Ni le WWF ni Greenpeace ne veulent défendre l’ours polaire…

La situation de l’ours polaire a quasiment atteint le point de non-retour. Il en reste entre 20 000 et 25 000 sur une banquise qui ne cesse de se résorber ; et une peau d’ours se négociant dans les 75 000 dollars, il s’attire bien des convoitises.

Les choses semblaient pourtant bouger : dans quelques semaines, la Convention de Washington doit se réunir à Bangkok pour une réunion qui traitera de l’ours blanc.
Cette convention, de son vrai nom “Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction” (ou CITES), est un accord international entre Etats. Elle a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.

CITES
Logo de la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species)

Cette réunion semblait très favorable à l’ours polaire : les Etats-Unis, enfin soutenus par les Russes, proposent actuellement de placer l’ours dans l’Annexe 1, c’est-à-dire dans la catégorie d’animaux auxquels on assure une protection maximale.
Si l’ours blanc se retrouve en Annexe 1, le commerce de sa chair, sa peau, sa fourrure… sera interdit.

Mais, face à l’ensemble des voix qui réclament cette inscription de l’ours blanc dans la catégorie surprotégée de la Cites, deux voix discordantes se font entendre.
La première, c’est celle de notre gouvernement français, qui a inexplicablement décidé de répondre à ce vote crucial par l’abstention.
Dans une lettre envoyée à des ONG, le 4 février, la ministre de l’Ecologie a expliqué que la France ne soutiendrait pas cette proposition, sur la foi des “informations scientifiques disponibles” sur l’état de la population.

La seconde voix, c’est celle de Greenpeace, de France Nature Environnement (FNE) et du WWF, qui s’opposent à la proposition de protection.
“Ce n’est pas la bonne approche”, a estimé sans plus de précisions Stéphane Ringuet, en charge de la question des espèces sauvages au WWF-France, lors d’une rencontre avec la presse.

Une attitude incompréhensible quand on se rend sur le site même du WWF, qui attire l’attention (avec force bruitages) sur la situation critique du plantigrade.
Comment l’expliquer ?ours-polaireFabrice Nicolino, auteur de l’instructif  ouvrage “Bidoche”, propose trois éléments de réponses dans un article écrit pour Charlie Hebdo :

1)  Le WWF aime les chasseurs

Fondé en partie par des grands chasseurs d’animaux sauvages en Afrique – qui voulaient continuer à buter éléphants et gazelles -, le WWF n’a cessé de maintenir des liens puissants avec cet univers. Pour ne prendre qu’un exemple, le roi d’Espagne Juan Carlos est resté président d’honneur du WWF jusqu’à l’été dernier, alors qu’il avait été chopé à trucider des ours en Roumanie et des éléphants en Afrique.

2) La nouvelle morale douteuse du WWF

Le WWF vient de prendre un joli tournant en France, en embauchant deux nobles personnages. Nouveau directeur général : Philippe Germa. C’est un banquier, venu d’une entreprise transnationale d’origine néerlandaise, ABN AMRO. Nul besoin de détailler les belles activités d’une telle boîte. Nouveau directeur des programmes :  Christophe Roturier. Il a longtemps travaillé en Afrique, dans les « équitables » échanges de cacao entre la France et des pays comme la Côte d’Ivoire. Il a également bossé pour l’un des fleurons de l’agriculture la plus industrielle qui soit, Arvalis-Institut du végétal.

3) Des financements juteux grâce aux dons pour l’ours polaire

A condition de refiler 30 euros au WWF, la lutte contre le réchauffement de la banquise sera en de bonnes mains. Une belle manière de gagner des sous, qui rend hystériques de nombreux militants historiques de l’écologie.

Les explications de Nicolino font un peu trop “théorie du complot” à mon goût. Cependant, en l’absence de toute autre cause plausible à cet inexplicable hostilité du WWF, de Greenpeace et de la FNE, elles fournissent matière à réflexion.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.
  • Blosqus

    J’ai bien vu WWF s’opposer à ça, mais pas vu de communiqué de GreenPeace.
    Des sources peut être ?

    • liligondawa

      Je n’ai pas d’autre source que ce qu’en dit Fabrice Nicolino. Comme il s’agit d’un journaliste, que sa tribune a bien été publiée dans un vrai journal, et qu’il a raison en ce qui concerne le WWF (cela, j’ai pu le vérifier), j’ai tendance à le croire lorsqu’il affirme que c’est la même chose pour Greenpeace.
      Néanmoins, je viens d’envoyer un mail à Greepeace pour plus de sûreté. Je te tiendrai informé(e) de la réponse !

