“Okja” : un cochon transgénique et le Front de Libération Animale à l’écran… Pari raté.

Circulez, y a rien à voir – A propos d’Okja, de Bong Joon-Ho

Avant toute chose, cette citation tirée d’une interview accordée à la revue Cinémateaser par Bong Joon-Ho, réalisateur d’Okja :

Il y a un œuf dur sur la table, pendant la scène finale d’Okja. On ne le voit pas très bien mais j’ai expressément demandé aux accessoiristes à ce qu’il y en ait un. Le message d’Okja n’est pas de demander aux gens de devenir végan – c’est pour ça que je tenais à cet œuf dur, et Mija adore la soupe de poulet. […] Vous savez, les animaux se dévorent entre eux, c’est courant dans la nature. Et les hommes ont toujours mangé de la viande. Je ne voulais pas du tout diaboliser cela.

Hop, ça, c’est dit.

Autant dire d’emblée que la sensation animaliste du moment inspire la méfiance. Faut-il se montrer indulgent envers un film qui ne déplore pas la consommation de viande, juste l’existence des abattoirs ? Est-ce qu’il soutient la cause, est-ce qu’il l’infiltre et la pervertit ?

Deux données de base rendent l’indulgence difficile :

1) Même si l’humanité entière devenait welfariste et flexitarienne, il faudrait toujours des abattoirs. Car nous sommes sept milliards.

2) S’il est simple de ne pas consommer de viande, il l’est moins de prendre la décision de devenir végétarien. Qu’une personne qui n’a pas fourni cet effort prétende parler du martyre des animaux, dont elle est encore directement bénéficiaire, est risible.

Reste à trancher une question : qu’est-ce qui sera le plus contre-productif ? Donner l’impression qu’un film welfariste comme Okja contribue à la cause et caresser les flexitariens émus dans le sens du poil ? Ou s’en servir au contraire pour leur rappeler ce qui s’impose vraiment – non pas des tueurs à l’ancienne en petites exploitations, mais bien des droits inviolables pour les animaux ?

Allons, regardons le film. Et parce que je peux le regarder sur mon ordinateur, je garde le fichier Word ouvert et j’écris en direct. C’est un peu long du coup, mais c’est comme sur Netflix : ça peut se lire en plusieurs fois.

Bong-joon-ho

*************

Première partie : dans la forêt (risque de spoilers: faible)

1. Tilda Swinton joue une PDG illuminée avec de nouvelles “business ethics”. On sait, cependant, que cela ne cache qu’une nouvelle manière d’exploiter les animaux, avec juste un meilleur packaging éthique – des animaux élevés dans la forêt plutôt qu’en batterie.

…C’est moi ou Bong Joon-Ho commence son film par un autoportrait ? Le welfariste qui critique la welfariste modérée – c’est déjà un gag ? Ou c’est juste l’adaptation ciné de l’hôpital qui se fout de la charité ?

…Pardon. Reprenons.

2. Okja a le corps d’un hippopotame, le visage d’un chien, et les oreilles d’un cochon. C’est-à-dire qu’elle est 80% animal sauvage, 15% animal de compagnie, et 5% animal d’élevage. Elle grogne certes comme une truie, mais est animée comme un chien. L’absence de groin, de museau de bovin ou d’ovin, indique d’emblée la volonté de cacher les vrais visages de l’exploitation animale – quoi qu’il arrive, Okja ne sera jamais, visuellement, qu’un mélange d’espèce protégée (l’hippo) et de bon toutou. D’accord, super, ça facilite l’adhésion des spectateurs spécistes. Mais n’aurait-il pas mieux valu mettre ces réflexes à l’épreuve ? Et créer une chimère un peu plus cochon, un peu plus veau, un peu plus agneau ?

On pinaille, hein.

3. “Okja,je veux du ragoût de poisson aujourd’hui”. Eh bah au moins on joue cartes sur table. Poissons et oiseaux (cf. la soupe de poulet) ne méritent pas, aux yeux de Mija, de recevoir le même traitement que le mammifère avec lequel elle a grandi.

Ayant lu l’interview de Bong Joon-Ho, on sait que ce n’est pas là pour changer : l’histoire ne sera pas celle d’une fillette qui étend son cercle de considération à tous les animaux. De la même manière que BJH continue de penser qu’on peut buter les mammifères pour les manger (because nature & tradition), la version “plus radicale” de lui, Mija, restera spéciste et continuera de penser qu’on peut buter poissons et oiseaux.

