Le miel de manuka, trouvaille ou intox ? Notre avis.

Le miel de manuka, nouveau dada des médias, ne cesse de faire parler de lui. Ce miel issu d’une plante océanienne se voit prêter de folles vertus.

En boutique, il est tellement cher (42€ les 250g, soit 168€ le kilo pour celui de la marque Comptoirs et compagnie indice 18), que les pots entreposés en rayons sont souvent vides, par crainte des vols : l’acheteur ne se voit servi qu’en caisse (comme vu notamment dans la chaîne de magasins Botanic). A Vegactu, nous avons voulu mener une petite recherche sur le sujet.

Qu’en est-il réellement ?

Miel manuka

Qu’est-ce que le manuka ?

fleur manuka miel
Un arbrisseau manuka

Un arbrisseau qui pousse à l’état sauvage en Nouvelle-Zélande, Australie et Tasmanie. Ses fleurs sont blanches et parfumées.
La médecine maori utilisait le manuka pour ses propriétés supposées antiseptiques, antifongiques et décongestionnantes. De fait, quelques composés actifs ont été mis en évidence, du moins dans l’huile essentielle issue de cette plante : caryophyllene, géraniol, pinène, linalol, humulène, leptospermone. Les maoris tentaient ainsi de traiter l’asthme, la bronchite, la dysenterie…

Quelles vertus prête-t-on au miel de manuka ?

Les miels de toute sorte sont souvent dits bactériostatiques, tout comme la salive humaine, c’est-à-dire qu’ils ne tueraient pas les bactéries mais empêcheraient leur développement, par leur viscosité naturelle et par la présence de peroxyde d’hydrogène.  Le professeur néo-zélandais Peter Molan, de l’université de Wataiko, soutient quant à lui que le miel de manuka possède des propriétés antibactériennes qui ne seraient pas seulement liées au peroxyde d’hydrogène mais à une molécule, le Methylglyoxal (MGO).

Pour mesurer cette efficacité, les différents types de miel de manuka seraient testés en laboratoire sur une bactérie : le staphylocoque doré.

De l’action du peroxyde d’hydrogène dans le miel

Certes, le peroxyde d’hydrogène est un antiseptique. Mais le miel, quel qu’il soit, en contient-il assez pour être réellement efficace contre les bactéries ?

Pour répondre à ceci, n’oublions pas le nouveau règlement (n°432/2012) dont s’est dotée l’Union Européenne en 2012. Après 10 ans d’échanges entre experts, lobbies et scientifiques, la Commission Européenne vient en effet d’adopter une liste très sélective de produits naturels1 qui ont prouvé un réel effet santé. Par exemple, il est désormais impossible pour les fabricants d’apposer la mention « aide à maintenir une pression sanguine normale » sur des sachets de thé vert puisque cela n’a pas été démontré par des études scientifiques avérées. Aujourd’hui, toute allégation de l’industrie agro-alimentaire doit être prouvée scientifiquement.

Or, concernant le miel aucune allégation de santé n’a été retenue par la Commission Européenne ; depuis 2012 il est donc interdit de commercialiser du miel en y faisant figurer la mention d’une quelconque vertu.

De l’action du Methylglyoxal dans le miel de manuka

Représentation 3D du MGO
Représentation 3D du MGO

Pour ce qui est du miel de manuka plus précisément, en matière de preuves il est trop tôt pour s’enthousiasmer. En 2008, la Cochrane Library (une collecte de bases de données médicales) a constaté que ce miel peut aider à améliorer superficiellement certaines brûlures par rapport à un pansement standard (c’est-à-dire qui n’est pas destiné spécifiquement aux plaies profondes ou complexes). Elle a ajouté qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves dans les études portant sur ​​le miel de manuka pour qu’elles soient concluantes, et que l’utilisation de ce miel dans le traitement des ulcères de jambe n’apportait aucun bénéfice2 . 

L’examen des données de recherche n’a pas donné au miel de manuka un quelconque avantage dans le traitement d’autres types de plaies chroniques. En fait, « les données provenant de tests menés sur un miel [de manuka] de qualité supérieure ont montré qu’il n’a eu aucun effet significatif sur les taux de guérison, ou donnait même à constater des taux significativement plus lents de guérison ». 

Le problème, selon la Cochrane Library, serait aussi que toutes les données d’études favorables au miel de manuka proviennent pour l’heure d’un seul et même centre de recherche.

Une opération de communication très bien gérée

N’y aurait-il pas tout simplement beaucoup de croyances autour des supposées vertus du miel ? Et tout ce qui vient de loin ne profiterait-il pas d’une réputation exotique d’autant plus flatteuse, qui  ferait du miel néo-zélandais un sur-miel ?