      Je copie-colle d’ailleurs mon mail ici, si certains veulent l’envoyer également à Greepeace (via “Nous contacter” en haut à droite de leur site), il est toujours bon de faire pression :

      “Bonjour,
      La prochaine réunion de la CITES à Bangkok approche.
      Greenpeace défendra-t-il l’inscription de l’ours polaire à l’Annexe 1, c’est-à-dire dans la catégorie d’animaux en voie de disparition auxquels on assure une protection maximale ?
      Greenpeace est-il favorable à une interdiction totale du commerce de l’ours polaire ?
      Dans l’attente de votre réponse,
      En vous remerciant,
      Signature”

      • domerc

        je serais decu si ils faisait rien pour les ours polaire et je voudrait savoir pourquoi eux qui defende tous les animaux je parle de wwf et de Greenpeace moi qui les aimer bien pour ceux qui font tenez moi au courant svp merci francoise

  • Twiggo

    J’avoue que c’est difficilement compréhensible ! Certes, je ne connais pas tous les tenants de ce genre de protection… Mais toute protection n’est-elle pas bonne à prendre, surtout lorsqu’il s’agit d’une convention internationale ?

    • liligondawa

      C’est ce que je pense aussi. Surtout lorsqu’on lit sur le site du WWF : “Que fait le WWF pour aider l’ours polaire ? Négociations avec les gouvernements, (…) réduire les impacts sur l’espèce d’activités comme la chasse, le braconnage, le commerce”.
      Schizophrènes.

      • Guest

        c’est drôle, mais alors on fait quoi pour les ours polaire?

  • La problématique avec la CITES, c’est que quand une espèce est annexé en I, la demande de l’animal sur le marché noir du commerce international des animaux augmente (qui représente le 3ème commerce illégal après les armes et les drogues, soit plus de 5 à 6 milliards de trafic par an), et ainsi son coût. Ce qui a généralement pour conséquent, malheureusement, de précipiter son déclin parce que cela accroit le braconnage et le massacre pour ce qu’ils représentent (chaire, fourrure, etc.).

    Je ne sais absolument pas pourquoi WWF et greenpeace n’ont pas appuyé la démarche, qui aurait été souhaitable pour ma part, mais il faut savoir que cette possibilité existe.

    Le problème avec CITES, c’est que les animaux ne sont protégés qu’uniquement sur le papier. Il y a systématiquement, avec les espèces en annexe I et d’autres par ailleurs, des faux et usages de faux des permis d’exportation CITES, des corruptions des vétérinaires, agents aéroportuaires et douaniers, qui permettent le massacre (ou la capture) illégal de ces animaux et leur exportation. Moi qui suis spécialisée dans le domaine des perroquets, c’est un véritable trafic honteux qui se cache derrière les règlementations qui ne manquent pourtant pas (au niveau international : la Convention de Washington (CITES), au niveau européen : le règlement n°338/97, modifié par le règlement n°1808/2001., au niveau national en France : l’article L411 du Code de l’Environnement, l’arrêté de Guyane et l’arrêté du 10 août 2004, entre autres).

    • liligondawa

      Ça fait froid dans le dos, merci de tes précisions…
      Pour ce qui est de ton explication possible à l’hostilité de Greenpeace et du WWF, si c’est pour éviter une “prise de valeur” de l’ours polaire pourquoi ne l’ont-il pas argumenté ainsi ?
      On en saura peut-être plus durant la conférence de Washington elle-même…

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  • Dr Renard

    T’es pas un peu folle de venir taper sur les vénérables institutions que sont le WWK et Greenpeace? 😉

    Plus sérieusement, il me semble que ton message est incomplet. Ces 2 organismes ont simplement refusé d’inscrire l’ours dans catégorie d’animaux auxquels on assure une protection maximale. Ils restent cependant sensible à la protection de cette espèce. Greenpeace l’a même choisi comme symbole pour défendre la protection de l’Arctique. Quant au WWF, il l’a placé sur la liste des espèces prioritaires.

    Mais si l’on veut réellement sauvegarder cette espèce, ce n’est pas tant la chasse qui pose problème, mais de parvenir à sauvegarder son milieu naturel, à savoir l’Artique.

  • j’aimerais plus d’explication pour Greenpeace car ça me surprends !

    J’ai lu plus bas que vous les aviez contactés …. j’attends la réponse svp ! Merci.

  • ORIVEL

    Personnellement, je n’ai aucun d’état d’ame et je me fiche des explications de WWF France et de Greenpeace. Je les ai viré manu militari. Les ayant contacté ils m’ont répondu avec les memes arguments cyniques que Batho. Pour moi ils ont perdu toute crédibilité….;

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  • Chantal Hourdeau

    D’abord, bonjour, je viens de découvrir votre site et il m’a l’air très bien, je le visiterai d’ailleurs plus en détail.

    Pauvre Ours blanc! De tout ça, je tire une autre conclusion, le WWF et Greenpeace sont donc pour la fourrure! Et oui, ou on est contre, ou on est pour mais pas entre les deux!