Pourquoi, déjà ?

4. Trop chou, elle a relâché un poisson parce qu’elle en avait suffisamment. Comment on dit “se donner bonne conscience” en coréen ?

5. Pardon hein, je parle et le film n’a même pas commencé depuis dix minutes – mais Okja est MIGNONNE et RIGOLOTE. Or c’est un vrai problème.

La discrimination qu’on effectue en fonction du physique des animaux est à la base du spécisme, et ce n’est franchement pas reluisant. Selon les codes anthropomorphiques du spécisme, les poules ont l’air débiles, les vaches ahuries, et les cochons sont des feignasses qui ne se lavent pas. Les chats, eux, ressemblent à des bébés humains, les chiens ont l’air de tout le temps sourire, et les chevaux ont l’air très forts.

En faisant d’Okja un animal mignon, BJH caresse encore le spécisme dans le sens du poil… alors qu’il vaudrait mieux montrer que même ni mignons, ni rigolos (au hasard: les poissons?), les animaux ressentent la douleur, et ont conséquemment besoin que nous trouvions nos nutriments ailleurs que dans leur cadavre.

6. Pas mal, l’air pensif de Mija qui regarde les crottes de bique d’Okja tomber dans l’eau (hypothèse audacieuse : les bruits de pets sont superflus)

7. Tendance du film : une belle histoire d’amitié entre une fillette et son animal de compagnie, avec des effets spéciaux réussis. Revoir le remake de Peter & Elliott le dragon ou White God, bien meilleurs.

8. La scène du câlin est ridicule. Okja se comporte maintenant comme un grand singe et prend Mija dans ses bras avec un air de grand-mère mélancolique. Encore une fois, susciter la compassion pour les chiens et les grands singes, n’importe qui peut le faire, et ça ne change absolument rien au massacre industriel des milliards d’animaux qui ont le malheur de n’être ni chiens, ni primates.

9. Le méchant qui vient d’arriver n’a même pas dit “s’il-te-plaît” quand il a demandé à Mija d’aller ôter le boîtier que porte Okja sous son oreille gauche. Vraiment très méchant.

10. Sérieusement : comment des welfaristes revendiqués comme Bong Joon-Ho et son scénariste Jon Ronson ont-ils trouvé le culot de réaliser un film censé montrer que l’élevage en liberté ne justifie pas non plus le meurtre alimentaire ?

Où est-ce que ça disjoncte ? C’est dingue. A croire que le sujet principal du film est la séparation entre l’art et la vie. En cela, oui, ça parle de véganisme : le véganisme, c’est ce que n’est pas Okja. C’est faire l’effort d’accorder son mode de vie et ses idées. Vous voyez ce cartoon où tout le monde réclame du changement, mais où personne n’est prêt à changer lui-même ? Voilà, Okja est l’adaptation de ça.

11. Oh nan, le grand-père matérialiste offre à Mija un cochon en or pour remplacer Okja, il ne se rend pas compte qu’aux yeux de la petite fille, une amie a plus de valeur que l’or.

C’est tellement subversif, j’en ai les mains qui tremblent. Au mieux, on tient notre plaidoyer contre le festival de Yulin. On ne mange pas les animaux de compagnie! Sans blague.

**********

Deuxième partie : Séoul (risque de spoilers : moins faible)

12. Il y a un arbre électrique dans le hall d’accueil de la multinationale anti-écolo. Tout un symbole. Les animaux, Bong Joon-Ho s’en fiche pas mal. Ce qui le rend triste, c’est qu’on remplace les vrais arbres par des faux ; pas qu’on tue des animaux pour lui éviter de changer de régime. Encore une fois, se moquer du selfie-stick des méchants, ça sent encore un peu trop l’hôpital qui se fout de la charité pour mon museau délicat.

13. Et voilà, à force de se croire dans un film d’Emir Kusturica (il y a de la musique tsigane depuis un quart d’heure), Okja est blessée. Le réalisateur filme d’abord son sang (rouge, comme le nôtre!!!!) puis ses larmes (verticales, comme les nôtres!!!!).

