Le Festival de Cannes, sexiste et polluant (+ vidéos)

Aujourd’hui débute la 67e édition du Festival de Cannes. Cette année, la présidente du jury est la Néo-zélandaise Jane Campionpremière et seule réalisatrice de l’histoire à avoir reçu un jour la palme d’or. On ne peut que se féliciter de voir enfin une femme accéder à cette fonction.

Outre la faible présence féminine parmi les réalisateurs et présidents du jury cannois, force est de constater que la croisette mérite bien d’autres reproches. Écologiquement, ce festival est une catastrophe, même s’il fait aujourd’hui de petits pas en avant.

Tapis rouge changé avant chaque projection, déchets surabondants qui polluent plages et mer, consommation effrénée d’eau et d’électricité pendant le séjour de milliers de journalistes, de milliers d’acteurs, réalisateurs et producteurs, de milliers de curieux et cinéphiles…
La conjonction d’un entassement humain et d’un engouement médiatique produit rarement des bonnes choses.

Heureusement, grâce à l’engagement de certains (le collectif Méditerranée en danger, le réalisateur Martin Esposito, l’association non gouvernementale Greenpride), les choses changent doucement. Le Festival, soucieux de ne pas ternir son image, essaie timidement de remédier à ces problèmes.

Un petit historique pour mieux comprendre :

En 2011

Cette année-là, d’après les informations données par la mairie de Cannes dans cet article, “le triplement de la population de Cannes a généré 1 200 tonnes de déchets supplémentaires” et pas moins de 290 milliards de microplastiques flottent sur 10 à 15 cm d’eau en dérive en Méditerranée.

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Déchets plastiques flottant. Image extraite de la vidéo de Méditerranée en danger.

En 2012

Il y a deux ans, le Festival avait été montré du doigt par le collectif Méditerranée en danger (MED) qui avait filmé dans quatre clips vidéos les dessous de Cannes, les décors naturels abîmés, et les différents problèmes que l’on ne voit jamais au JT.

Chaque clip d’environ deux minutes a été filmé sous l’eau à proximité des grands hôtels.
Vous pouvez voir trois de ces quatre mini-documentaires (regroupés en une seule vidéo de 5 min) ici :

  • Dans Cannes sous les marches du Festival, on plonge dans une farandole de bouteilles et récipients en plastique ondulant sur les fonds marins sur une musique empruntée au thriller Les dents de la mer.
  • Sur l’air de Dieu est un fumeur de Havanes, de Serge Gainsbourg, Cannes à bout de souffle invite à découvrir les milliers de mégots et paquets de cigarettes jetés qui finissent entre les algues.
  • Cannes, décors naturels met en scène les milliers de canettes de boissons abandonnées qui finissent sur le sable au large des plages.
  • Enfin, Dégâts salés alerte sur le sort du million d’oiseaux de mer et des 100.000 mammifères marins qui meurent chaque année des milliards de déchets présents dans les océans.

En 2013

L’an dernier, un film-documentaire a montré à nouveau du doigt le gâchis de Cannes, en montrant notamment que jusqu’en 2008 le tapis du festival et de nombreux autres éléments de signalétique se retrouvaient, après utilisation, dans une décharge à ciel ouvert à Villeneuve-Loubet, près de Cannes. Il s’agit du film Super Trash réalisé par Martin Esposito, sorti sur les écrans le 9 octobre 2013.

En voici la bande-annonce :

Inspirée par ce documentaire, l’association non gouvernementale Greenpride avait à l’époque lancé une pétition sur le net  pour inciter le Festival à monter la première marche vers un événement créatif et éco-responsable” et « pour que le symbole du cinéma ne soit pas celui du gâchis” .

La pétition s’intitulait “Pas de gâchis pour un tapis !” En effet, durant le festival, la fameuse carpette rouge est changée avant chaque projection officielle de films (en compétition ou non), soit trois fois par jour, ce qui représente pas moins d’1,8 kilomètre de moquette rouge sur l’ensemble du festival. Ceci “soulève de nombreuses questions, notamment celles du gaspillage et de la surconsommation liés à l’organisation d’événements comme le Festival de Cannes” explique l’association. Bien sûr, Greenpride utilise le ce problème de tapis pour médiatiser une cause beaucoup plus globale.

Depuis 2008, le tapis rouge est toujours changé trois fois par jour, mais il serait “renvoyé à son fabricant italien pour y être recyclé », d’après cet article de Terra Eco.

Vers une évolution plus positive ?

On y apprend aussi que le Festival de Cannes a entamé une douce mutation écologique en 2012 : la société gestionnaire du Palais, effectue désormais un bilan carbone de son activité. Entre 2008 et 2010,  le Palais aurait réussi à baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 20%, sa consommation d’électricité de 12%, celle d’eau de 20% et celle de papier de 30%.

article_photo_1336995825997-1-HDLe Palais de Cannes a également obtenu une triple certification ISO, “sur les trois dimensions du développement durable : économique (ISO 9001), environnementale (ISO 14001) et sociétale (OHSAS 18001)” d’après son directeur ; une certification supposée améliorer de manière continue sa performance environnementale.

Pour Dan-Antoine Blanc-Shapira, spécialise de la communication événementielle, cette évolution n’est pas complètement désintéressée, mais bel et bien due à des “considérations d’image ” .

“Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas”

article_espositoPour GreenPride, dont la pétition avait été aisément récolté les 10.000 signatures demandées, “les déchets sont aujourd’hui un véritable problème de santé publique. Entassés dans des milliers de décharges, ils se transforment en liquide toxique, le lixiviat ou ”jus de décharge”. Ce produit s’infiltre dans nos terres agricoles, nappes phréatiques, rivières, dans la mer. Notre environnement est infecté de substances nocives (Bisphénol A, phtalates, métaux lourds…) qui nous intoxiquent et peuvent changer notre vie à jamais”.

Surtout, rappelons que “si le Festival de Cannes dit recycler l’ensemble de ses déchets, dont le tapis, le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas » .

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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