Réponse à la tribune de Cohn-Bendit et ses amis appelant à voter Macron pour l’écologie

Une tribune récemment parue a fait beaucoup parler d’elle. Des femmes et hommes politiques de diverses mouvances écologistes (en particulier Europe Ecologie les Verts) y appellent à voter pour Emmanuel Macron. Non pas pour faire barrage au Front National, ce qui est une position entendable. Ils appellent à faire ce vote en prétextant, au mépris de toute évidence, que le candidat d’En marche serait porteur de mesures écologiques fortes.

Je vous explique ci-dessous pourquoi la tribune de Cohn-Bendit, Pompili et consorts ne convainc pas du tout…

Un ralliement qu’on ne peut pas prendre au sérieux

Selon la revue des études des ONG et des experts publiée par Médiapart1 , Jean-Luc Mélenchon était le seul candidat sérieux. Même Nicolas Hulot l’a reconnu2, expliquant à RTL que « c’est le seul qui a bossé l’écologie » . Il est donc difficile de prendre au sérieux des drilles comme Cohn-Bendit et ses amis, qui se sont ralliés à Macron depuis des semaines sans s’intéresser à Mélenchon.
Yannick Jadot avait au moins eu la décence de se rallier à Hamon, dont le programme écologique, sans avoir l’envergure de celui de Mélenchon, avait des qualités. Jadot avait probablement choisi Hamon plutôt que Mélenchon pour raisons stratégiques, pensant ainsi appuyer le projet environnemental de celui qui avait le plus de chance d’être élu (parmi ceux ayant un projet environnemental… Pour quelqu’un d’honnête, Macron n’était pas une option envisageable) — si tel a été le cas, il a misé sur le mauvais cheval, mais nous nous éloignons du sujet.

Revenons à ce que retiennent les autres Verts (Cohn-Bendit, de Rugy, Lepage, Pompili…) du programme de Macron, et qui est supposé nous inciter, nous les gens qui nous soucions un minimum de l’état dans lequel nous laisserons la planète, à voter pour le candidat d’En marche :

Une sortie du nucléaire ? Partielle, timide, tardive & peu crédible…

Ces gens présentent dans leur tribune une réduction du nucléaire à 50% dans 20 ans comme une grande avancée. Vingt ans pour ce petit pas ! On voit qu’un nouveau Tchernobyl relève pour eux de la science-fiction.
L’âge de nos centrales nucléaires française est déjà préoccupant, beaucoup voient déjà leur activité prolongée au-delà du raisonnable, et il nous faut maintenant imaginer tant de décennies encore à les voir vieillir…
L’hiver dernier, sur les 58 réacteurs nucléaire de France, 12 ont dû être mis à l’arrêt pour inspection et six pour maintenance. Une situation préoccupante selon l’Autorité de sûreté nucléaire3.

Qui sait aujourd’hui que l’Europe est passée à deux doigts de la catastrophe nucléaire le 25 juillet 2006 à cause d’un court-circuit qui a provoqué le black-out d’un réacteur suédois4 ? Chaque mandat présidentiel qui passe sans mesures fortes en faveur de la sortie rapide du nucléaire nous rapproche d’un possible incident grave. Emmanuel Macron propose une réduction du nucléaire à 50% dans 20 ans : ce n’est ni suffisant, ni sérieux, ni convaincant.

Dampierre-en-Burly, département du Loiret

Contre les pics de pollution : des mesurettes sans fondements

Sortir du diesel pour lutter contre la pollution de l’air, propose M. Macron : c’est l’arbre qui cache la forêt.
Premier problème : lorsqu’on lui parle pics de pollution, Emmanuel Macron répond encore et toujours voitures, essence, aides financières au gazole etc… Comment ne pas voir l’appel du pied fait encore et toujours aux lobbies automobiles ? Quid des transports en communs, des pistes cyclables, des incitations au covoiturage ?

Sur le chapitre de la préoccupante pollution atmosphérique, surtout, notons deux énormes failles dans le raisonnement de la tribune de Cohn-Bendit, Pompili etc, et donc dans le programme du candidat d’En Marche :

  • L’élevage, d’après les Nations Unies, émet davantage de gaz à effet de serre que les transports5. Faire mine de s’attaquer au deuxième sans évoquer seulement le premier, c’est n’être pas crédible.
  • Sur les alertes à la pollution des grandes villes, les études montrent que les gaz d’échappement seuls ne sont pas si dangereux (ce n’est pas l’idéal, certes, mais lisez la suite) : naturellement, ils se dissipent assez vite. Savez-vous pourquoi ils stagnent au-dessus des métropoles ? Ce sont les émissions d’ammoniac issues des élevages qui se combinent au gaz des pots d’échappement, les bloquent là et provoquent ces alertes pollution aux particules fines qui génèrent, effectivement, de nombreux morts chaque année.
    Ainsi l’explique par exemple l’association Airparif qui s’occupe des relevés des pollutions sur Paris6.

Et l’agriculture biologique ?

