“Parler de spécisme ou d’humanisme ? Avantages et inconvénients des deux stratégies”

Après la conférence de Cédric Stolz, celle de Valéry Giroux et celle d’Axelle Playoust-Braure, nous étions vendredi à la visioconférence d’Yves Bonnardel.

Yves Bonnardel est militant libertaire et égalitariste, et l’un des piliers fondateurs de la cause animale française. Son parcours impressionne : co-fondateur de la Veggie Pride, membre précoce et actif des Cahiers antispécistes, des Estivales de la Question animale, et des marches pour la fermeture des abattoirs successives. Son dernier ouvrage Solidarité animale, co-écrit avec Axelle Playoust-Braure, sortira en juin.

Voici nos notes qui reflètent ce que nous avant particulièrement retenu de cette conférence. Le mieux reste cependant de lire l’auteur à la source : le texte de la présentation a été mis en ligne ici, augmenté de quelques détails et assorti d’une bibliographie.

Introduction

Pourquoi se bat-on pour une nouvelle civilisation bâtie autour de l’égalité animale ? Et non pas simplement pour l’abolition de l’exploitation animale, c’est à dire un objectif purement structurel ?
Pour Yves Bonnardel, il a plusieurs raisons concomitantes :

  • Le spécisme est intrinsèquement injuste.
  • Demander beaucoup c’est maximiser les probabilités d’obtenir quelque chose (sous réserve qu’un phénomène de type blocage n’entre pas en jeu).
  • L’enjeu dépasse le présent : ce que nous voulons, ce sont bases solides pour le futur à long terme. Si nous obtenons l’abolition elle doit être durable et ne pas se contenter de changements structurels.
  • Les enjeux dépassent l’abolition de l’exploitation animale : il suffit de considérer les souffrances du monde sauvage. Les humains devraient être solidaires de l’ensemble des autres animaux de la planète sur le temps long.
  • Tout cela implique rien de moins qu’un changement de civilisation.

Nos sociétés sont basées sur l’humanisme, c’est-à-dire sur une idéologie qui met l’humain au centre. L‘homme au centre, diront nos sociétés patriarcales. Une stratégie consistant à attaquer l’humanisme — il ne s’agit pas d’antihumanisme mais de sentientisme, d’égalitarisme — présenterait-elle alors plus d’avantages que la classique stratégie antispéciste ?
Cette dernière est celle couramment employée jusqu’à présent.

Yves Bonnardel rappelle qu’il n’est pas question dans cette conférence de changements structurels mais bien de changements culturels, de changements de civilisation et de valeurs, de changements de grande ampleur.
Les objectifs tendent vers les individus (il s’agit d’engager le plus de monde possible dans la lutte) et vers la société dans son ensemble (il s’agit d’affaiblir les idéologies de domination).

Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes déterminées peut changer le monde.

Margaret Meade

Les stratégies ne valent pas de la même façon partout, notamment parce que l’histoire du développement animaliste n’est pas la même ici et dans les pays anglo-saxons. Ils sera plutôt question ici de la francophonie, avec quelques incursions dans le monde anglo-saxon.
Les critiques du spécisme et de l’humanisme ne seront pas les mêmes, par exemples, dans une société très croyante (USA) et dans une société à tradition plus rationaliste.

Stratégie de critique du spécisme

Avantages

A cet stade de la conférence, Yves Bonnardel rappelle la définition du spécisme.

Il précise que, le plus souvent, les gens font appel à un spécisme indirect pour argumenter : ils vont utiliser des critères capacitistes (“les animaux ont moins de capacités que nous, ils sont bêtes, ils ont moins de dignité, c’est pourquoi ils ne peuvent pas avoir les mêmes droits que nous“) : il s’agit pour eux d’une sorte de valeur des êtres en fonction d’une discrimination arbitraire.

