Ancienne découpe des parties d'un être doté de vie, de désirs et de sensibilité.

Nouvelle dénomination des viandes : hypocrisie et barbarie

La grande distribution et Interbev (bras armé de la filière bovine) ont convaincu les pouvoirs publics de modifier les noms des morceaux de viande de bœuf, de veau et d’agneau. La modification a été validée par la DGCCRF, organisme censé protéger la sécurité physique et la santé des consommateurs1 .

En lieu et place des anciens “collier”, “tendron”, “échine” et autres dénominations des parties d’une vache (33 au total), on passe à une dizaine de noms : “steak”, “rumsteck”, “pavé”, “pot-au-feu”, “blanquette”... plus proches du langage commun. Assortis de trois pictogrammes : « à griller », « à rôtir » ou « à mijoter ».

Pourquoi ? Prétexte officiel, raisons officieuses

Le regroupement de certains morceaux de découpe sous une dénomination générique permettra d’améliorer l’information du consommateur et l’adaptation du travail industriel.

Voilà ce que l’on peut lire sur le site du gouvernement.

Et voici ce que toute personne sensée en déduira : on nous prend pour des pigeons. L’adaptation du travail industriel ? En quoi le vocabulaire utilisé facilitera-t-il la tâche du travailleur en abattoir ? (Lequel subit des souffrances physiques et psychologiques très bien décrites dans le reportage Entrée du personnel.)

"Entrée du personnel", grand Prix au Festival International du Documentaire de Marseille
“Entrée du personnel”, grand Prix au Festival International du Documentaire de Marseille

Quant à “améliorer l’information du consommateur”, il s’agit là d’une façon tout à fait hypocrite de dire que l’on va faciliter l’acte d’achat. D’après la plaquette d’Interbev elle-même, le client de grande surface standard passe en effet plus de temps au rayon boucherie que dans les autres rayons. Un crime pour les lobbies et la grande distribution, qui savent qu’en psychologie du marketing, un client qui réfléchit plus, c’est un client qui achète moins.

Ce que l’on veut nous cacher

Qu’est-ce que les termes comme “collier”, “tendron” ou “échine” ont pour déplaire à Interbev ? Ils sont anatomiques, et rappellent l’animal dont ils proviennent. « Blanquette” ou “rumsteak”, en revanche, identifient l’aliment comme de la matière, dont l’origine est occultée. On ne pense pas plus à l’agneau en disant “un pavé” qu’à la cabosse de cacao en disant “une tablette de chocolat”.

Agneau (2)

La qualité d’être vivant est totalement déniée à la vache, au veau, à l’agneau. Et que dire des appellations additionnelles « à griller », « à rôtir » ou  « mijoter » ?
Encore sur pattes, l’animal est déjà prédécoupé, mentalement, artificiellement, en bouts de cadavres à cuire, ou en plats traditionnels (“bourguignon”, “blanquette”).

Autre avantage collatéral pour les lobbies de la viande : refourguer au consommateur des morceaux qui ne l’intéressaient guère. Huit pièces de viande aux noms obscurs comme “mouvant” ou “rond de tranche”, ou peu attrayants comme “nerveux de gîte” seront par exemple étiquetées sous l’appellation unique « steak ». Le client standard, on le sait, a en tête le steak comme référence.

Séduire la jeunesse

Plus étonnant, sur le site economie.gouv, une autre raison à ce changement est avancée de manière assumée :

Certaines dénominations traditionnelles connues d’un public averti ne sont plus comprises des jeunes consommateurs.

Voilà comment la filière du bétail veut s’assurer que les plus jeunes parmi nous prennent l’habitude d’acheter et d’engloutir autant de viande que leurs aînés. De même, McDonald’s a bien compris, avec ses Happy Meals et ses anniversaires d’enfants, que les habitudes prisent tôt se gardent souvent toute une vie.

Jetons d’ailleurs un coup d’œil à la photo d’illustration de la plaquette de présentation de cette nouvelle nomenclature de la viande, tout à fait édifiante : une jeune fille en veste en cuir, le regard vide, tenant un gigot…
On n’aurait pas mieux fait.

Présentation d'Interbev

C’est une autre révolution que nous souhaitons voir advenir : celle qui aboutirait à la reconnaissance des droits de tous les êtres vivants, sentiants, souffrants, à ne pas être enfermés, torturés, assassinés.
Un jour, peut-être…

Révolution végé

  1. http://www.interbev.fr/ressource/nouvelle-denomination-des-morceaux/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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