Foutage de gueule intégral à mon humble avis.

Comment Bong Joon-Ho espère-t-il que le public, déjà enclin à taxer d’anthropomorphisme la moindre représentation des émotions animales au cinéma, fera le lien entre la détresse de son hippopochien de synthèse qui se comporte comme un primate, et les bovins, par exemple, qui pleurent réellement quand on les prépare avant d’aller les servir à des welfaristes ?

14. Le plus horripilant dans l’histoire (je viens de regarder le plan où le méchant qui ne dit pas s’il-te-plaît reçoit des crottes de bique dans le figure), c’est qu’un film aussi paresseux ait les honneurs de la Compétition Cannoise.

Ce que ça suggère, c’est que, puisque c’est un film sur les animaux, l’exigence est revue à la baisse. Comme si c’était un sous-genre, qu’on lui pardonnait plus, du coup. Et en l’occurrence, les militants, qui ont une haute idée de ce qu’un film animaliste peut être, sont les premiers déçus. Combien d’omnivores se sont contentés de ce qu’ils avaient vus !

C’est comme si, au fond, Okja avait été conçu pour ne pas être pris au sérieux – c’est d’ailleurs le cas, Bong Joon-Ho se permettant de déplorer l’existence des abattoirs sans même être lui-même ne serait-ce que végétarien.

Que ce soit l’un des “sous-films Netflix” de la compétiton cannoise en rajoute une couche ; mais c’est un autre débat.

15. Bon, et alors, les militants de l’ALF, ils sont pris au sérieux, eux ?

…Ben ça dépend.

Dans Brice de Nice, les surfeurs sont pris au sérieux ou pas ?

A l’exception de Paul Dano, qui fait flipper, ils ont tous l’air d’enfants perdus complètement allumés. Le simple fait que Dano se présente d’emblée comme un “animal lover” suffit à discréditer sa lutte auprès des gens sérieux, et à assimiler sa bande à des petits idéalistes trop sensibles sur les bords.

Bon sang, quand les gens auront compris que la cause animale n’est pas une question d’amour mais de justice, on sera enfin entrés au XXIe siècle.

16. !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ok, là l’indulgence est mise à rude épreuve.

Paul Dano présente ses actions à Mija, l’héroïne. Alors on voit des militants cagoulés comme au Ku Klux Klan donner le biberon à des agneaux, l’air complètement débile. La seconde d’après, un petit blond manque de tomber dans les pommes, le gros carencé. C’est lourdingue.

Attention : ça ne veut pas dire qu’il est interdit de se moquer des militants. Quand c’est fait avec bienveillance, c’est même salutaire.

Mais vue l’heure qui vient de s’écouler, le prétexte de la moquerie bon enfant a bon dos : il s’agit tout simplement de discréditer en toute convivialité le mouvement de libération animale. Je n’invente rien : les militants ne sont pas là depuis cinq minutes que l’un d’eux a déjà fait un malaise parce qu’il ne mange littéralement rien (“Toute production de nourriture c’est de l’exploitation”, lolilol).

17. Eeeeeet le mec en repasse une couche, avec un plan sur ce même militant qui refuse de manger une tomate.

Ah, vous les véganes, vous n’avez pas d’humour.

Mais pourquoi se mettrait-on à rire au moment où un personnage (ici, Paul Dano) dit des choses graves et sensées sur le sort réservé aux animaux dans notre société, tandis que derrière lui une caricature de végane fait le guignol, suggérant qu’arrêter les produits d’origine animale conduit à ne même plus vouloir avaler une gogole de tomate ?

C’est du trolling, pur et simple. Alors, oui, ça peut être rigolo, mais dans ce cas précis, c’est scandaleux. Et ça continue : “We make the movement strong!”, s’exclame le respirianiste chétif.

C’est bon, on a compris, faut manger de la viande sinon on devient rachitique et fou, on peut passer à autre chose maintenant ?

18. Hé mais j’y pense : il n’est jamais question que de sauver les supercochons. Pas un mot n’est prononcé sur les les animaux réels qui passent par les abattoirs. C’est comme s’ils n’existaient pas [si, ayant fini le film : il est question des bœufs, une fois, vite fait, vers la fin].