Le spécisme est aussi une idéologie qui baigne notre civilisation, voire en est le fondement.
Il rejoint l’humanisme, puisqu’il est question de placer l’humain et les valeurs humaines au centre ou au sommet de notre civilisation. L’humain est l’alpha et l’omega des valeurs (éthiques, politiques…) : on parle de suprémacisme humain.
Ce suprémacisme est immédiatement perceptible dans le langage : on dira “une personne humaine“, “un être humain” (et non “un être chat“), on parlera de “liberté humaine“… Le mot “victime” est presque réservé aux humains (un poulailler brûle : “pas de victimes à déplorer“, chroniquent les médias).
En anglais, en dehors des animaux de compagnie, les animaux non humains sont désignés par “it”. En français, un couteau est une arme, sauf s’il est utilisé par un boucher : il devient alors un outil.
On voit ainsi que le langage empêche de considérer que des situations semblables concernent des individus semblables.

Yves Bonnardel rappelle que la notion de spécisme est un outil politique et éthique apparu dans les années 70, et popularisé par Peter Singer.
Auparavant, on parlait de “défense animale”, d'”amis des animaux” (qui eux-mêmes évoquaient leur “amour des animaux”) ; on ne parlait ni d’éthique ni de justice.
On utilisait aussi des arguments spécistes au service de la défense des animaux : il ne fallait pas maltraiter de chiens car c’est un animal fidèle à l’homme, ne pas manger de cheval car c’est “la plus belle conquête de l’homme” etc…

La notion de spécisme a permis à de nombreuses personnes de comprendre que leur souhait de défendre les intérêts des animaux ne relevait pas de la sensiblerie mais d’une question éthique et rationnelle. Cela a aussi eu le mérite de mettre en lumière le problème de la consommation des chairs (qui constitue 99% de l’exploitation animale).

En 1975, avec La Libération Animale de Peter Singer, un tabou se brise sur la question animale. Il s’agit désormais de considérer les animaux indépendamment de leur espèce. Il apparaît que la véritable morale universelle impersonnelle est l’égalité animale, apparue avec la notion de spécisme.

La charge de la preuve est alors renversée ! Auparavant, il était évident que l’humain avait tout pouvoir sur les animaux ; à partir de 1975 cela devient polémique.
Depuis, plus de 40 ans après, aucune des grandes écoles de philosophie morale (conséquentialisme, philosophies des droits de la personne, morale kantienne, morale de la vertu, théorie de la justice…) n’a jamais pu démontrer que le spécisme était fondé, ni même défendable.
Or la réflexion antispéciste est liée à une exigence de rationalisme : l’éthique doit être débattue sur des bases factuelles et non métaphysiques.

Le grand intérêt d’attaquer le spécisme, c’est que cette position permet de ne pas ouvertement attaquer l’humanisme, qui est connoté de façon parfaitement positive. Cela permet de contourner ce problème. En réalité c’est pourtant bien l’humanisme que l’on attaque, mais sans le nommer ; mieux, on fait progresser sa critique plus aisément.

Critiquer le spécisme permet également de véhiculer l’idée d’humanisme inclusif.
E 1981, Peter Singer publie The Expanding Circle, dans le quel il défend l’idée que nous avons élargi notre cercle de considération morale, depuis la tribu, pour le rendre plus inclusif : il a été élargi à la religion, à la race, puis à l’humanité toute entière : il faut désormais passer à l’inclusion de tous les êtres sentients !
Vu sous cet angle, on n’attaque pas frontalement l’humanisme. Il est plutôt perçu comme une étape sur une voie de progrès moral.

Un autre point : la notion de spécisme reste globalement assez peu connue : cela peut constituer un inconvénient mais c’est aussi un avantage certain car ce qui est mal connu contourne les défenses morales. Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de défense socialement organisée et forte contre une argumentation envers le spécisme.

Dans The Expanding Circle, Peter Singer dresse un parallèle entre spécisme, racisme, sexisme (auxquels il faudrait ajouter le validisme et les autres discriminations arbitraires) : utiliser la notion de spécisme permet ce parallèle avec des luttes intra-humaines reconnues. Il est alors plus facile de faire reconnaître le problème du spécisme.
(L’avantage collatéral est de faire découvrir les idées égalitaristes humaines aux militants antispécistes qui en auraient besoin…)

Enfin, le combat antispéciste fait émerger la notion d’égalité de considération des intérêts, qui est une “notion vraie” en philosophie morale, c’est-à-dire un bastion imprenable avec des arguments logiques. La notion de spécisme et celle d’égale considération des intérêts sont deux notions apparues en même temps dans The Expanding Circle. Elles vont logiquement ensemble : s’il y a égalité de considération, c’est qu’il est immoral de discriminer !

