“Pourquoi ne suis-je pas carnivore ? Parce que je ne suis pas psychopathe” – Stevan Harnad, neurobiologiste de la conscience

Stevan Harnad est chercheur et professeur, spécialiste en neurobiologie de la conscience. A ce titre, il a la légitimité la plus écrasante pour s’exprimer au sujet de la sentience – et de la souffrance – animale.

Ex-président de la Society for Philosophy and Psychology, il est aussi l’auteur de plus de 300 publications en sciences cognitives1 .

En 2013, il a rédigé une tribune intitulée “Luxe, nécessité, souffrance : pourquoi je ne suis pas carnivore” dans la revue de l’association Québec Humaniste, une association qui a pour but de “promouvoir l’humanisme laïque et la pensée critique ». Il y explique pourquoi il est végétalien…

Ce texte m’a beaucoup touchée. J’aimerais le partager avec vous.

Stevan Harnad
Stevan Harnad

“Les psychopathes sont les êtres vivants qui ne sont pas troublés par la souffrance des autres êtres vivants”

Ce terme de psychopathe n’est pas, comme la rédaction de la revue l’analyse avec malaise dans la courte introduction à l’article, une provocation envers les mangeurs de viande. Avant d’aller plus loin, Stevan Harnad définit l’acte psychopathe en creux, en décrivant le seul cas où tuer un être sentiant ne relève pas de la psychopathie : la situation de survie.

Il n’est pas psychopathe de favoriser nos proches en cas de conflit d’intérêt majeur. On discute ici de la souffrance d’autrui uniquement dans les cas où elle n’est pas le prix qui doit être payé pour ma survie ou ma santé. On parle des souffrances de luxe – d’autrui (le luxe pour moi, la souffrance pour lui). (…) Passons directement à cette immense majorité de cas quotidiens et omniprésents où la nécessité de causer la souffrance n’est pas du tout en jeu.

Ceci une fois rappelé, Harnad place le mangeur de viande face à ses responsabilités :

stevan_harnadJe serai brutal. Cher hypocrite lecteur, semblable, frère : je suis en mesure de témoigner – ayant, comme un milliard et demi d’autres humains (20% de la planète), (…) vécu une vie saine sans manger un seul morceau de viande depuis 50 ans – que si vous mangez de la viande, ce n’est certes pas parce que la viande est nécessaire pour votre survie, ni pour votre santé : c’est pour atteindre un but qui est à votre goût, peu importe la misère gratuite induite à d’autres êtres vivants, souffrants. Avez-vous jamais osé faire face au salaire de votre gourmandise, en termes d’agonie quotidienne qu’elle exige d’autrui ? (Si vous avez le courage, consultez Google images «abattoirs».)

“Pourquoi ne suis-je pas carnivore ? Parce que je ne suis pas psychopathe – et je n’ai pas le goût de l’être”

Est-ce que l’autre 99% de la planète est vraiment d’un autre avis – ou est-ce plutôt qu’il ne s’est pas encore posé la question ?

La psychopathie, fil rouge de l’argumentaire de Harnad. Sous sa plume, tout fait sens. Lorsqu’il expose avec une logique implacable pourquoi les mangeurs de viande sont – littéralement – des psychopathes, il le fait sans agressivité, sans animosité envers les individus.

Ce texte énonce de façon limpide, frontalement, ce que je ressentais confusément quand je suis devenue végétarienne, puis végane. Je n’avais tout simplement pas envie d’être psychopathe. Et il me semblait bien, intuitivement, que tuer un agneau pour manger sa chair de bébé, alors que les rayons des supermarchés regorgent de milliers de produits végétaux, alors que je m’attriste quand mon chat est malade, relevait davantage de la démence pure et simple que d’une quelconque logique – ou d’une quelconque culture.

Pendant un temps, j’ai vécu dans le questionnement, me demandant si cette perception des choses pouvait être juste alors qu’elle impliquait que la quasi-totalité des gens autour de moi commettaient plusieurs fois par jours eux aussi des actes de cruauté. (Entendons-nous bien, il est clair que quand je mange un bifteck, que j’aie ou non tué la vache moi-même ne change rien à l’affaire. Nous sommes responsables de ce que nous cautionnons.)

Veau contre sa mère

Et puis il suffit de quelques aperçus supplémentaires des abominations que l’homme peut faire subir aux animaux, notamment d’élevage, pour être tout à fait persuadée que la majorité n’a pas toujours raison. Et puis l’on rencontre des personnes qui ont aussi arrêté la viande et l’on découvre que tout un panel de gens ont eu ces réflexions et ont dit stop. Un monde s’ouvre.

Et l’on s’aperçoit que pour obtenir du lait, il faut tuer un veau après l’avoir arraché à sa mère, cloîtrée à vie entre deux barrières, et on se trouve stupide de ne pas l’avoir compris par soi-même avant – cette horreur-là est bien logique, elle. On devient végétalienne. Et, des années après, on tombe sur la pensée de Stevan Harnad, fort de 50 années de végétarisme et de connaissances scientifiques, aujourd’hui végétalien.

Stevan Harnad : courte biographie humaniste

imageEn 1962, alors âgé de 17 ans, Stevan Harnad devient végétarien. Des centaines de publications scientifiques et un demi-siècle d’existence plus tard, il assiste à une conférence du juriste David Wolfson, qui oeuvre à dénoncer les abus envers les animaux2. Harnad, qui a noué à l’époque des relations étroites avec plusieurs chats, en sort changé. En 2010, il devient végétalien, et se met à militer pour la cause animale.

En 2013, il rencontre Elise Desaulnier, auteure du livre “Je mange avec ma tête » et de “Vache à lait », lors d’un colloque intitulé “Animaux : Conscience, Empathie et Justice”. Il lui confie : « J’ai honte d’avoir été végétarien pendant cinquante ans »3 , et ajoute : « Tout ce que j’ai fait dans le passé n’a pas d’importance. Ce qui compte maintenant, c’est de mettre fin à l’exploitation animale. »

>> Lire l’article “Luxe, nécessisté, souffrance : pourquoi je ne suis pas carnivore” de Stevan Harnad.

Précisions :

  1. http://users.ecs.soton.ac.uk/harnad/genpub.html []
  2. David J. Wolfson, professeur de droit à New York, est un avocat  en faveur des droits des animaux. Il s’est fait connaître, notamment, en travaillant juridiquement contre McDonalds en tant que cas d’école, dénonçant dans un essai intitulé “The McLibel Case and Animal Rights” les pratiques agricoles cruelles ainsi que les abus systématiques dans l’élevage industriel et agro-industriel. []
  3. http://voir.ca/elise-desaulniers/2013/05/28/stevan-harnad-%C2%AB-j%E2%80%99ai-honte-d%E2%80%99avoir-ete-vegetarien-pendant-50-ans-%C2%BB/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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