“Les paupières des poissons” : l’éthologie sous-marine en BD

Fanny Vaucher est illustratrice. Vous avez peut-être entendu parler de “Pilules polonaises”, journal de bord de cette expatriée à Varsovie, bien reçu par la critique lors de sa sortie. Pour son dernier ouvrage, elle s’est associée à Sébastien Moro, vulgarisateur scientifique, spécialiste de l’intelligence animale et président de l’association Chimère, dont l’un des principaux objectifs est d’informer sur les conditions de vie des animaux non humains.
Tous deux viennent de publier “Les paupières des poissons“, recueil de questions-réponses illustrées à l’aquarelle et fourmillant d’informations sur la vie sociale des poissons, leurs stratégie de survie, leur sommeil, leur manière d’appréhender le monde, de collaborer avec leurs pairs, et jusqu’à leurs manies sexuelles.

Certains poissons-chats ont jusqu’à 75 000 “bourgeons gustatifs” répandus sur tout le corps et qui leur permettent de goûter à distance : ce sont donc de véritables “langues nageuses”.

Deux ans après son trajet vers l’océan — plusieurs milliers de kilomètres — le jeune saumon peut faire appel à sa mémoire pour retrouver la route exacte et retourner se reproduire sur les lieux de sa naissance.

Dans une population de poissons-clowns (cf le dessin animé “Nemo”), tous sont des mâles, sauf la femelle du couple dominant. Si la femelle disparaît, l’un des mâles devient femelle pour la remplacer.

Les “black hamlets”, eux, sont des hermaphrodites simultanés : ils ont les deux sexes en même temps. Dans un couple, les individus doivent négocier entre eux qui fait les gamètes mâles et qui se charge de produire les gamètes femelles (plus énergivore) : ce n’est pas le même à chaque fois.

“Black hamlet”

Un poisson rouge qui n’est pas enfermé dans un bocal ridicule par un humain dénué d’empathie peut vivre trente ans.

Toujours à propos des poissons rouges, des scientifiques ayant placé des briques de Lego rouges dans leur aquarium ont pu observer leur curiosité quand ils ont soudainement remplacé une brique rouge par une jaune : les poissons se sont massés pour l’observer. Sauf ceux d’entre eux qui avaient été empêchés de se reposer et qui, comme vous et moi après une nuit blanche, se sont révélés trop hagards pour étudier la question.

Un dernier fait sur les poissons rouges ? En 2013, une étude a montré qu’il était possible de les entraîner à reconnaître deux morceaux de musique classique — en l’occurrence “Le sacre du printemps” de Stravinsky et la Toccata de Bach1.

Comme le précise Sébastien Moro en début d’ouvrage, en toute transparence, ces études de laboratoire sont à déplorer (d’autant plus que certaines d’entre elles se concluent par une dissection en règle). Il est cependant à espérer que les découvertes qui en résultent, et qui prouvent la complexité biologique, comportementale et sociale de ces vertébrés si méconnus, servent à plaider leur cause.

>> Les paupières des poissons, éditions La Plage

Pas encore convaincu ? Ci-dessous, la conférence de Sébastien Moro sur l’intelligence des poissons :

En bonus dans l’ouvrage : quelques informations sur les crabes !

Précisions :

  1. HNOZUKA Kazutaka et ONO Haruka, “Reinforcing and discriminative stimulus properties  of music in Goldfish” in Behavioural Process n°99, octobre 2013 []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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