Les 10 principales manifs animalistes en France

Crédits : L214

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la France ne manque plus de manifestations animalistes, et l’on commence même par ne plus savoir où donner de la tête – le week-end du 8 et 9 octobre vous permettra ainsi de louvoyer, si le coeur vous en dit, entre le salon VeggieWorld et le carnaval antispéciste de la Veggie Pride. Conférences, défilés, villages véganes : le militantisme a atteint, ces dernières années, une vitesse de croisière telle que des journaux comme Libération, les Inrocks ou le Monde participent désormais eux aussi à la reconnaissance du martyre animal tel que la culture française l’avait, depuis la génération de nos parents, terriblement normalisé. Un guide des grandes dates animalistes finira peut-être par voir le jour sur papier – en l’attendant, voici les dix principales manifestations animalistes que vous trouverez à portée de TGV, plus quelques petites informations (de première main!) les concernant. A vos porte-voix !

JUIN

1. La Marche pour la fermeture des abattoirs

Quoi ?
La Marche pour la fermeture des abattoirs, c’est un peu la marche par excellence : ici, pas de chichis, on marche dans Paris et on hurle de tous nos poumons : FERMONS LES ABATTOIRS aux passants médusés. Les pancartes sont souvent trash et on y a droit aux discours les plus galvanisants du monde par Brigitte Gothière, fondatrice de L214, debout sur une camionnette, au début et à la fin, tandis que deux meneurs d’une énergie hallucinante scandent les slogans en tête de cortège.

La Marche pour la fermeture des abattoirs a eu lieu à Paris le samedi 13 juin 2016. En parallèle une Vegan Place était organisée. Cette année, la Marche s'est déroulée dans 10 pays différents situés sur 4 continents différents.
La Marche pour la fermeture des abattoirs a eu lieu à Paris le samedi 13 juin 2016. En parallèle une Vegan Place était organisée. Cette année, la Marche s’est déroulée dans 10 pays différents situés sur 4 continents différents.

Quand ?
Au début du mois de juin.

Où ?
A Paris. Généralement, on part de République et on y revient, en passant par la rue Montorgueil ; mais le parcours peut changer d’une année sur l’autre.

Qui organise ?
L214.

Combien de monde l’année dernière ?
Pas loin de 2000 personnes ! On y a même croisé Véronique Genest. Qui compte pour 1000 personnes à elle seule. Pas loin de 3000, du coup…

Die-in?
Oui ! On s’allonge au son des cris de détresse des animaux diffusés par les hauts-parleurs, puis on se relève lentement, en se remettant à scander crescendo… C’est toujours un moment assez fort, que l’on soit sur le bitume brûlant des grands boulevard bloqués pour l’occasion, ou les pavés de la rue Montorgueil, entre les boucheries qui, l’an passé, étaient carrément gardées par des CRS. Ouvrez l’œil : vous aurez peut-être la chance d’apercevoir un boucher vous faire un doigt d’honneur !

JUILLET

2. Le Marineland d’Antibes

Quoi ?
Un rassemblement sur le rond-point à l’entrée du parking de l’infâme Marineland d’Antibes. On distribue des tracts aux automobilistes (même si le Marineland prend désormais soin de dévier l’arrivée de ses touristes les jours de manif), on suspend sur le rond-point des croix en hommage aux animaux morts en captivité, on étale des pancartes sur toute la rue. Sea Shepherd est très présent, mais…

Militants rassemblés aux abords du parc Marineland, à Antibes, pour dénoncer cette "prison pour animaux".
Militants rassemblés aux abords du parc Marineland, à Antibes, pour dénoncer cette “prison pour animaux”.

Qui organise ?
Ce sont les associations C’est Assez ! et Réseau Cétacés qui organisent la manif unitaire de juillet, tandis que le collectif Sans Voix PACA s’occupe d’événements mensuels.

Quand ?
Techniquement donc, chaque mois, mais la grande manif unitaire a lieu au plus fort de la saison touristique, début juillet. Prévoyez la crème solaire, il faut chaud, hein…

Où ?
Eh bien, à Antibes, comme on disait. A l’entrée du parking, devant cette statue d’orque misérable et rouillée.