La dimension utopique de ces revendications est souvent un argument qu’on leur oppose. Pierre Sigler a récemment écrit à ce sujet. Il n’est pas gênant que l’égalité de considération des intérêts paraisse utopique car cette revendication frappe les esprits et devient un horizon moral souhaitable, un régulateur moral (notion venue de Kant).

Yves Bonnardel achève de détailler les avantages de la stratégie d’attaque contre le spécisme en rappelant que l’égalité animale est une notion centrale, et que cela se perçoit à travers l’usage des termes “égalité animale” dans les noms attribués à des manifestations, à des associations (dont PEA).

Inconvénients de la stratégie de critique du spécisme

Critiquer la notion de spécisme rate cependant une partie de ce qu’il est important ou pertinent d’attaquer.
La philosophie morale est en effet peu opérante pour expliquer l’univers mental des membres de notre société
La critique de l’humanisme peut en revanche clarifier ce genre de point.

Il est aussi une déviance catastrophique dont il faut se méfier : au sein de la lutte contre le spécisme, on en vient parfois à comparer les différences de traitements entre catégories animales au lieu de dénoncer leur exploitation par le suprémacisme humain. Pour Yves Bonnardel, il est délicat de parler des chiens que l’on caresse et des cochons que l’on tue en oubliant d’évoquer l’humain à l’œuvre derrière l’exploitation des uns comme des autres.
[Précision ultérieure d’Yves Bonnardel sur ce point : ce qui est fortement critiqué ici, c’est le fait d’utiliser cette image des différences de traitement entre les chiens et les cochons pour illustrer le spécisme, bien qu’elle soit fort juste pour illustrer ce qu’est le carnisme. Il ne faut pas enjoliver les conditions de vie de certains chiens : de nombreux chiens de garde ou de chasse passent leur vie dans un petit enclos ou au bout d’une petite chaîne qui n’est guère mieux que la stalle de la truie gestante, dans des conditions misérables ; d’autres dans des petites cages d’animalerie ou de refuge, avant d’être tués ; d’autres, enfin, dans des animaleries pour l’expérimentation…]

Critique de l’humanisme

Avantages de la stratégie de critique de l’humanisme

Pour Yves Bonnardel, lorsqu’on attaque l’humanisme on est directement au cœur du sujet puisque, comme rappelé précédemment, il s’agit de l’idéologie qui baigne notre civilisation.

En guise de démonstration, Yves Bonnardel consacre un moment à détailler le fond de la pensée de l’humanisme à la française.
En France, Luc Ferry (Le Nouvel Ordre Ecologique, 1992) et consorts sont les défenseurs réactionnaires de l’humanisme. Luc Ferry a fait siens les arguments de Rousseau et Kant. Pour Paul Ariès (Libération animale ou nouveaux terroristes ? Les saboteurs de l”humanisme, 2000), l’humain évoluerait par l’éducation et la politique, ce qui nous différencierait des “êtres de nature” qui seraient quant à eux “toujours rivés à un code (…), à leur nature (…). Les animaux n’ont pas d’histoire” . Seul l’humain serait capable de liberté.
On voit que la liberté est ici pensée comme une version laïcisée du libre-arbitre chrétien.

Pour Ferry et Ariès, l’humain est magnifié ; il devient alors légitime qu’il possède des droits. L’humain est être d’exception dans un monde qui lui sert d’estrade. Les chrétiens auraient dit qu’il est à l’image de Dieu. A contrario, la nature serait le monde du déterminisme.
Ferry reconnaît que les animaux sont communiquant, peuvent même parler, mais ils ne sont toujours pas libres pour lui car “la nature leur tient lieu tout entière de culture” [N.D.L.R. : rappelons cette pensée a été publiée en 2000, et non en 1600 comme on pourrait le croire…]
Alain Renaut, l’un des amis de Ferry, a publié en 2007 un article intitulé L’humanisme de la corrida. Il y parle de la “victoire de la liberté sur la nature“, de la “soumission de la matière aveugle“. On voit qu’il compare la tauromachie à la Genèse ; que son humanisme est un suprémacisme ; qu’on est en plein dans une idéologie de la domination.

