Les végétariens de la République revendiquent leurs droits

La foi en la vie

Le végétarisme est une pratique alimentaire dont la raison d’être principielle est le respect des autres formes animales de vie et le refus du principe de l’exploitation des animaux considérés comme des amis. Mais cette non-consommation de chair peut être inspirée par d’autres motivations, comme diététiques ou spirituelles pour ce qui concerne certaines religions, notamment l’hindouisme et ses confessions affines. Certaines personnes en sont venues à adopter le régime végétarien en réaction aux méthodes d’élevage, d’abattage, de traçabilité, d’autres comme approche critique aux modes de production, à la disparité de l’accès aux denrées alimentaires ou par solidarité humanitaire et environnementale.

Entre :

– Ovo-lacto végétarien, dit couramment végétarien (dénommé pythagoréen jusqu’au XVIIIème siècle en référence à la pratique alimentaire du philosophe présocratique du même nom), incluant les œufs et les produits laitiers ;

– Lacto-végétarien ou végétarisme indien acceptant les produits laitiers mais excluant les œufs ;

– Pescotarien (ou pescetariste) qui implique le poisson et les fruits de mer ;

– Flexitariste ou semi-végétariste, dont le végétarisme est à temps partiel, un jour oui, un jour non ;

– Voire régime paléolithique, reposant sur le principe de s’alimenter spontanément, de façon naturelle à l’image de nos ancêtres de l’Âge de pierre, avec des fruits, des légumes faibles en amidon, des champignons, ainsi que toutes les noix et les graines, et accidentellement de la viande ;

– Et enfin le végétalien, régime prôné par le Jaïnisme, qui exclu tous les aliments d’origine animale, jusqu’au miel, la gélatine et la présure ;

– Et l’atteinte d’une perfection par le véganisme, vraie philosophie et style de vie, qui ne mange ni utilise les produits ayant une quelconque relation avec le règne animal ou ayant impliqué des animaux (produits d’hygiène, fourrure, cuir…).

L'écusson All Apologies
L’écusson All Apologies

L’omnivore néophyte a de quoi s’emmêler les fourchettes mais surtout mettre un peu sa conscience à l’épreuve. On peut encore citer d’autres régimes alimentaires plus stricts, comme le crudivorisme ou alimentation végétale vivante (ne pas chauffer la nourriture à plus de 48 °C), ainsi que le frugivorisme (ou fruitarisme) dont la consommation d’aliments strictement d’origine végétale, crus et entiers, est gage de santé mais strictement soumise à la cueillette sans menacer l’arbre ou la plante, rejetant donc les tubercules.

La diaspora végé

Excessivement minoritaire en France en dépit d’une relative conscience écologique et nutritionnelle, laquelle est néanmoins polluée par la lourdeur des traditions spécistes et carnivores des terroirs, l’estimation des citoyens végétariens au sens large est d’un peu moins de 2 millions de personnes, soit de quelque 2 % de la population. Cette pratique alimentaire était plus populaire au Moyen Âge, du moins en France méridionale, en raison du catharisme qui faisait abstinence de viande, lequel mouvement hérétique fut vite combattu, il va sans dire, par la Croisade catholique et l’Inquisition à l’encontre des Albigeois.

En Europe, ce sont les Allemands et les Italiens qui font montre du plus d’intérêt pour le végétarisme et ses modes associés, avec respectivement 8 et 6 millions de consommateurs déclarés. 25 millions de végéta*iens honorent les États-Unis et au Moyen-Orient c’est Israël qui en regroupe le plus grand nombre, avec plus de 8 % de la population.

L’Inde est évidemment le pays où le végétarisme est le plus pratiqué puisqu’il s’agit d’un héritage spirituel. 40 % de la population est concernée, soit presque 500 millions d’adeptes inconditionnels du végétarisme indien qui exclue les œufs. Les Indiens qui mangent de la viande ne s’y adonnent néanmoins que très rarement et il existe moins de 30 % de consommateurs réguliers. Les femmes indiennes sont plus nombreuses que les hommes à être végétariennes, ce qui n’étonnera personne quand il s’agit d’attitude respectueuse. L’État du Gujarat est le plus concerné puisque 80 % des Indiens sont concernés par cette éthique. Dans le monde, la grande majorité des villes végétariennes par la loi se situent en Inde et il s’agit des cités saintes de l’hindouisme et du jaïnisme. La vente et la consommation de viande et de produits carnés y sont strictement interdites, tout comme est prohibée la présence d’abattoirs. En raison de la tradition religieuse de non-consommation des animaux, il existe en Inde un judicieux label permettant le distinguo immédiat et sans équivoque des produits végétariens de ceux qui ne le sont pas pour contenir une dose, aussi infime soit-elle, de produit issu de viande, de poisson ou d’œuf. Un point rouge dans un carré rouge indique la présence d’ingrédient carné, tandis qu’un point vert dans un carré vert signale que le produit en est indemne. Même signalétique pour les médicaments. Par respect pratique et politique du choix éthique ou sanitaire du consommateur, il ne serait pas abusif d’envisager le recours mondial d’un tel signalement dans la distribution alimentaire.