Combien de monde l’année dernière ?
600 personnes. Énorme carton. Avant, le Marineland ne daignait même pas prêter attention aux manifestants. Le jour où les automobilistes ont commencé à être déviés pour éviter les militants a été comme une forme d’adoubement…

Pour la petite histoire :
Chaque année, des personnalités sont invitées à venir prendre la parole au rassemblement. En 2015, John Hargrove, ancien entraîneur de SeaWorld, témoignant dans Blackfish, avait fait le déplacement aux côté de Ric O’Barry, entraîneur repenti de Flipper le dauphin. C’est aussi l’occasion d’y rencontrer le journaliste Yvon Godefroid et le plongeur Pierre Robert de Latour, spécialistes de la question.

Die-in ?
A moins d’être déguisé en orque et couché dans une piscine en plastique sur le rond-point, non, pas la peine!

3. Manif unitaire du CRAC

Quoi ?
Comme à Antibes, les militants anticorrida sont mobilisés chaque mois, mais la grande manifestation unitaire a lieu en juillet.

Grand rassemblement unitaire du CRAC 2016. Cette année, Rama Yade était présente pour apporter son soutien.
Grand rassemblement unitaire du CRAC 2016. Cette année, Rama Yade était présente pour apporter son soutien.

Où ?
A Mont-de-Marsan en 2016, mais cela peut changer – c’était à Alès en 2014. On ne sera jamais à beaucoup plus de cinq heures de train de Paris, mais des bus font le voyage d’un peu partout pour l’occasion.

Qui organise ?
Le CRAC, Comité Radicalement Anti Corrida.

Combien de monde l’année dernière ?
600 personnes selon les manifestants, 500 selon la police… (ce qui représente une divergence assez faible!)

Les particularités :
Les aficionados sont connus pour être beaucoup plus violents que les bouchers de la rue Montorgueil, et on ne vous garantit pas que les CRS seront toujours là pour vous éviter de finir avec une plainte probablement traitée en 2070. Révisez bien votre Gandhi avant de venir…

Die-in ?
Non, mais un long sit-in.

AOÛT

4. La Marche pour la fin du spécisme

Quoi ?
A chaque marche, sa revendication. La Marche pour la fermeture des abattoirs réclame, de façon directe et pragmatique, la fin des camps de la mort pour animaux, des chambres à gaz pour porcs, des camions à bestiaux… La Marche pour la fin du spécisme aborde le problème sous un angle plus politique, et les militants n’arborent pas de pancartes trash, mais simplement des yeux d’animaux, qui visent plutôt à mettre en valeur la communauté des vivants et la légitimité du combat antispéciste, plutôt que les abjections dont l’espèce humaine se rend coupable.

Une marche pour la fin du spécisme. A Paris, en 2016, la Marche a été interdite au dernier moment par le gouvernement sous prétexte d'état d'urgence. Seul les happenings, les discours et le mémorial ont pu se tenir.
Une marche pour la fin du spécisme. A Paris, en 2016, la Marche a été interdite au dernier moment par le gouvernement sous prétexte d’état d’urgence. Seul les happenings, les discours et le mémorial ont pu se tenir.

Quand ?
Fin août.

Où ?
A Genève principalement, mais aussi à Los Angeles, à Londres, à Paris

Qui organise ?
L’association Pour l’Egalité Animale (PEA), co-fondée par le philosophe Yves Bonnardel, également co-fondateur de la Veggie Pride.

Combien de monde l’année dernière ?
A Genève, 1000 personnes.

Une particularité :
On marche dans Genève et à la fin, tout le monde se réunit sur une immense place de terre battue pour former un large cercle, s’élargissant au fur et à mesure que chaque militant le rejoint : il vient alors clore la manifestation en symbolisant l’élargissement du cercle de considération morale.

Et le parrain :
En 2016, Aymeric Caron (qu’on ne présente plus, si ?) s’y est associé.

Die-in ?
Et comment! Cette année, le martyre des poissons étant mis en avant, certains militants allongés sur le bitume avaient été recouverts d’un filet.

SEPTEMBRE

5. Le centre d’élevage de Mézilles

Quoi ?
Une marche dans le riant petit village de Mézilles, dans l’Yonne, à une trentaine de minutes d’Auxerre ; qui héberge le centre d’élevage des Souches, où des beagles sont conçus pour naître malades avant d’être vendus à l’industrie pharmaceutique, qui les trépanera, les vivisectera, leur fera subir un tas d’horreurs parce qu’ils n’avaient qu’à naître humains, et qu’apparemment le fait que leurs nerfs ne soient reliés qu’à un cerveau de chien justifie qu’on les avilisse pour la grandeur de la science.

