Rich Roll, vedette végétalienne d’une émission de France 2

J’ai rêvé d’un monde où une émission grand public ferait l’apologie du végétalisme, et comparerait un végétalien à un super-héros…

Pendant 5 minutes, hier soir, j’ai cru que mon rêve se réalisait.

J’ai regardé l’émission “Les pouvoirs extraordinaires du corps humain”, présentée par Michel Cymes (médecin bien connu du Magazine de la santé) et Adriana Karembeu. Cette émission s’intitulait “Prendre le pouvoir sur son corps” et comportait un chapitre consacré à la forte incidence de ce que nous mangeons sur notre santé.

Pendant 5 minutes, je suis allée d’heureuse surprise en heureuse surprise. Cymes et Karembeu se sont d’abord mis aux fourneaux en compagnie d’un spécialiste de l’alimentation, qui faisait l’apologie du végétal et parlait de la nécessité impérative de réduire le plus possible la part de viande dans son alimentation.

Rich Roll ou le parcours idyllique d’un sportif de haut niveau végétalien

Ensuite, cap sur les Etats-Unis où Rich Roll, un triathlète végétalien, a eu les honneurs du reportage. L’émission a rappelé son parcours : vers 40 ans, cet avocat un peu bedonnant s’est senti essoufflé rien qu’en montant des escaliers, a craint la crise cardiaque et a décidé de reprendre sa vie, son corps et sa santé en main. Après quelques jours d’alimentation exclusivement végétale, il dit être sorti dans l’intention de faire un petit jogging de 45 minutes, et avoir galopé comme un lapin sans fatigue pendant 2h. La suite ressemble à un conte de fée pour sportif : Rich Roll s’est mis à l’entraînement, et six mois plus tard il entrait dans le monde de l’ultra-endurance.

Un exemple de course à laquelle participe Rich Roll : l’Ultraman, une course de trois jours couvrant 320 miles (515km) sur la grande île d’Hawaï. Il s’agit de 10 km de natation dans les vagues de l’océan, suivis de 418 km de vélo et d’un double marathon (84 km) . En 2009, Rich Roll a été nommé parmi les hommes les plus forts du monde (“25 Fittest Guys in the World“) par le magazine Men’s Fitness.

C’était pourtant bien parti…

C’est à ce moment-là que le reportage a commencé à se gâter. Tout à coup, sans aucune source scientifique, la voix off s’est mise à débiter des inepties du style : “c’est un travail à temps complet d’être végétalien” ou encore “il faut faire de savants calculs pour avoir suffisamment de protéines”. Pardon ? Si les concepteurs de l’émission avaient pris la peine de se renseigner un peu plus, ils auraient su que Rich Roll lui-même avait déclaré dans une interview ne jamais se préoccuper de ses apports en protéines : il mange à sa faim, selon ses envies, et les combinaisons céréales-légumineuses se font naturellement sur la journée.

Autre contre-vérité (non sourcée) exprimée par la voix off : le végétalisme serait déconseillé aux femmes enceintes. Il faut savoir qu’en 2010, à 44 ans, Rich Roll a couru EPIC 5, une épreuve qui enchaîne cinq Ironman (triathlons très longues distances) en moins d’une semaine. S’il peut soutenir ces efforts, il est l’exemple indubitable que le végétalisme satisfait sans problèmes les besoins nutritionnels de quiconque. Surtout, l’Association américaine de diététique (American Dietetic Association), qui est la plus grande association de nutritionnistes avec près de 72 000 membres, a déclaré en 2003 qu’un « régime végétalien bien planifié, de même que d’autres régimes végétariens, est adapté à tous les stades de la vie, y compris en cours de grossesse, pendant l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence. »

Passons sur la malhonnêteté flagrante de l’émission, qui nous montre Rich Roll acheter des kilos de chou frisé au marché, en omettant soigneusement de nous le montrer dégustant un plat de pâtes ou une pâtisserie. Il ne faudrait pas déconstruire le mythe selon lequel les végétaliens se nourrissent d’insipides légumes verts… C’est étrange, moi dans mon placard de végétalienne j’ai des cookies, des lasagnes et des plats tout préparés aussi, mais ça c’est un message que l’émission n’avait visiblement pas l’intention de faire passer.

Brigitte Danchin, nutritionniste, ne s’y connait pas plus que ton voisin

nutritionniste brigitte Danchin

Enfin, une nutritionniste est interviewée pour les besoins de l’émission. Elle vient visiblement d’apprendre l’existe d’un sportif de très haut niveau végétalien ; elle affirme donc : “il en existe un, pas deux » . Si elle avait jeté un rapide coup d’œil à la page “sport” de Vegactu, elle en aurait vu des dizaines en un instant (comme Alexei Voyevoda, champion du monde actuel de bras de fer et de bobsleigh, ou Steph Davis, spécialiste de l’escalade, du wingsuit et du base jump).
J’ai parfois l’impression que s’il existe plus d’un sportif végétalien, il n’existe par contre AUCUN nutritionniste honnête et renseigné sur la question.

Une émission en demi-teinte donc, extrêmement élogieuse et renseignée sur le végétalisme pendant 5 minutes, puis faisant subitement machine arrière pour attiser à nouveau toutes les peurs et réactiver tous les vieux mythes.

Vous pouvez essayer de vous exprimer sur la page de cette vidéo en replay, mais Vegactu tient à souligner que nous avons été censuré. Soyons nombreux à faire valoir notre point de vue sur la question.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé·e en actualité vegan, recevez chaque week-end l'essentiel de Vegactu !