Le Prince Khaled bin Alwaleed. Crédit : Arabian Business

Devenu vegan, le prince saoudien Khaled bin Alwaleed est en train de métamorphoser son pays

En 2015, le prince Khaled bin Alwaleed critiquait publiquement le changement climatique et le gaspillage énergétique face à une assemblée d’hommes d’affaires ayant bâti leur empire sur le pétrole1 .

Et il s’exprimait en connaissance de cause : son pays, l’Arabie Saoudite, est le premier pays producteur de pétrole au monde, ainsi que le sixième consommateur. C’est aussi l’un des quelques pays qui ont refusé de signer l’accord de Paris sur le climat à l’ONU2 — pourtant critiqué pour son manque d’ambition3.

Pourtant, le futur s’y annonce beaucoup plus riant : vegan depuis 5 ans, véritable défenseur de la cause animale, préoccupé par le réchauffement climatique, le Prince Alwaleed sera l’artisan du changement.

Son galvanisant discours au Business Forum se traduit en actes : Khaled bin Alwaleed refuse les investissements financiers liés à l’élevage4, et préfère investir dans des restaurants 100% végétaux au Moyen-Orient, tels que le Plant Café au Bahreïn, et dans les énergies renouvelables 1 .

Il a déjà décidé son propre père, Alwaleed Bin Talal Alsaud, grand prince d’Arabie Saoudite et première fortune du Moyen-Orient, de devenir vegan également1 .

Une génération progressiste monte ainsi en puissance en Arabie Saoudite ; dans un autre registre, le frère du prince bin Alwaleed a récemment pris position pour affirmer que les femmes doivent pouvoir conduire ; leur père a quant à lui affirmé qu’il léguerait toute sa fortune — 29 milliards de dollars — à des causes philanthropiques et notamment la lutte pour les droits des femmes.

Cheesecake vegan à la fraise et aux noix de macadamia, Plant Café, Barheïn

Vegan pour la santé

Khaled bin Alwaleed est d’abord devenu vegan pour se sentir mieux, inspiré par l’ouvrage Reboot your life ! de Joe Cross, comme il l’explique à Start-Up Magazine4. Avant de devenir vegan, le prince pesait 110 kg et prenait en permanence des médicaments anti-cholestérol. Le voici aujourd’hui, au milieu :

Au milieu, le prince Khaled bin Alwaleed

Vegan pour la planète

Le prince a par la suite pris conscience de l’impact environnemental positif de ce mode de vie :

Je veux être une meilleur personne que je ne l’étais la veille, et contribuer, avec de la chance, à laisser cette planète dans un meilleur état que lorsque j’y suis arrivé.
Ma motivation, c’est voir des changements, des résultats. (…)

Rappelons que la production de viande et de produits laitiers constitue la première cause d’émission de gaz à effet de serre, et est donc première responsable du réchauffement climatique. Selon une récente étude de l’université d’Oxford, devenir vegan permet de diminuer d’au moins 70% sa production de gaz à effet de serre5.

Je pense à mes filles. Quel monde est-ce que je leur laisse ?6

Nul besoin d’être un scientifique de pointe pour comprendre que le changement climatique est réel. J’ai lu les études et franchement, c’est très inquiétant.

Ethique animale

Il y a un marché avec lequel je ne voulais pas avoir à faire : les importations de bétail. Pour des raisons éthiques, je ne voulais pas faire partir de cela. Ce n’est pas quelque chose dans lequel je voulais être impliqué, en terme d’investissements je veux dire. (…) Il y a certaines lignes que je ne veux pas franchir, et l’élevage, pour moi, est l’une d’entre elles7.

Depuis que le prince a adopté une alimentation 100% végétale, il en parle volontiers dans les médias ; il est un véritable défenseur de la cause animale, engagé par exemple auprès de l’association Mercy for Animals. Sur les réseaux sociaux, il suit et diffuse les messages de Peta ou de VeganTruther.

Tout est lié, précise le prince. le bien-être animal, l’environnement — normalement c’est un problème qui peut se résoudre si on le considère sous un angle économique mais humain plutôt que d’une façon avide1.