Manifestants contre le martyre des chiens de Mézilles.
Manifestants contre le martyre des chiens de Mézilles.

Quand ?
Début septembre.

Il fait chaud ?
Oulah, oui. Très. A Antibes, il y a encore un peu d’ombre. A Paris, on s’achète un verre quand on veut. Mézilles tient du parcours du combattant : une fois quitté ce minuscule village, on se retrouve à remonter une toute petite route au milieu des champs et l’on scande… pour les mulets qui nous regardent et les gendarmes qui nous accompagnent. Assez surréaliste, mais c’est le chemin à prendre pour aboutir, après un dernier tronçon sous les arbres, au chemin qui conduit à l’élevage. Si vous venez avec votre chien, faites-le marcher sur les bas-côtés, le bitume est trop chaud pour ses coussinets ; et pensez à lui apporter de l’eau…

Qui organise ?
L’association CCE²A : le Collectif Contre l’Exploitation et l’Expérimentation Animales.

Combien de monde l’année dernière ?
Environs 500 personnes. Ce qui, dans un petit village comme Mézilles, représente une foule assez impressionnante!

Une particularité :
Ici, l’adversaire porte un nom : Carré. C’est en effet le nom de la famille propriétaire de cet élevage de la honte, dont l’organisateur raconte qu’elle ne recule pas devant certaines méthodes d’intimidation douteuses. Clairement, c’est une famille qui a de bonnes relations avec la gendarmerie (dispositif de gardes suisses assez impressionnant, pour une maison au fond des bois).

Die-in ?
Oui, à la sortie du village!

6. Fuda

Quoi ?
Fuda : Forces Unies pour les Droits des Animaux. C’est une marche antispéciste. Ce que les néophytes craintifs appellent des “manifs de véganes”, mais qui ont bien plus d’impact qu’ils ne se l’imaginent – ne serait-ce que pour le village végane qui investit à chaque fois l’espace public, et prouve que non, on ne mange pas que des légumes, des clous et de la lumière.

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Marche antispéciste des Forces Unies pour les Droits des Animaux.

Quand ?
Début septembre.

Où ?
A Paris ! Départ place de la République.

Combien de monde l’année dernière ?
Mais c’est pas bientôt fini, toutes ces questions!

Qui organise ?
Eh bien, Fuda. Vous suivez, oui ou non?

Les particularités :
Vous y croiserez sûrement Jeanne Mas !

Die-in ?
Non !

7. Marche pour les animaux sauvages

Quoi ?
Une marche pour les animaux sauvages, enfin, les plus beaux : lions, tigres, rhinocéros… Un peu spéciste, dites-vous ? Oui. C’est un peu la particularité de cette marche, reprise dans près de 150 villes dans le monde : Londres, Le Cap, Edimbourg… L’avantage des marches un peu spécistes, c’est que c’est tout de suite plus consensuel. Ici, on milite pour la sauvegarde des espèces autant que des individus, dans une perspective plus écologique qu’éthique. Parce que l’agneau qu’on emmène à l’abattoir, il n’est pas en danger, lui, peut-être ?

Marche mondiale pour les animaux sauvages à Durban, Afrique du Sud
Marche mondiale pour les animaux sauvages à Durban, Afrique du Sud

Quand ?
Fin septembre.

Où ?
Un peu partout!

Qui organise ?
L’Association Planète Tigre.

Combien de monde l’année dernière ?
Environs 300 personnes.

Die-in ?
Nope !

OCTOBRE

8. La Veggie Pride

Quoi ?
La Veggie Pride, c’est un peu la mère de toutes ces marches. Fondée en 2001, elle se pense dans un premier temps sur le modèle de la gay pride, c’est-à-dire comme une revendication de la fierté d’être végétarien-ne-s, puis évolue vers le véganisme, puis vers la revendication et la mise en lumière du sort réservé aux animaux. Depuis 2015, la Veggie Pride se conçoit donc comme un Carnaval Antispéciste : alors que sur la Marche contre les Abattoirs est une marche sur laquelle plane l’ombre du martyre animal, où l’on croisera bon nombre de pancartes aux images choquantes, la Veggie Pride se veut plus festive : ici, vous pouvez venir déguisé en écrevisse ou en vache, chanter tout votre saoul, et amener vos enfants.