    • liligondawa

      Merci Chantal, j’espère que tu trouveras sur ce site d’autres articles qui t’intéresseront…Pourtant, le WWF vend de la fausse fourrure pour lutter contre la vraie (https://www.vegactu.com/actualite/wwf-vend-de-la-fausse-fourrure-pour-lutter-contre-la-vraie-3745/), une initiative bien compliquée quand leurs prises de position sont si molles…
      Quant à Greenpeace, je leur avais écrit pour en savoir plus, leur droit de réponse ici : https://www.vegactu.com/actualite/droit-de-reponse-de-greenpeace-4257/

      • Chantal Hourdeau

        Pourtant, je ne vois que ça comme conclusion. J’avais lu que le WWF a été créé par des chasseurs en fait mais je ne retrouve pas l’info donc sans certitude. Enfin quoi qu’il en soit que ce soit le WWF ou Greenpeace, je suis très déçue. Oui, j’avais été lire le droit de réponse de Greenpeace. Il peut y avoir du “gris” dans beaucoup de domaine mais pas concernant les animaux et la nature.

  • Vince

    les ours polaires sont passé de 5000 en 1950, à 30 000 selon le dernier
    recensement en cours et nous sommes à des plus hautes historiques de
    population.
    La canada autorise la chasse car leur multiplication pose des problèmes
    ils ne sont pas en voie de disparition mais en voie d’extension

    de plus sur les dernières décennies la population à plus augmenté durant
    les périodes chaudes que pendant les périodes plus froides, autrement
    dit le réchauffement climatique leur est bénéfique.

    et vous dites ” Il en reste entre 20 000 et 25 000 sur une banquise qui ne cesse de se résorber”

    un bon résumé de la situation ici

    http://www.contrepoints.org/2013/10/28/144199-ours-blancs-boisson-gazeuse-et-ong-un-cocktail-insipide

    http://www.nrdc.org/wildlife/cites/polar-bear/files/polar-bear-OV-french.pdf

    • TZ

      5000 en 1950 ? Mais quels moyens avaient-ils pour les comptabiliser ? Il est évident qu’il y en avait bien plus, la présence de l’homme sur la banquise à l’époque étant plus qu’anecdotique.

  • Paulo66

    25 000 individu c’est loin du point de non-retour, on a tendance à dramatiser pour le moment. La population de zèbre de Grévy ne compte pas plus de 2 500 individu dans le monde, un peu plus que le rhinocéros noir, et pourtant les populations sont viables. Je conviens qu’il ne faut pas attendre que les populations se cassent dramatiquement la “gueule” mais il y a surement d’autres priorités.

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  • steph

    WWTF?!

  • Caro92

    Bonjour,La menace la plus importante qui pèse sur l’ours polaire est le réchauffement climatique qui entraine la destruction de son habitat et la raréfaction de ses proies. La chasse ne va pas entraîner l’extinction de l’espèce, c’est la pollution qui le fera. Par ailleurs, beaucoup de populations chassent les ours polaires pour survivre. Dans de tels climats, difficile d’être végétariens et de se priver de la fourrure pour se maintenir au chaud.
    Qu’on se comprenne bien, je suis contre la chasse et toute pratique qui puisse entraîner la souffrance d’un animal si cela n’est pas une nécessité, mais de notre petit confort, on ne peut pas imaginer les conditions de vie de ces communautés.
    C’est, je le crois, pour cette raison qu’on ne peut pas interdire la chasse à l’ours, car elle est nécessaire à beaucoup de personnes.
    Aussi il faudrait peut être arrêter de dénigrer ces institutions (WWF et Greenpeace), qui ne sont sûrement pas parfaites, mais qui ont fait avancer les choses. De plus, les personnes qui y travaillent sont probablement pour la plupart des passionnés qui ont voué leur vie à la protection de la nature. On ne peut donc pas insulter leur travail à ce point. En plus, vous osez les ramener tous à Juan Carlos, président d’un et un seul WWF, et qui a été viré à la suite de ce scandale. Ce n’est pas parce qu’une personne est idiote que toutes les personnes qui travaillent avec elle le sont, non ?
    Tout ce que vous avez fait ici c’est de rechercher les arguments qui allait en faveur de vos convictions, mais vous n’avez pas cherché à comprendre le point de vue de l’opposition. Il y a toujours deux versions, et ce n’est qu’en connaissant les deux que l’on peut se forger un réel point de vue.
    Vous n’avez de cesse de critiquer, mais vous devriez peut être songer à lâcher votre clavier et à aller sur le terrain et vous creuser le crâne à votre tour pour trouver des solutions durables et justes.

    • Vous arrivez a placer “dénigrer” et “insulter” sur cet article qui énonce des faits qui EXISTENT, en minimisant une action qui est pire qu’imparfaite, et vous la justifiez par “les inuits se nourrissent d’ours”. Et pire, ça cite les propos de quelqu’un d’autre, en les nuancant en disant “attention c’est trop complot pour moi”.
      Avez vous contacté Nicolino a ce sujet ?

      Vous êtes militante et/ou salariée pour lequel des deux ? (pas un jugement, une question).

      Perso, j’aurais confiance de nouveau envers Greenpeace le jour où le “gars de terrain, ce grand passionné” portera autre chose que du cuir partout avec un gros sandwich plein de viande pour venir me dire “donnez, la pollution c’est mal voyez”.
      J’aurais beaucoup aimé l’inventer cette histoire, ça a été la fin de mes dons perso :/. Cowspiracy n’a fait que le confirmer.

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