Les végétariens de la République revendiquent leurs droits

Le droit, la loi

Le droit international définit une minorité comme un groupement de personnes liées entre elles par des affinités religieuses, linguistiques, culturelles, ethniques, politiques, englobées dans une population plus importante, comme celle d’un État. Le droit des minorités est reconnu et décrit dans diverses chartes ou déclarations internationales selon les recommandations d’instances comme l’ONU et l’UNESCO. Il n’en reste pas moins que les minorités sont surreprésentées dans les prisons du monde, c’est tout dire.

Dans son article 9-1 (liberté de pensée, de conscience et de religion), la Convention européenne des droits de l’homme précise que :

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

Et dans l’article 14 (interdiction de discrimination) :

La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.

Sous la dénomination de minorité culturelle, on peut distinguer celle alimentaire des citoyens “qui ne mangent pas comme tout le monde…”, et ce, pour des raisons de convictions de tous ordres, notamment par empathie pour les animaux, voire aussi de santé. Isolés, marginalisés faute d’être fédérés, ce qui importe aux végétariens est d’abjurer la cruauté et de tendre à un respect global de la vie pouvant s’inspirer de ce précepte attribué à Hippocrate : “*primum non nocere*”, qui se traduit par : “d’abord, ne pas nuire”.

À la base de ce choix, il y a certes la notion éthique qui prend une large place dans la décision de changer son alimentation, mais il s’agit aussi d’une option diététique pour une meilleure santé mentale et physique puisqu’on ne cesse de répéter que la consommation de viande animale est nocive à la santé, et ce, d’autant plus qu’on est prisonnier d’une vie sédentaire, trop peu mobile.

Disparité vs altérité

Des repas halal (et sans porc) sont de plus en plus servis aux musulmans dans les cantines des écoles et des collectivités, dans les prisons, dans les hôpitaux, et si cette prestation ressemble à une normalité, c’est tout de même le résultat d’une complaisante dérogation.

S’il est démocratiquement logique que les musulmans aient accès à leur mode alimentaire, c’est tout de même en contradiction avec la loi française interdisant l’abattage avec souffrance car sans étourdissement préalable.
Mais ce qui n’est vraiment pas admissible, c’est que dans ces mêmes collectivités des repas sans viande ni aucun produit carné n’y soient proposés et disponibles sur un même mode, avec un pareil respect de l’autre. La demande est simple et ne demande aucune entorse à aucune législation. Il est absolument illégal d’imposer dans les cantines scolaires un menu omnivore à des enfants de familles végétariennes alors que d’autres bénéficient, par exemple, d’un régime sans porc. Il y a pour le moins deux poids, deux mesures. À moins qu’il faille entendre que dans une république laïque il ne peut y avoir éthique sans religion ?

Et il n’est pas évident pour un végétarien ou végétalien en voyage de trouver un restaurant affichant au moins un vrai plat végé. Il n’est pas, non plus, très plaisant qu’à la formulation de sa demande de menu sans viande, il lui faille chaque fois s’entendre répliquer par le serveur ébahi et sur un ton trop souvent narquois : “Ah bon ! Alors vous prendrez du poulet, du poisson ? Ou alors juste la petite salade de l’entrée et une omelette…?” Faute d’un minimum de culture ou d’ouverture d’esprit, le personnel de la restauration estime que volaille et poisson sont des végétaux et regardent l’objecteur de bidoche comme un extraterrestre.
Compte tenu de l’empreinte écologique démesurée de la production carnée, il parait aberrant qu’aucun Grenelle de l’environnement n’ait promulgué l’obligation d’un menu végétarien alternatif au cahier des charges du
secteur de la restauration. Même observation au niveau de la santé publique alors que le discours des nutritionnistes et du secteur médical contre les hauts risques de l’abus de viande et des charcuteries est ultra médiatisé.
L’indifférence, voire le dédain à l’égard de la demande végétarienne sont partout les mêmes, y compris dans les établissements des plus grandes chaînes franchisées couvrant le territoire. Comme si sans viande, tout
repas, voire toute gastronomie devenaient mission impossible. Et le client non carniste n’a pas toujours et partout l’opportunité de se réfugier dans un restaurants végé, tel un pestiféré.

Il est donc clair que la personne qui entend s’abstenir du régime omnivore est méprisée ou compte pour du beurre (végétal !), alors qu’elle représente en France presque deux millions de citoyens, mieux nommés écocitoyens. Les chasseurs, tendance pour le moins inverse puisque prédateurs armés, sont représentés par un moindre effectif d’un petit million de personnes mais jouissent de tous les droits, y compris de celui d’empêcher quiconque de se promener en forêt durant des mois. Les chasseurs représentent un potentiel électoral, mais les végétariens votent aussi !

Écrit par Frédérique Courtin & Michel Tarrier

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A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien en 2009 (ça commence à dater...), je pourrais passer ma vie à écouter de la musique. Professionnellement, je suis actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement des images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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