavisualisation suivante il est possible de mettre directement en lien le nombre d’animaux d’élevages avec celui des pollutions au méthane (ch4) ou au protoxyde d’azote (n2o). Ainsi l’on voit bien que pour vos prochaines vacances il ne faudra surtout pas aller en Bretagne ou aux Pays de la Loire mais plutôt opter pour la Corse ou le Languedoc-Roussillon.

Pour aller plus loin, nous vous conseillons l’excellente site viande.info ainsi que le documentaire Cowspiracy de Kip Andersen et de Keegan Kuhn.

  1. Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage – FAO (2013) []
  2. Livestock and Climate Change What if the key actors in climate change are… cows, pigs, and chickens? []
  3. Overview of Greenhouse Gases
    – EPA (United States Environmental Protection Agency)
    []
  4. France : 1, 048 milliards d’animaux sur 66 millions d’habitants = 15.878 []
  5. Allemagne : 787,8 millions d’animaux sur 80,6 millions d’habitants = 9,77 []
  6. Environnement et concentration géographique des productions animales : Quels effets sur la compétitivité de l’Ouest de la France ? – PSDR []
  7. Réduire les émissions d’ammoniac des élevages – CIV []
  8. Réduire les émissions d’ammoniac des élevages – ADEME []
  9. Pic de pollution à Paris : l’élevage premier responsable []
  10. Arrêté du 24 décembre 2002 relatif à la déclaration annuelle des émissions polluantes des installations classées soumises à autorisation []

A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien en 2009 (ça commence à dater...), je pourrais passer ma vie à écouter de la musique. Professionnellement, je suis actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement des images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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