La mise en scène de la suprématie humaine s’illustre dans la corrida, dans la chasse et la consommation de viande. Cela a été montré par Patrice Rouget de façon éclatante dans La violence de l’humanisme (2014).

Certains humanistes (François Reynaert) pensent que la sollicitude envers les animaux nie l’humanité. Pour certains, se soucier des animaux serait anti-humain… Cette différence de traitement est révélatrice de l’idéologie à l’oeuvre.
Pourtant, faire preuve d’humanité c’est faire preuve de sollicitude, sans précision du destinataire.

Pour aller plus loin et comprendre l’humanisme autrement, Yves Bonnardel recommande la lecture de De l’humanisme à l’antispécisme de Cédric Stolz et de Pour une solidarité animale (d’Axelle Playoust-Braure et Yves Bonnardel).

On entre de plein fouet, avec la notion d’humanisme, dans la distinction précédemment citée et qui est aux fondements de notre civilisation : l’opposition entre de supposés êtres de nature et les êtres de culture (ou de liberté).
Yves Bonnardel reproche à la stratégie de la critique du spécisme de passer à côté de cette question fondamentale : la rupture humaniste entre genre humain et genre animal.

A la question de savoir si l’approche de la critique du spécisme est pertinente (peut-on mettre à mal la spécificité supposée du genre humain en faisant prendre conscience de la non-pertinence du critère de l’espèce comme discriminant ?), Florence Burgat répond qu’il vaut mieux critiquer l’anthropocentrisme. Yves Bonnardel est moins catégorique : il faut attaquer de tous côtés. Les deux stratégies ont leur utilité.

Pour Yves Bonnardel, il faut attaquer de façon intellectuelle l’humanisme comme ne tenant pas debout.
La zététique débusque les “moisissures argumentatives”. Reste à espérer que les zététiciens vont appliquer leur méthode à des domaines importants tels que celui-ci !
Attaquer intellectuellement par l’éthologie — science qui a montré de façon indubitable que les animaux ont hautement conscience d’eux-même, de leurs relations, de leurs choix — met à mal ce que pense Ferry, dont le discours ne tient plus. La science montre ainsi que les animaux ne sont pas des êtres de nature mais des êtres de liberté comme les humains.

Par ailleurs, l’humanisme n’est pas entier et inaltérable. Les humanistes tombent rarement d’accord sur ce qu’est l’humanité et sont pleins de contradictions à ce sujet. La définition de l’humain est une lutte permanente (lutte pour les droits raciaux, des femmes, des enfants ; polémique autour des droits du fœtus, affaire Vincent Lambert…)
Pour Yves Bonnardel, l’humanisme actuel est un prolongement de la pensée religieuse. Ce n’est pas l’idéologie bienveillante qu’on imagine mais cela a longtems été l’idéologie du racisme, du sexisme, de l’âgisme, du capacitisme, du validisme, de l’eugénisme, des génocides. L’humanisme des XVIIIème et XIXème siècles était d’une violence incroyable ; il n’y a que depuis la Seconde Guerre mondiale et les luttes féministes qu’il se veut égalitaire et universel. Il reste cependant un chauvinisme d’espèce, un particularisme qui se revendique universalisme.

La logique globale de l’humanisme demeure une logique de hiérarchisation, une échelle des êtres. Les humains sont au sommet, les autres animaux en bas, certains primates éventuellement entre les deux ; à cela s’ajoute toute une gradation au sein de l’humain, au sein de l’animal…
Contester l’humanisme, c’est contester ces hiérarchisations.

Yves Bonnardel achève la partie de sa conférence consacrée aux avantages de la stratégie de critique de l’humanisme en explicitant un parallèle intéressant : de très nombreux travaux de psychologie sociale ont montré que plus les gens sont sexistes ou racistes, et plus ils ont de chance d’être spécistes, et réciproquement…

Inconvénients de la stratégie de critique de l’humanisme

Le premier problème que pose l’attaque de l’humanisme, c’est qu’il demeure — comme évoqué ci-dessus — une notion vague.