En tout cas on ne voit ni chat, ni chien, ni oiseau, nulle part, ni en images de synthèse ni en vrai ; juste le poisson qui se fait tuer par Mija au début. Tu parles d’un lapsus ; on se demande bien ce qu’il peut cacher.

19. Ah ben attendez, en fait les militants sont malhonnêtes. Ils viennent de trahir Mija. Clairement, le modèle éthique, c’est elle. On dirait que les poissons et les poulets vont continuer de prendre cher encore longtemps.

20. Pendant ce temps-là, la PDG de Monsanto jouée par Tilda Swinton (qui en fait beaucoup trop) montre qu’elle est méchante parce qu’elle se vante d’avoir dénaturé la nature. Quand on voit ce que Bong Joon-Ho entend par nature (“les animaux se dévorent entre eux, c’est courant dans la nature”), on comprend mieux pourquoi il y tient autant.

***************

Troisième partie : New York (risque de spoilers : de moins en moins faible)

21. Toujours là ? Déjà vu le film, pas peur des spoilers ? Barre espace, je relance le film.

Okja est en train de se faire violer à l’abattoir et c’est la faute des militants de l’ALF (qu’on a revus manger une tige verte dégueulasse entre temps).

Ah, Okja, ce “plaidoyer vegan”.

On ne sait pas trop s’il faut être modérément traumatisé (comme à chaque fois qu’un mâle viole une femelle dans un film réalisé par un homme), ou se retenir de trouver ça trop grave au nom de l’anthropomorphisme.

Sauf que ce n’est pas comme ça que ça se passe dans la réalité, donc ça n’a rien à voir avec la dénonciation de l’insémination artificielle des femelles dans l’industrie. Et le mâle alors, pourquoi on ne s’en occupe pas ? Il n’y est pour rien, lui non plus. Il est aussi là contre son gré. Hé bah oui, tous les animaux peuvent souffrir, même ceux qui ont l’air méchants ; faut lire les journaux, monsieur Bong Joon-Ho.

Quoi qu’il en soit, ça donne envie de vomir.

22. Et sinon, là, le chef des militants est en train de trahir son vœu de non-violence pour taper son collègue, ce dernier ayant trahi la petite fille pour continuer de mener sa mission, “parce que c’est la plus cool mission du monde, j’ai plein de gadgets”.

Mais bien fucking sûr ! Ces crétins qui ne mangent rien, tous des traîtres, des narcissiques, ils n’agissent même pas au nom des animaux !

Le plus dingue dans l’histoire, c’est que deux plans plus tôt, ce sont les méchants de chez Monsanto qui traitaient les militants de narcissiques. La théorie de l’autoportrait manqué se confirme.

****************

Quatrième partie : à l’abattoir (risque de spoilers : complètement faible)

23. Disons qu’il y a effectivement quelque chose d’assez fort dans le fait de montrer des hangars remplis d’animaux indifférenciés après avoir habitué le spectateur à s’attacher à l’un d’entre eux : la conclusion logique de cela est que les animaux de bétail sont tous des individus, comme Okja, et qu’on les traite précisément pour qu’ils se ressemblent tous et se comportent tous comme des machines sans âme (difficile de développer une personnalité quand on ne vit que six mois sans jamais sortir, comme c’est le cas d’une grande partie du bétail dans la réalité).

C’était le principe des uniformes, des tatouages et du crâne rasé dans les camps nazis, lourdement cités ici par la forme des poteaux formant la clôture sous le hangar : dépouiller les gens de leur individualité. Okja donne à ressentir cela, et pendant une seconde, c’est très fort.

Mais il reste un problème. L’idée sous-jacente, ici, c’est qu’Okja vit l’enfer parce qu’elle a été envoyé dans un abattoir industriel (et halal en plus, cf. le cylindre de contention !). Nous savons très bien que ce n’est pas comme cela que ça se passe. Même les animaux ayant vécu une belle vie finissent dans des lieux aussi sordides, pas seulement ceux que l’on a enfermés dans des hangars. Or dans le film – comme dans la tête des welfaristes qui ont fait le film – il existe des endroits non-sordides, où l’abattoir final n’a rien d’horrible.

On peut être optimiste et se dire : le public trouvera que c’était horrible et va ouvrir les yeux sur l’horreurs des abattoirs.