Le seul point d’ancrage écologique dans le programme d’En marche pourrait être la timide évocation de l’alimentation biologique dans la restauration collective7. Entre « Nous soutiendrons l’investissement privé » et « Nous remplacerons les vieux véhicules polluants en créant une prime de 1000 euros pour acheter un véhicule neuf ou d’occasion moins polluant », on peut en effet lire « D’ici 2022, 50% des produits proposés par les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise devront être bio, écologiques ou issus de circuits courts ».
Biologique ou local ? En quoi ces deux termes seraient-ils équivalents ou proches ? Les champs les plus aspergés de pesticides sont “locaux” pour les français habitant à proximité…

Lorsque les auteurs de la tribune dont nous parlons écrivent  « 50% bio » en prétextant qu’il s’agit d’un engagement du candidat d’En marche, ils enjolivent donc son programme.

Rappelons que la France est le deuxième pays consommateur de pesticides dans le monde, le premier en Europe8.
Rappelons que l’instauration du 20% obligatoire de bio dans les cantines a été supprimé en janvier dernier, sous le gouvernement Hollande9.
Rappelons que Jean-Luc Mélenchon, snobé par Cohn-Bendit et ses amis, s’était engagé dans son programme à imposer l’objectif d’une alimentation 100 % biologique dans la restauration collective10.

J’ai entendu il y a environ deux ans sur un plateau de télévision M. Cohn-Bendit dire que « les pâtes bio c’est moins bon que les pâtes pas bio » (hélas je n’ai pas retrouvé cette séquence vidéo que j’aurais souhaité ajouter ici). Il faisait probablement un amalgame avec les pâtes au blé complet. Si l’on ne peut réduire un homme politique à une seule anecdote, à une seule phrase écervelée, quiconque a suivi depuis lors le parcours de M. Cohn-Bendit a constaté qu’elle était révélatrice de ses positions plus qu’aproximatives sur l’agriculture et l’alimentation biologiques…

Epandage de pesticides sur un champ de maïs

Conclusion

Voilà pourquoi, rationnellement, Cohn-Bendit et sa clique ne sont absolument pas convaincants pour quiconque, vegan ou non, se soucie sincèrement de la préservation de l’environnement.

Quelles tractations ont bien pu se passer en sous-main pour que leur enthousiasme se porte sur l’un des plus mauvais candidats en ce qui concerne l’environnement ? Que leur a-t-il promis ? Des postes de ministres, de secrétaires d’Etat ?

A la lueur de ce que j’ai détaillé plus haut (encore resterait-il beaucoup à dire, je n’ai fait qu’analyser rapidement les points les plus évidents), je pense qu’Emmanuel Macron une fois élu représentera une catastrophe environnementale. Un exemple révélateur : l’homme pressenti pour être son ministre de l’environnement est un ardent défenseur des éleveurs1112.

Pour compléter vos lectures, vous pouvez jeter un oeil au magazine d’écologie en ligne Reporterre, pour qui « ce programme [celui de M. Macron] respire l’improvisation, alors que, ministre de l’Economie, il multipliait les mesures anti-environnement » ; au Monde qui affirme que « la transition écologique reste l’un des angles morts de sa campagne » ; à Bastamag épinglant avec justesse un « modèle saupoudré de quelques apparentes mesures écologiques (…) qui contredisent les politiques menées par le candidat lorsqu’il était ministre, à peine quelques mois plus tôt ».

Encore n’avons-nous parlé ici que du plan écologique. En ce qui concerne l’humain, chacun jugera en son âme et conscience. Nous vous conseillons cependant la lecture d’une autre tribune, plus profonde et étayée celle-là, celle de la magistrate Manuela Cadelli13.

Enfin, en ce qui concerne le bien-être animal, soyons clair : le programme de Macron est vide d’avancées en ce sens14.

En possession de ces éléments, chacun d’entre nous décidera de ses actes dimanche prochain, le vote pour l’autre candidate n’étant en aucun cas une option envisageable.

Si je comprends bien que l’on puisse vouloir voter Macron dans l’objectif de faire barrage à Le Pen, s’il vous plaît ne vous abusez pas. Ne croyez pas faire autre chose qu’un vote tactique, car ce vote ne fera pas avancer d’un iota la cause environnementale. Restez vigilants et militants durant le mandat qui suivra.

  1. Médiapart – Présidentielles 2017 []
  2. RTL – Hulot et Mélenchon []
  3. France TV info – Centrales nucléaires []
  4. Nucléaire non merci – Incidents nucléaires []
  5. Rapport des Nations Unies de 2014, établissant que la contribution de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre est plus importante que le secteur des transports []
  6. Airparif – Pics de pollution et élevage []
  7. Programme d’Emmanuel Macron []
  8. Planetoscope – Statistiques pesticides []
  9. Restauration21 – Suppression de la loi Allain []
  10. Programme de la France Insoumise – Consommer autrement []
  11. Ouest France – Législatives. Olivier Allain, député ou ministre de Macron ? []
  12. Ouest France – Olivier Allain, ardent défenseur des éleveurs []
  13. Mediapart – “Le néolibéralisme est un fascisme” []
  14. Politique et animaux — Macron []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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