De plus, l’humanisme est investi de positivité et donc très difficile à critiquer auprès d’autrui. Il est vu pêle-mêle comme le dernier rempart contre la barbarie, comme la preuve que la dignité humaine est devenue évidente, comme empreint de bienveillance, de progrès moral, comme la volonté des humains d’être leur propre mesure (et non plus le divin ou le naturel) : ce n’est vraiment pas une idéologie aisée à critiquer.

Se battre pour que les luttes humaines cessent de s’appuyer sur le critère de l’humanité n’est ainsi pas évident et a peu de chance d’aboutir rapidement ! On le devine en analysant le vocabulaire employé par beaucoup de ceux qui s’opposent aux exploitations humaines : “on n’est pas des bêtes“, “on n’est pas du bétail, “traités comme des animaux“…

Pour que les droits humains cessent d’être basés sur l’idée de suprémacisme humain, ce dernier doit se voir remplacé par “l’éthique de la vulnérabilité“, un thème de travail de Corine Pelluchon.
On tendrait ainsi vers un nouvel humanisme corporel qui prend en compte la vulnérabilité des corps quels qu’ils soient ! En réalité, ce n’est plus un humanisme mais un sentientisme.

Il faut aussi noter que tout n’est pas à jeter dans l’humanisme. Par le biais rationnel, on arrive souvent à la prise en compte de la sentience au sein des mouvements humanistes. Ainsi, au XIXème siècle, le combat humaniste en France et au Royaume-Uni est souvent inclusif de la question animale : il n’y a donc pas forcément de hiatus.
Yves Bonnardel dit avoir ainsi reconsidéré son jugement, initialement très négatif, envers l’humanisme.
Le site Humanists International en est une bonne illustration. Il unit plus de cent groupes humanistes. Dans sa présentation, il se dit fondé sur la raison, et viser l’épanouissement des êtres vivants. Il précise que l’humain peut saisir l’éthique mais n’est pas le seul patient moral : “d’autres animaux méritent aussi une considération morale“. C’est là un discours très encourageant, très progressiste par rapport à la question animal.

Cependant, cela n’enlève pas la nécessité de critiquer frontalement l’humanisme, en tout cas tel qu’il sévit en France : Yves Bonnardel nomme cette approche la stratégie du choc ! Il s’agit de perturber les évidences satisfaites, les opinions toutes faites.
Yves Bonnardel recommande de ne pas ménager les gens lorsque l’on attaque l’humanisme ; de ne pas hésiter à rappeler que l’humanisme est longtemps allé de pair avec l’oppression des femmes, des enfants etc… Il est frappant de constater que Mein Kampf se réfère constamment à l’idée d’humanité, pour décider que certaines formes (raciales, viriles) sont des formes “supérieures” d’humanité, alors que d’autre sont “inférieures”. S’il y a des “sur-hommes” ou des “sous-hommes”, c’est que l’Humanité est une valeur, se situe déjà sur une échelle des êtres et désigne déjà des “sur-êtres” (par rapport à ces “sous-êtres” que sont censés êtres les non-humains).

Conclusion

Critiquer le spécisme, critiquer l’humanisme : ce sont deux angles d’attaque différents, justifiés, qui procèdent selon des perspectives différentes et ne critiquent pas le même contenu. Mais ils vont dans le même sens.
Yves Bonnardel reconnaît qu’il y a de la subjectivité dans ces deux notions.

La critique de l’humanisme est capable de donner des coups de boutoir à ce qui structure notre monde. Elle a donc des effets potentiellement importants.
Tout n’est pas à jeter pourtant : on doit pouvoir s’appuyer sur les Lumières pour que l’humanité autonome acquière la liberté mais aussi la maturité (par l’autocritique, et au moyen de la rationalité notamment).

La conférence s’achève sur un rappel : c’est l’égalité qui est apte à remplacer la religion et les grandes utopies. Cette immense tâche que nous commençons à nous donner, nous seuls, les humains, pouvons pour l’instant la mener à bien.
Si un nouvel humanisme devait naître, il serait au service des êtres sentients de la planète, humain inclus. Il s’appuierait sur ce que nous avons en commun : la sentience, ou encore la vulnérabilité. Il cesserait alors rapidement de s’appeler humanisme…

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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