Le premier procès contre le foie gras aura lieu jeudi en France

En novembre 2013, l’organisation de défense animale L214 révélait une enquête menée auprès du producteur de foie gras Ernest Soulard. Au vu des images de maltraitance, Joël Robuchon, Gordon Ramsay et bien d’autres grands chefs avaient décidé de stopper leur approvisionnement auprès de cette société qui fournissait les restaurants étoilés et les palaces les plus renommés de la capitale.

Ce jeudi 22 janvier, le procès opposant la société Ernest Soulard à l’association L214 se tiendra au tribunal de grande instance de la Roche-sur-Yon. L214 a déposé plainte pour sévices graves et maltraitance envers animaux. La pratique même du gavage sera mise en cause par l’association. Des experts seront appelés à la barre.

Par ailleurs, L214 est poursuivie par la société Ernest Soulard alléguant une dégradation légère liée à la pose d’une caméra dans un de ses bâtiments d’élevage.

La société Ernest Soulard, un archétype du gavage industriel

La société Ernest Soulard est une société vendéenne spécialisée dans la production de foie gras. Le gavage est réalisé dans des bâtiments pouvant contenir un millier de canards. Les cages individuelles, que la réglementation européenne interdit depuis le 1er janvier 2011, continuent à être utilisées. Le gavage est réalisé à la pompe hydraulique avec de la pâtée de maïs. L’enquête réalisée par L214 montre des animaux peinant à respirer, souffrant d’infections ou agonisant. Des cadavres gisent sur le grillage de leurs cages.
Plusieurs experts ont commenté et condamné ces pratiques.

Le gavage est interdit un peu partout dans le monde

Selon le rapport du Comité scientifique européen sur la santé et le bien-être des animaux, le gavage est associé à une mortalité décuplée chez les canards et les oies gavées ainsi qu’à un risque de lésions à l’œsophage, d’éclatement du jabot, de défaillance du foie, de stress thermique, de diarrhées et d’insuffisance respiratoire. Le rapport conclut que « le gavage, comme il est pratiqué aujourd’hui, est préjudiciable au bien-être des oiseaux. » . Le gavage est notamment explicitement interdit en Argentine, Californie (États-Unis), Israël, Norvège, Suisse, Turquie, ainsi que dans la plupart des pays de l’Union européenne, où il n’est plus pratiqué que dans cinq pays (France, Hongrie, Bulgarie, Espagne et Belgique).
La directive européenne de 1998 sur la protection des animaux dans les élevages dispose notamment qu’« aucun animal n’est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu’il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles » ce qui condamne de fait le gavage dans toute l’Union européenne. C’est ce que l’association L214 défendra au cours de ce procès.

L’INRA au secours du foie gras

Alors que la contestation mondiale du gavage s’amplifie, alors qu’un nombre croissant de pays interdisent la production de foie gras, alors qu’un rapport d’experts européens conclut que le gavage est préjudiciable aux oiseaux, les recherches menées à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) sous financement de l’industrie du foie gras aboutissent à une conclusion spectaculaire : aucun élément scientifique ne permet de dire que le gavage est source de mal-être animal ! La société Ernest Soulard a fait appel à un expert de l’INRA pour soutenir sa défense. Dès 2006, L214 a mené un travail de contre-expertise qui a révélé l’ampleur des biais méthodologiques et des données passées sous silence qui ont permis de produire ce résultat « scientifique » grâce auquel la filière du foie gras a obtenu qu’en France le gavage soit légitimé par la loi.

Communiqué de L214

A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien en 2009 (ça commence à dater...), je pourrais passer ma vie à écouter de la musique. Professionnellement, je suis actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement des images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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