La population mondiale végé est donc actuellement une importante communauté de 600 millions de personnes dispersées en diaspora puisque sans état-nation et dont la vie n’est pas du tout facile, ni facilitée. Faute d’une Terre promise, certains états de l’Inde peuvent tenir lieu de terre d’accueil.

Besoin de reconnaissance

Faute d’être entendus ou au moins reconnus, sur la même longueur d’ondes que les amis des animaux, les habitants de la planète végé ont décidé de se fédérer dans un mouvement qui se nomme “all-apologies” et qui leur sert d’étendard pour clamer à l’unisson leur légitime requête. Il s’agit de conquérir la visibilité et le respect auxquels ils ont tout autant droit que d’autres. La requête porte aussi l’écho de la maltraitance animale et la mise en question du spécisme qui fait que des espèces plutôt que d’autres sont estimées comestibles, alors qu’aucun animal ne devrait ni être esclavagé, ni finir dans un plat.

Pour être reconnus, ces résistants au dogme omnivore portent un écusson qui identifie leur lutte commune. Le député européen Yves Cochet et quelques autres n’y sont pas insensibles. Mais en politisant leur conviction, n’y a-t-il pas risque de radicalisation ? Ils répondent par l’étymologie du vocable “radical”, soit *radicalis*, dérivé du latin*radix*(racine), en bon français dans le texte : absolu, efficace. S’il y a intolérance, c’est envers eux qu’elle se manifeste.

Cette pacifique insurrection est aussi une réponse à une fronde de végéphobie dont ils sont victimes. En dépit de la liste infinie de personnages historiques de tous pays, de tous bords et de toutes disciplines qui leur servent de référence depuis 2500 années, de Pythagore à Bill Clinton, et encore tout récemment avec Al Gore “converti” au végétarisme par souci pour la planète, ceux qui abjurent la viande reçoivent l’anathème à chaque coin de rue, se faisant traiter de tous les noms d’oiseaux : ayatollah, khmer vert, éconazi, écoterroriste, sectaire…
Tout ça pour avoir pris la sage décision de se faire les porte-paroles des sans-voix dans une société aux valeurs inversées.

Même quand elle se montre bon enfant, la plaisanterie végéphobe et répétitive devient lourde. Cette mise au ban de la société en tant qu’objet de curiosité est pour le moins insupportable et inadmissible. Le phénomène n’est pas sans rappeler le temps où racisme et sexisme jouissaient d’une certaine complaisance. Comble du paradoxe, il n’y a pas si longtemps, c’était même le fumeur passif qui dérangeait… “Excusez-moi de ne pas fumer”, était sa répartie. Les choses ont changé et se sont inversées au profit de l’anti-tabagisme. Le végétarien, lui, doit continuer sans répit à justifier son option. On l’interpelle sur la normalité alimentaire des origines, à savoir si le régime herbivore (non ruminant !) peut figurer dans les canons de la société, sur les tendances omnivores de Mr et Mme Cro -Magnon ou Neanderthal auxquelles, des millions d’années plus tard, il faudrait encore se conformer, jusqu’à insinuer que les Bonobos ne rechignent pas devant un bout de charogne… Et alors ? Tout ça avec l’argument d’une autre demande que celle d’un steak ? Comme s’il fallait encore faire montre d’homophobie en insinuant que la norme est hétéro, ou de racisme anti-Blanc en argumentant que notre peau originelle était noire.

Pour couper court, il est finalement plus simple de faire valoir un motif nombriliste qu’éthique, tel celui de la santé et d’une ordonnance médicale prohibant toute protéine animale. L’incompréhension tenace, voir l’intolérance envers le végétarisme n’est pas dépourvu d’analogie avec celle qui sévissait il y a une génération à l’encontre de la non-violence. Le pacifiste objecteur de conscience d’antan avait tout intérêt à arguer en faveur d’un état pathologique pour ne pas accomplir son service militaire, et non son appartenance aux citoyens de la Terre.

Les consommateurs qui refusent la viande n’ont pas à être discriminés et il est urgent de pénaliser la végéphobie, au même titre que l’est l’homophobie, l’antisémitisme et le racisme.

Alors, le végétarien devra-il continuer, à table, de s’excuser de ne pas dévorer de la chair animale ? Va-t-on encore longtemps le railler avec le cri de la carotte ? Après tout, le cri de la carotte n’est rien à côté du hurlement de l’animal égorgé. Et puisqu’il faut manger pour vivre, mieux vaut avoir les mains tachées de sève que de sang. Y compris pour le bien de la planète et d’un devenir moins compromis.

Écrit par Frédérique Courtin & Michel Tarrier

Éthique, revendication, (r)évolution :

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A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien en 2009 (ça commence à dater...), je pourrais passer ma vie à écouter de la musique. Professionnellement, je suis actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement des images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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