Le Parti Animaliste aux élections sénatoriales

Le Parti Animaliste aux élections sénatoriales : un petit pas pour les animaux, un grand pas pour la politique animaliste

Cela se sait assez peu, mais le 24 septembre prochain se tiendront des élections en France : les élections sénatoriales. Si on le sait peu, c’est qu’elles correspondent souvent à cette partie du cours d’éducation civique qu’on n’avait pas retenu parce qu’il était passé en fin d’heure, ou que le prof n’avait pas eu le temps de faire après avoir abordé l’élection du président et celle des députés : l’élection des sénateurs (et sénatrices, même si elles ne représentent qu’un quart du total…) se fait selon un système semblable à celui de l’élection présidentielle aux USA, avec de grands électeurs (environ 160 000 en France), pour la plupart conseillers municipaux (et conseillères municipales, mais quelque chose nous dit qu’elles sont minoritaires aussi).

On ne se soucierait guère de ce qu’il passe au Sénat, dont les élections restent relativement anecdotiques, s’il ne s’y produisait cette année un frémissement citoyen sous la forme de la liste qu’y présente le Parti Animaliste, premier “petit parti” à s’y présenter avec une liste strictement paritaire de douze candidats (et deux suppléants). Dix mois après son lancement, ce David politique dans l’arène des Goliaths ne recule devant aucun combat, fort de ses résultats aux élections législatives : avec une moyenne de 1,10% dans les 142 circonscriptions de France métropolitaine où il se présentait, il peut se sentir pousser des ailes.

Ce qu’il y a d’historique dans cette liste présentée au Sénat, c’est qu’elle est, en plus d’un signe d’espoir pour les animaux maltraités chaque année dans les abattoirs français, un sursaut démocratique. Présenter une liste aux élections sénatoriales coûte cher (autour de 2 000€) et un succès n’implique absolument pas de subventions, contrairement aux présidentielles et aux législatives. Résultat : sans carotte, les petits partis laissaient jusqu’à présent tomber l’affaire sénatoriale. Pas le Parti Animaliste.

Non seulement la participation aux Sénatoriales ne donnera aucune subvention, mais il est même possible, vu le système électoral indirect, que le parti n’obtienne aucune voix… Alors qu’est-ce qui leur prend, au juste ? “Comme tous les partis, nous avons été créés parce que nous représentons un électorat”, indique Nathalie Dehan, porte-parole, co-fondatrice et co-présidente du parti : “or aujourd’hui, 80% des Français jugent que la question animale est importante”.

Pour l’instant, il importe de porter la question animale dans le champ politique, “d’inclure l’intérêt des animaux dans notre société” et de montrer à ces messieurs qu’ils ne sont plus tout seuls (on sait par exemple que les chasseurs sont sur-représentés au Sénat). L’idée est littéralement – comme le disait cette fameuse affiche au petit chat des législatives – d’offrir une voix aux premiers concernés dans les lois sur l’élevage, la corrida, la pêche, la fourrure, les delphinariums… c’est-à-dire aux animaux.

En privant les partis traditionnels des électeurs qui pensent qu’un parti uniquement axé sur la défense animale mérite leur scrutin, le parti visibilise une urgence et incite ses concurrents à intégrer dans leurs programmes quelques avancées animalistes. Ce que fait ce résultat de 1,10% des législatives, c’est révéler la partie émergée d’un iceberg qui jusqu’à présent n’intéressait personne. Car pour 1,10% d’électeurs prêts à voter pour un parti monothématique, combien d’autres ayant voté pour les partis habituels par refus du monothématisme, mais n’en souhaiteraient pas moins que les avancées sociales finissent par également concerner d’autres espèces que l’humaine ?

“De la sorte”, précise Nathalie Dehan, “si vous voulez être réélu, vous savez que devez inclure la protection animale dans votre programme”. Ce n’est pourtant que le premier effet Kiss Cool, le second consistant bien sûr à finir par remporter une élection ou deux. Or ces élections ne se gagneront pas en s’adressant à la frange d’électeurs déjà acquis à la cause, antispécistes, véganes et autres abolitionnistes. Comme le fait L214, ce n’est pas aux militants mais à la plus large partie de la population que s’adresse le Parti Animaliste : “Et nous avons de la chance, en moyenne, les Français aiment le bon sens”.

Les Français dans leur majorité exigent en effet des avancées sur la protection animale, ainsi que l’abolition des pratiques les plus cruelles. Même les plus grands mangeurs de viande sont scandalisés lorsqu’ils apprennent que lorsque leur bacon n’a pas la même odeur que d’habitude, c’est simplement que l’émasculation à vif de l’animal dont il provient n’a pas été complète. Alors, même si cela coûte cher, “se présenter aux Sénatoriales est le signe qu’on s’inscrit durablement dans le paysage politique français”. Ben oui : si on finit par abolir la viande un jour, il faudra bien que ce soit démocratiquement.

A propos de Camille Brunel

Camille Brunel
Je suis critique de cinéma et journaliste pour le magazine Usbek&Rica. Mon premier roman, Vie imaginaire de Lautréamont, est paru aux éditions Gallimard en 2011, et j'en prépare actuellement un nouveau autour du militantisme antispéciste.

Vegactu utilise des cookies (vegan) pour améliorer votre expérience chez nous. L'approbation est automatique si vous faites défiler la page. +

L'utilisation de cookies (vegan bien sûr) permet d'améliorer le contenu affiché sur Vegactu. Pour continuer vous devez donc accepter l'utilisation de cookies.

Fermer