Contre la faim dans le monde

Interviewé par le National Observer, le prince Bin Alwaleed explique que l’industrie de la viande est néfaste non seulement à cause de son énorme empreinte carbone, mais aussi parce que des végétaux nutritifs qui auraient pu servir à nourrir des femmes et des hommes (dans les pays où sévit encore la malnutrition) servent à engraisser les animaux des pays riches, qui finiront assassinés. Ce processus n’a “absolument aucun sens” , précise-t-il.

Menus princiers

Interrogé sur ses pratiques alimentaires, Khaled bin Alwaleed ne se fait pas prier pour détailler ses menus4 :

Eh bien, commençons par le petit-déjeuner. Je prends d’habitude un immense smoothie avec des bananes, des dattes, des baies etc…
[A midi,] je mange souvent une énorme salade. Beaucoup de légumes. Je trouve mes protéines dans les haricots, les lentilles et aussi dans certaines graines. Pour le repas du soir, je cuisine d’habitude avec du tofu. Je cuisine beaucoup moi-même. Pour faire des pâtes, par exemple, je cuisine des pâtes de sarrasin et je remplace la crème par de la sauce au tofu. Certains de mes amis ne voient même pas la différence.

Interrogé sur son plat préféré, le prince évoque la start-up américaine Beyond Meat et ses incroyables simili-carnés18 et montre une photo d’un de leurs hamburgers vegans, dégusté à l’occasion d’une visite à Los Angeles :

Je peux les aider à vendre leurs produits à l’étranger. Le marché ici (en Arabie Saoudite) est énorme, donc je vais vraiment aider cette compagnie.

Hamburger 100% végétal Beyond Meat : bientôt en Arabie Saoudite ?

Un vent de changement en Arabie Saoudite

Qu’a changé le véganisme dans la vie du prince ? Quel sera l’impact sur son pays ?

Devenir vegan a vraiment changé ma vie. J’ai commencé à aimer davantage la Terre. C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne veux pas investir dans le bétail. C’est un problème de développement durable. Je m’en soucie, et l’Arabie Saoudite devrait s’en soucier aussi4.

Outre ses investissements dans l’univers de la restauration végétale, le prince bin Alwaleed a vendu toutes ses actions dans l’industrie du pétrole et du gaz pour investir dans des entreprises tournées vers le développement durable, qu’elles concernent la haute technologie ou le bâtiment1.

KBW Investments, le groupe qu’il a fondé avec l’assentiment de sa famille, installe depuis l’été dernier en Jordanie une technologie écologique novatrice : des ampoules alimentées à l’énergie solaire fournissent assez de lumière pour les routes de la capitale de ce pays frontalier.

Dans sa vie quotidienne, il a vendu ses voitures de collections et ne possède plus qu’une voiture électrique Tesla. Le prince ne vit plus dans un palace et compense financièrement les émissions de gaz à effet de serre de ses voyages en avion.

Et à l’aide des immenses capitaux dont il est l’héritier, l’homme d’affaire essaie de donner “l’impulsion au 100% végétal” : pour convaincre, il dit préférer l’expression “100% végétal” (“plant-based” ) au terme “vegan”:

Quand je dis le mot en V, les gens se mettent automatiquement sur la défensive. Mais si vous parlez de “100% végétal”, ils sont à l’aise et c’est alors facile de converser avec eux.

L’héritage maternel

Khaled bin Alwaleed explique ainsi sa façon de voir le monde :

Je ne pourrai pas remercier assez ma mère pour ce qu’elle a fait — en ce qui concerne l’éducation qu’elle m’a donné, les valeurs qu’elle m’a inculquées, qui me viennent vraiment d’elle. Elle est très ouverte, généreuse avec les gens, elle va vers les gens, c’est vraiment d’elle que je tiens ma personnalité.

Précisions :

  1. National Observer — Meet the vegan Saudi prince who’s turning the lights on in Jordan [] [] [] [] [] []
  2. France TV Info — Qui n’a pas signé ? []
  3. Libération — L’accord de Paris entre en vigueur, et maintenant ? []
  4. Start-Up Magazine — Inside Story KHALED BIN ALWALEED [] [] [] []
  5. Oxford Martin School — Plant-based diets could save millions of lives and dramatically cut greenhouse gas emissions []
  6. Arabian Business — The real deal : Prince Khaled bin Alwaleed []
  7. Start-Up Magazine — Inside Story Khaled bin Alwaleed []
  8. Beyond Meat []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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