Une réputation soigneusement entretenue, en tout les cas, par une industrie agro-alimentaire qui lorgne vers les préparations médicinales prisées du public. Les importateurs de miel de manuka orchestrent tout ceci avec talent, créant par exemple l’ “indice IAA” supposé mesurer son efficacité, à travers sa concentration en Methylglyoxal.

Le Methylglyoxal, un composant présent dans de nombreux produits

Faisons maintenant un petit tour sur le site de l’Unic Manuka Factor3 , marque déposée appartenant à la  Honey Association. L’Unic Manuka Factor commercialise et organise la promotion des produits liés au miel de manuka. Sur la page d’accueil, on y apprend que “le miel de manuka indice 5 présente la même activité antibactérienne qu’une solution de phénol 5%” . De leur propre aveu, une dilution de phénol au bon dosage remplirait alors le même office sur une lésion cutanée que notre miel à 168€ le kilo. Rappelons que le phénol est un fort antiseptique couramment utilisé en pharmacie.

cafe_MethylglyoxalPar ailleurs, le Methylglyoxal se retrouve à l’état naturel dans le café4 , voire même selon une étude japonaise plus ancienne5 dans le soja, le cola, le vin blanc, le jus de pomme, la root beer et diverses sources végétales ainsi que, pour l’anecdote, dans les excréments humains6 . Mais on ne vous conseille pas d’en consommer pour autant !

Pour donner un exemple concret, un café expresso, c’est 230,9 µg de Methylglyoxal4 , soit 0,23 mg de cette molécule. 10 g de miel de manuka indice IAA10 contiennent quant à eux 1 mg de Methylglyoxal. Mathématiquement, quatre cafés sont équivalents à 10 g de miel de manuka.

Un régime végétarien ou végétalien associant pommes, soja, café etc serait alors tout indiqué pour un bon apport quotidien en Methylglyoxal. Mais est-ce bien nécessaire ? Les pistes indiquant que cette molécule est bénéfique à l’organisme humain sont pour l’instant beaucoup trop minces.

Conclusion

Si vous n’êtes pas vegan et n’envisagez pas de vous passer de miel pour quelque raison, achetez plutôt un miel bio local, cela vous reviendra moins cher, financièrement comme en bilan carbone.

L'aloe vera, une alternative intéressante au miel.
L’aloe vera, une alternative intéressante au miel.

Si vous avez une blessure à soigner, les sprays ou pansements antiseptiques vendus en pharmacie ont fait la preuve de leur efficacité, optimisée par la recherche médicale.  Bien sûr, on peut être tenté de vouloir tendre vers les remèdes les plus naturels possibles ; il est alors utile de se rappeler que les supposées vertus antiseptiques du miel de manuka n’ont pas été réellement démontrées. Pensez alors à l’aloe vera7 qui est produit près de chez nous en Espagne, une taxe carbone beaucoup plus raisonnable8 . Pensez aussi comme le faisaient les amérindiens, à utiliser votre propre salive pour des plaies bénignes !

Enfin, si vous voulez utiliser les réelles propriétés médicinales de l’arbrisseau manuka, il serait plus logique de vous en procurer directement la feuille sous forme de décoctions ou d’huile essentielle de manuka9 plutôt que le produit chimiquement transformé par les abeilles…

Précisions :

  1. La liste européenne sur les arguments de santé (approuvés ou réfutés) relatif aux produits alimentaire est disponible ici : http://ec.europa.eu/nuhclaims/?event=search []
  2. Publications de la Cochrane Libraryhttp://bit.ly/12mb66G ; http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18843679 []
  3. Site de Unic Manuka Factor http://www.umf.org.nz/what-is-umf-honey []
  4. Le methyglyoxal dans le café : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1750-3841.2010.01658.x/abstract [] []
  5. Le Methyglyoxal dans les aliments et dans le café : http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol51/mono51-13.pdf []
  6. Du Methylglyoxal dans les excréments humains : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2926792 []
  7. Vertus curatives de l’aloe vera : http://www.thehealersjournal.com/2012/06/22/the-amazing-healing-properties-of-aloe-vera/ []
  8. Aloe vera 100% espagnol et non testé sur animaux : http://seve-aloe.fr/ []
  9. Où acheter des huiles essentielles de manuka ? http://www.biover.be/fr/products/manuka-huile-essentielle ; http://www.dr.hauschka.com/fr_FR/la-qualite/savoir-des-plantes-medicinales/manuka/… []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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