Sauf que ce qui risque d’arriver, c’est tout simplement que le public trouvera que c’est horrible, et ouvrira les yeux sur l’horreur des abattoirs industriels.

Ca donne juste envie de manger de la viande bio, comme dans Quand l’abattoir vient à la ferme. C’est du Jocelyne Porcher, quoi.

Ca fait des décennies que l’industrie a appris à lutter contre ça, et ils sont très forts – tenez, MacDo vient de sortir des nuggets Label Rouge. Donc pas comme dans Okja. Donc tout va bien, non ?

Hé non.

24. Ah oui d’accord. Le décor de camp nazi, la musique, le bébé sauvé in extremis par les parents condamnés et exfiltré par Okja, tout ça, c’est pour faire pleurer sous les chaumières. Et on reproche aux vidéos L214 de taper trop fort ? Elles ont pourtant raison de se débarrasser de la tartine d’émotions dont la cause animale n’a pas besoin.

25. Retour en Corée et ?!!?!!!! D’où le petit rescapé tète Okja ? Les femelles ne produisent du lait que si elles ont eu un bébé, bon sang ! C’est pas vrai, à la fin ! Faut tout lui expliquer, à ce mec !

26. Regardez, des animaux réels! Des poules avec lesquelles joue le petit !

Quel bonheur de se dire qu’elle seront tuées artisanalement par le grand-père de Mija, pour le plaisir de ses papilles d’animal lover. On ne va quand même pas renoncer à la soupe de poulet.

NB: les poules tiennent à leur vie aussi (et à celle de leurs petits, d’où l’expression “mère poule”).

27. Générique de fin. Horripilants petits zoziaus mâtinés de violons. Ah, la nature!

…Et donc ? Conclusion ?

Montrer les abattoirs est toujours une manière de militer pour le végétarisme. Les gens qui mangent de la viande ne peuvent le faire que parce qu’ils ne pensent pas aux abattoirs, ni aux animaux qui la constituent, et voient la nourriture carnée comme un produit semblable aux biscuits, au PQ et aux petits pois, un truc qu’on achète à Monoprix, quoi.

Là où Okja est vicieux, c’est qu’il montre les abattoirs… Mais argumente par la suite pour leur perpétuation (toujours les poulets, toujours les oeufs, toujours les mammifères dans l’assiette de Bong Joon-Ho).

Pour se rendre compte de ce qui manque cruellement ici, il suffit de regarder la fin des films réellement antispécistes.

Le plus souvent, ils ne se finissent pas sur un retour à la maison, mais sur la promesse d’un nouveau monde :

C’est, à la fin de Noé, la vie qui reprend sur des terres sans carnistes.

C’est le carton à la fin de Mad Max Fury Road : “Where must we go, we who wander this wasteland, in search of our better selves ?”

C’est la chanson de Léonard Cohen à la fin de Gorge Coeur Ventre : “Show me the place where you want your slave to go.”

Ces films-là font leur boulot avec coeur, avec sincérité.

Alors, déjà que les militants sincères ont du mal à convaincre, pas besoin d’espérer grand chose d’un pamphlet en plastoc.

Mais après tout Okja aura peut-ête fait avancer du monde sur le chemin du végétarisme, seulement pas pour la raison qu’on croit : juste parce qu’il aura fourni l’occasion de dézinguer le welfarisme, une fois de plus.

A propos de Camille Brunel

Je suis critique de cinéma et journaliste pour le magazine Usbek&Rica. Mon premier roman, Vie imaginaire de Lautréamont, est paru aux éditions Gallimard en 2011, et j'en prépare actuellement un nouveau autour du militantisme antispéciste.
  • Abigail Deladoëy

