Nous et l’Animal – 25 recommandations d’Ecolo Ethik – l’analyse de Vegactu

Ecolo Ethik est un think tank pour l’innovation écologique, totalement neutre et indépendant, auquel participent des sommités intellectuelles comme Yves Coppens, Boris Cyrulnik ou Mathieu Ricard.

Vous pouvez trouver depuis peu sur leur intéressant site la synthèse de leurs travaux portant sur le traitement de l’animal par l’humain et la place qu’on lui réserve dans nos sociétés, notamment en matière d’éducation…

Voici la présentation de leur démarche :

Il serait tentant de minimiser la question et de la renvoyer à un débat marginal ou purement philosophique. Pour autant, les chiffres sont vertigineux. Que ce soit la place de l’animal dans notre société et notre économie ou la réalité de la souffrance animal, l’enjeu est majeur. Nous ne saurions en ignorer les conséquences économiques et sociales, ni nous résoudre au fatalisme de la souffrance. 

(…) Il a été difficile d’organiser ces débats. Entre l’accusation de sensiblerie, d’extrémisme, les pressions diverses, la stigmatisation d’un sujet qui ne serait pas prioritaire en période de crise, mais également la crainte de politiser un débat porté par des acteurs engagés.

CCR

Respect animal et système éducatif français

Voici ensuite un extrait du compte-rendu de ce laboratoire d’idées. En tant qu’enseignante, je me suis particulièrement intéressée aux recommandations concernant l’éducation des jeunes au respect de la vie animale :

Force est de constater que le système éducatif est mal outillé pour transmettre les nouvelles connaissances scientifiques concernant l’animal. Le manque d’outils pédagogiques clairs, l’absence des acteurs de la protection animal dans le milieu scolaire, l’étude d’animaux morts plutôt que vivants en milieu scolaire, l’absence d’initiation à l’éthologie ont été soulignés par tous les acteurs comme un frein à cette transmission. Beaucoup d’acteurs se sont étonnés que la dissection soit encore pratiquée dans le milieu scolaire et donc que seuls les animaux morts puissent franchir les portes de l’école.
La formation balbutiante des vétérinaires au bien-être animal
ou la faiblesse des sanctions judiciaires dans les affaires de cruauté envers les animaux sont le reflet de ce manque de reconnaissance.
Ajoutons enfin que le libre commerce des animaux domestiques, reflet de leur statut d’objet y compris de consommation, ne s’accompagne d’aucune formation aux besoins et à la psychologie animale.


En d’autres termes, la société française n’a pas conscience des découvertes scientifiques concernant l’animal car ses fondements culturels et son système éducatif ne les ont pas intégrés.

 

School


Par conséquent, nous proposons :
3 – que sur le site www.educasources.education.fr soient développés des supports pédagogiques sur les animaux vivants, leurs eco-systèmes et l’éthologie ;
4 – que l’enseignement scolaire soit basé sur l’étude du vivant et non du mort en supprimant la dissection dans les écoles, collèges et lycées ;
5 – que les associations de protection animale puissent intervenir en milieu scolaire, et emmener les enfants dans les espaces naturels à la rencontre des animaux ; que les enfants puissent présenter à l’école leur animal domestique ;
6 – que le référentiel philosophique soit modifié et intègre la philosophie anglo-saxone et surtout continentale de l’éthique animale ;
7 – que le droit à l’objection de conscience pour des expériences sur des animaux soit reconnu aux étudiants (96 % des écoles de médecine américaines ont mis fin à l’utilisation d’animaux) ;
8 – que soit développé un enseignement spécifique de droit animalier dans les universités, facultatif dans un premier temps, en association avec l’Université de Barcelone qui a développé un master de droit animalier ;
9 – que soient proposés des séminaires de formation à la législation concernant les animaux et de sensibilisation au « bien être » animal à l’Ecole nationale de magistrature ; l’Ordre national des vétérinaires est candidat.

J’émets un bémol quant à la recommandation d’étudier des animaux vivants plutôt que morts… Si l’on entend par là des observations respectueuses de la faune dans son milieu naturel, nous sommes d’accord… Si cela conduit à introduire des animaux captifs dans les écoles, collèges, lycées et facultés pour mieux les étudier de près, mieux vaut abandonner tout de suite cette idée et faire visionner aux étudiants de tous âges des documentaires de qualité. Ils sont heureusement nombreux.

E.T. grenouille

Autres propositions, contradictions et dilemmes d’omnivores

Notons par ailleurs qu’Ecolo Ethik préconise “que les structures de restauration collective publique proposent systématiquement un menu végétarien comme droit à l’alternative pour les personnes qui ne souhaitent pas consommer des protéines animales”.
Un bon début, serait-on tenté de se dire. Mais à y réfléchir plus avant, qu’est-ce que cela changerait pour les vegans ? Rien. Il est décevant qu’un think tank écologique qui consacre des heures à débattre de la question animale ne parvienne pas à la conclusion que le végétalisme est le seul régime cohérent, et le végétarisme imparfait : quid des poussins mâles broyés à la naissance et des veaux, agneaux, chevreaux arrachés à leurs mères et envoyés à l’abattoir, victimes collatérales de la consommation d’œufs et de lait ? 

On voit, à travers cet exemple (et bien d’autres) qu’Ecolo Ethik, bien qu’honnêtement soucieux du mieux-être animal, est trop intégré dans les codes actuels de notre société (avec, je pense, une majorité d’omnivores parmi ses membres) pour avoir la lucidité nécessaire à une véritable réflexion sur ces sujets.
C’est ainsi qu’on obtient des pis-aller, des plaidoyers welfaristes, mais aussi des contradictions… 

Ferme

Une contradiction majeure apparaît par exemple entre les recommandations 13 et 20 de la synthèse :

13 – que les actes de cruauté envers les animaux soient punissables quel que soit l’animal ;
20 – que la viande soit étiquetée « avec étourdissement » ou « sans étourdissement » pour informer le consommateur ;

Messieurs les intellectuels de ce colloque, ne voyez-vous pas que votre article 20 rend caduc le n°13 ? Si les actes de cruauté envers une vache deviennent passibles d’une amende ou peine de prison, l’abattage sans étourdissement sera de fait interdit !

Un jour, semblables et protégés ?
Un jour, semblables et protégés ?

On voit là les accommodements et le petit bricolage auquel un omnivore (et, dans une moindre mesure, un végétarien) se retrouve contraint, même s’il est tout à fait sincère dans sa volonté de mieux protéger les animaux.
On ne le dira jamais assez : seul le véganisme offre une éthique de vie cohérente, pleine et satisfaisante pour qui aime et respecte la vie animale.

>> Lire la synthèse des travaux et les 25 recommandations d’Ecolo Ethik

>> Visionner la vidéo de présentation (palais du Luxembourg, février 2014) :

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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