Les chiens auraient une mémoire de poisson rouge ? Retour sur une étude controversée.

Une étude scientifique de l’Université de Stockholm, rapportée dans la revue Behavourial Process (“Mécanismes comportementaux”) et décrite entre autres sur le site de National Geographic, vient de prétendre ceci : les chiens auraient une mémoire ne dépassant pas deux minutes. En moyenne, les animaux auraient une mémoire de 27 secondes. Et avec seulement 20 secondes de mémorisation, les chimpanzés font moins bien que les rats.

Quiconque a un chien dans sa vie ne peut que s’étonner d’une telle conclusion. Personnellement, le toutou que je fréquente le plus se rappelle très bien sur quelle étagère on a posé sa balle avant la promenade, dans quel placard on range ses croquettes, ce que signifie le fait de voir les humains enfiler leurs manteaux (“sortie imminente !”), ce que signifie le mot “allez !”, et qu’un molosse l’a attaqué dans son enfance (un traumatisme visible aux modifications dans son comportement lorsqu’elle en croise un).

Méthodologie de l’étude

Alors, comment cette étude aux conclusions ahurissantes a-t-elle été menée ? Dirigée par l’éthologue Johan Lind, elle a comparé 25 espèces d’animaux différentes en captivité : dauphins, pigeons, abeilles…
Précisons que l’éthologie est l’étude du comportement des diverses espèces animales, dans leur milieu naturel ou non.

Dauphin

Voici les tests de mémoire auxquels ces animaux ont été soumis : on montre un stimulus visuel (par exemple un triangle bleu). Celui-ci disparaît, et après un laps de temps variable, il est remplacé par un nouveau symbole (par exemple comme un cercle rouge). Pour obtenir une friandise, l’animal doit indiquer celui qui lui a été présenté en premier, explique National Geographic.

En réalité, l’étude porte ainsi sur la mémoire épisodique (mémoire à long terme des événements arbitraires), à différencier de la mémoire associative, laquelle permet aux animaux de se rappeler l’endroit où trouver à manger, ou encore un danger. « Ces souvenirs-là sont très robustes et peuvent durer pendant toute une vie chez l’animal », précise tout de même l’éthologue.

Anthropomorphisme

La mémoire épisodique est quasiment inutilisée chez les animaux non humains. Elle ne favorise pas leur survie (se souvenir d’un triangle bleu n’a jamais aidé un animal à mieux passer l’hiver !) Quel intérêt donc à mener ce genre d’étude ?

Abeille

Les magazines qui chroniquent l’étude de l’université de Stockholm, eux, ne font guère de distinction entre mémoire épisodique et mémoire associative, et rédigent des titres comme “Les chiens aussi ont une mémoire de poisson rouge” (20 minutes) ou “Les chiens ont une mémoire de deux minutes, et ce ne sont pas les pires” (Huffington Post)…
“Les pires” ? L’Homme trônerait au sommet du règne animal parce qu’il a la capacité de se souvenir, 48 heures durant, d’un carré vert ?

Cette étude, correcte d’un point de vue strictement scientifique, se rend ainsi coupable d’un anthropomorphisme hélas trop fréquent dans le monde carniste. Anthropomorphisme repris et amplifié par la presse, assorti d’un mépris assumé pour le monde animal.

Pendant ce temps, qui s’intéresse vraiment à l’étude de l’université de Cambridge démontrant que le cochon détient un haut niveau de conscience puisqu’il sait reconnaître son reflet dans un miroir1 ? Ou encore au fait que certaines truies ont su mener avec succès des tests destinés aux chimpanzés ?

Cochon

  1. http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/actu/d/zoologie-porcs-aussi-reconnaissent-miroir-21332/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé·e en actualité vegan, recevez chaque week-end l'essentiel de Vegactu !