    L’auteur de cette critique a raison dans un sens mais il voit ça du point de vue du militant engagé qui connait les rouages vicieux du welfarisme. Ok avoir lu l’interview de Bong Joon-Ho avant n’a pas du aider non j’aurai aussi eu un mauvais a priori tout le long du film. Le non-végéta*ien qui va regarder le film ne va pas voir tout ça, lui ce qu’il va voir et espérer tout le long du film c’est qu’un animal ” fait pour être mangé ” soit sauvé de la mort, le non-végéta*ien ne va pas faire une fixette sur autre chose il va simplement vouloir que cet animal qui aurait pu être sa victime soit épargné de l’abattoir ainsi que tous les autres supers cochons de cette fameuse scène. La prise de conscience peut se faire. Comme toutes les fins peuvent être interprétées différemment, on peut se dire que la gamine et son grand père ne mangent plus d’animaux j’ai même pas vu l’oeuf pour tout vous dire sur la table à la fin, si on le voit on peut se dire qu’ils sont devenus au minima végétariens. Il ne faut pas avoir lu l’interview de Bong Joon-Ho avant mais elle va pas non plus être lue par des centaines de milliers de personnes. C’est dommage de cracher dessus je trouve. Ne vous spoilés pas en lisant cette critique, ne cliquez même pas sur l’article pour ne pas lire l’extrait d’interview du début avant de le voir, regardez le, faites vous votre avis, essayez de penser comme un non vegan et lisez l’article après. Moi j’ai beaucoup aimé et le recommande.

  • labonneblague

    Une critique du welfarisme sur vegactu on aura tout vu ! vous êtes les premiers à faire la promotion d’assos & d’individus welfaristes !

  • Jean-Christophe

    Je suis d’accord avec Abigail. Il faut voir le film sans rien lire dessus avant et le prendre pour ce qu’il est : une critique ouverte du système de l’élevage industriel et un plaidoyer pour les animaux. Chercher le diable dans les détails, c’est bien le problème des véganes extrémistes qui ne voient les choses que par le petit bout de la lorgnette.

  • Personne

    “Là où Okja est vicieux, c’est qu’il montre les abattoirs… Mais argumente par la suite pour leur perpétuation (toujours les poulets, toujours les oeufs, toujours les mammifères dans l’assiette de Bong Joon-Ho).”

    Personne, strictement personne, n’accordera d’importance à ces détails de fin. Il n’y a pas d’argumentation, pas de message dans ces quelques images quasiment invisibles. C’est simplement le réal qui n’était pas à l’aise avec le véganisme ou le végétarisme, qui a eu besoin d’ajouter ça. Mais ça n’est pas ça que le public retient. Et c’est bien pour ça qu’on lit des commentaires de spectateurs mangeurs de viande “ça donne envie de devenir végane”. Ce qui reste de ce film, ce sont des moments d’angoisse à l’instant de la mise à mort d’individus qui veulent vivre, et pour aucune autre raison que le fait d’être tué (Il n’y a pas de cruauté, de maltraitance particulière dans cet abattoir, c’est peut-être l’abattoir le plus propre qu’on puisse imaginer.). L’enferment d’individus destinés à la mort.

    Que le réal soit lui-même dans l’incohérence, qu’il soit mal à l’aise avec l’idée du végétarisme, ça n’enlève rien à ça : On voit des individus face à leur propre mise à mort, et c’est ce qui produit l’horreur. Les spectateurs sont tout à fait capables de réfléchir par eux-mêmes à partir de ça. Même capables de dépasser le réalisateur et voir son incohérence. Et ça n’est certainement pas avec un message clignotant “DEVENEZ VEGANES !” que ça les aurait plus convaincus, bien au contraire.

  • lossendae

    Tombé par hasard sur votre critique en cherchant des critiques sur Okja.
    Disclaimer: je ne suis pas végéta*ien.

    Le film critique le capitaliste en racontant une fable via avec une gamine qui veut sauver son animal de compagnie. Comme pour un ghibli, l’histoire au demeurant tres legere, permet de placer une critique juste des hommes, mais ne prend pas parti.

    Ce qui vous a déçu, c’est le manque de propagande militantiste pro vegan. Hors ce n’est pas un film militant.

    “on reproche aux vidéos L214 de taper trop fort ? Elles ont pourtant
    raison de se débarrasser de la tartine d’émotions dont la cause animale
    n’a pas besoin”.

    Okja est fait pour être regarder par toute la famille dans un moment de détente, pas un plaidoyer pour défendre *votre* cause animale.

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé en actualité vegan, recevez chaque weekend l'essentiel de Vegactu !

Vegactu utilise des cookies (vegan) pour améliorer votre expérience chez nous. L'approbation est automatique si vous faites défiler la page. +

L'utilisation de cookies (vegan bien sûr) permet d'améliorer le contenu affiché sur Vegactu. Pour continuer vous devez donc accepter l'utilisation de cookies.

Fermer