« La vie émotionnelle des animaux de ferme » chez Albin Michel

C’est un ouvrage à la fois très triste et très riche. Un essai qui raconte que les moutons reconnaissent le nom qu’on leur a donné, que les poules ont parfois l’équivalent des fous rires humains, et que regarder un cochon dans les yeux trouble la plupart des gens, tant ils ont l’impression d’échanger un regard avec un semblable, voire une vieille connaissance..

Jeffrey M. Masson est un psychotérapeute, historien de la psychotérapie et essayiste américain qui a longtemps cantonné son champ de recherche à la psyché humaine. Durant deux décennies — 1974-1994 — il mène des recherches et écrit sur l’héritage de Freud ou encore le traitement les thérapies post-traumatiques.

Dans les années 90, il s’intéresse à ce qu’il nomme le monde émotionnel des animaux, et se fait éthologue autodidacte et enthousiaste : il écrit sur les chiens (Dogs Never Lie About Love), les éléphants (When Elephants Weep), les chats (The Nine Emotional Lives of Cats), les animaux familiers (The Evolution of Fatherhood) ou sauvages (Altruistic Armadillos, Zen-Like Zebras: A Menagerie of 100 Favorite Animals)…

Il publie en 2006 un ouvrage au titre poétique : The Pig Who Sang to the Moon, paru en français sous une traduction littérale du titre (Le Cochon qui chantait à la lune) avec le concours de l’association One Voice. Est-ce parce que le livre n’a pas connu le retentissement qu’il méritait ? Il est republié aujourd’hui, en édition révisée et augmentée, et doté d’un nouveau titre : La Vie Émotionnelle des animaux de ferme.

Peut-être ce nouveau titre veut-il alerter sur le sort que subissent ces animaux dits “de ferme”, que l’on engraisse et envoie à l’abattoir en niant la vie émotionnelle riche et profonde dont ils font pourtant preuve dès que l’on sait les observer quelque peu.

Fouillé, documenté, cet essai est à offrir autour de vous aux personnes sensibilisées à la cause animale mais qui tardent à franchir le pas du végétarisme ou mieux, du véganisme. Il y apprendront avec profit que les chèvres ont un sens de l’humour frappant, proche de celui des chiens et chats, puisqu’elles ont fréquemment coutume de donner un coup de tête mesuré en guise de plaisanterie à l’humain qui leur fait confiance. Et que ce point mis à part, les chèvres partagent de nombreux points communs avec les chats : goût de l’indépendance (elles aiment à vivre sans meneur), rusées, audacieuses (on a vu en Inde des chèvres tuer le léopard qui les menaçait).

Pour les gens qui, comme nous, ont déjà fait le choix de vivre en épargnant les animaux, l’ouvrage reste une mine d’informations sur l’éthologie et la sentience animale dans toute sa complexité. Saviez-vous que, dans un troupeau de mouton, le rôle de meneur ne revient en général pas au mâle le plus imposant, mais plutôt à la plus vieille femelle ? Que selon un adage anglais “les chiens lèvent les yeux vers nous, les chats nous regardent de haut, mais les cochons sont nos égaux” ?

Loin d’être un simple catalogue d’anecdotes sur les sociétés et les individus non-humains, le livre explore également les grands courants de pensée qui traversent depuis quelques années la sphère animaliste. Le chapitre De quelle nature est le bonheur ? se pose ainsi la question de la pertinence de l’idée selon laquelle “plus un animal vit dans des conditions naturelles et plus il est heureux“. Ian Duncan, David Fraser et le goéland argenté sont convoqués pour évoquer quelques pistes de réflexion face à cette épineuse question.

Terminons notre chronique sur cette citation de l’auteur (p. 94), dans son chapitre consacré aux émotions des poules, sauvages ou domestiques, et de leurs proches parents les dindons :

Je crois que nous devons admettre, avec les philosophes antiques, que les animaux sont capables de gratitude et reconnaissent leurs amis à leurs actes.

>> La Vie Émotionnelle des animaux de ferme, Jeffrey M. Masson, éditions Albin Michel

Jo-Anne McArthur : http://www.weanimals.org/

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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