Veggie Pride 2016
Une fierté née de l’éthique

Quand ?
Cette année : le week-end du 7, 8 et 9 octobre!

Où ?
A Paris ! Mais attention : République, c’est fini. Maintenant, on se retrouve à Stalingrad. Le soir, rendez-vous au Freegan Pony, métro Porte de la Villette.

Qui organise ?
L’association des bénévoles de la Veggie Pride, qui se recycle chaque année autour d’un noyau dur de trois ou quatre valeureu-se-x (?!).

Combien de monde l’année dernière ?
Pas loin de 2000 personnes !

Die-in?
Non ! Festif, on a dit ! A la place : des conférences à l’espace Jean Dame le vendredi et le dimanche, et une soirée dansante, une boum, une teuf, un DJ-set quoi, le samedi soir.

9. Le centre d’élevage de Niederhausbergen

Quoi ?
Niederhausbergen, c’est le Mézilles de l’Est. C’est-à-dire un petit village dans la toute proche banlieue nord-ouest de Strasbourg. Où l’on élève des singes pour leur faire vivre des supplices divers et variés au nom de la santé humaine.

2016 : manifestation contre le centre de vivisection sur primates
Manifestation précédente contre le centre de vivisection sur primates de Niederhausbergen (Strasbourg)

Quand ?
Cette année : le 16 octobre ! (Plus d’informations sur la page Facebook de la manifestation !)

Qui organise ?
Les associations Pro-Anima, International Campaigns (qui organise aussi des manifestations statiques dans différentes villes, Reims, Caen, etc, etc), et Fight for Monkeys.

Combien de monde la dernière fois ?
350 personnes. Soit la moitié des singes martyrisés à l’intérieur…

Die-in ?
Non.

NOVEMBRE

10. La ferme des mille veaux de Guéret

Quoi ?
Une grande manifestation unitaire contre l’ouverture de l’une de ces gigantesques fermes industrielles auxquelles d’autres pays, les États-Unis en tête, ont eu le malheur de s’habituer.

lpeamanif
Une précédente manifestation de LPEA contre la ferme de la honte

Qui organise ?
L’association LPEA : Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage, qui maintient la pression avec des happenings mensuels, et a d’ores et déjà réussi, par voie judiciaire, à faire reporter l’ouverture.

Quand ?
Le 5 novembre prochain.

Combien de monde la dernière fois ?
500 personnes, beaucoup moins ou un peu plus, selon si vous êtes journaliste ou militant!

C’est loin Guéret ?
C’est à 400km de Paris. Grosso modo quatre heures de route. Si vous trouvez que c’est loin, rappelez-vous que l’Union Européenne a fixé le temps de transports des veaux dans une bétaillère à quatorze heures, ça calme.

* * *

Voilà pour les principales marches animalistes. C’est-à-dire sans compter la journée contre la fourrure en janvier, la journée mondiale sans viande en mars (petits joueurs !), les sessions de marquage au fer rouge de chez 269Life (finalement non, rendez-nous les petits joueurs !), les manifestations statiques (un juste milieu intéressant, il faut aimer méditer), les manifs contre les massacres de loups, les rassemblements devant l’ambassade du Japon, les salons divers et variés, et toutes ces actions L214 dont parlait l’autre jour Libération dans cet article, que vous aurez probablement vu passer.

A chaque fois, n’hésitez pas à aller faire un tour sur les pages Facebook des associations mentionnées, et sur la page des events correspondants : likez-les, followez-les, et soutenez-les – si possible : un versement régulier de 5€ représente déjà quelque chose de considérable.

Chacun sa méthode, chacun sa stratégie, chacun sa cible et ses victoires. Pas une ne vaut mieux que l’autre : devant la diversité des gens à toucher, il faut faire feu de tout bois.

animal-liberation

(Et merci à Seb Moumoute pour sa relecture avisée!)

A propos de Camille Brunel

Camille Brunel
Je suis critique de cinéma & journaliste pour le magazine Usbek & Rica. J'ai écrit La Guérilla des Animaux (Alma) et le Cinéma des Animaux (UV Editions).

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