Plus de 80% des tests sur souris inapplicables à l’humain

Dans un récent article publié par Nature (l’une des revues scientifiques les plus anciennes et réputées au monde), un chercheur américain, Steve Perrin, s’insurge avec vigueur contre un scandale méconnu : les traitements médicamenteux testés avec succès sur des souris, mais qui n’ont plus aucun effet significatif une fois testés sur l’humain1. Pourquoi un scandale ? Car selon Steve Perrin, ce problème de la non-transposition à l’humain concerne la totalité des molécules testées…

En d’autres termes, selon une blague de scientifiques rapportée par le journal Le Monde :
« On a tout guéri chez la souris » .

Voici ce qu’en dit Steve Perrin :

Même quand les études sur l’animal suggèrent qu’un traitement sera efficace et sans danger, plus de 80 % des médicaments potentiels échouent quand on les teste sur les gens. (…) Les séries d’essais cliniques entrepris pour un traitement potentiel peuvent coûter des centaines de millions de dollars. Les coûts humains sont encore plus grands : les patients souffrant d’une maladie évolutive mortelle peuvent n’avoir qu’une seule chance d’essayer un traitement expérimental prometteur. Typiquement, les essais cliniques exigent des patients qu’ils s’engagent pour un an de traitement voire davantage, période pendant laquelle ils sont exclus d’autres options expérimentales.

Pétri

Le “J’accuse” de Steve Perrin

Deux choses sont intéressantes à noter à propos de Steve Perrin : la première, c’est qu’il n’est pas contre l’utilisation de rongeurs pour la recherche scientifique. Même ses détracteurs ne pourront le soupçonner d’être influencé par le refus de la souffrance animale lorsqu’il dit que les expériences sur souris nuisent aux avancées scientifiques. Il s’exprime en terme de budget, et d’espérance de vie des patients qui participent à des tests cliniques : l’un et l’autre, selon ses analyses, sont gaspillés…

L’autre point intéressant, c’est que Steve Perrin n’a pas seulement compilé des études scientifiques pour parvenir à cette conclusion, il parle aussi en connaissance de cause : il est directeur général mais aussi scientifique de l’ALS Therapy Development Institute, à Cambridge. Il dirige depuis 7 ans ce centre de recherche qui tente de traiter la sclérose latérale amyotrophique (SLA), maladie neuronale dont souffre notamment Stephen Hawking.
Steve Perrin peut donc citer les chiffres de son propre laboratoire, et ils sont édifiants : sur les dix derniers traitements potentiels pour la SLA qui avaient montré leur efficacité sur l’animal et sont arrivés jusqu’au stade de l’essai clinique (sur l’homme), tous se sont révélés inefficaces… Pour être précis, un seul traitement sur dix a montré un faible effet sur les malades, sans bénéfice en termes de survie !

Au total, plusieurs milliers de patients ont été enrôlés pour ces essais. Un véritable gâchis humain.

En dehors du centre de recherche contre la SLA, la littérature scientifique abonde de cas de ce genre, que ce soit à propos de traitements contre le cancer ou contre la maladie d’Alzheimer.

Quels changements à prévoir pour la science ?

Crédit : Charb

De façon assez désolante, Steve Perrin n’envisage pas une seconde de se passer des tests sur les rongeurs. Dans son article, il préconise simplement une plus grande rigueur des chercheurs en amont et en aval des tests sur les animaux (élaboration des tests, traitement statistique des résultats) ainsi que des tests renouvelés : pour lui, répéter pendant 18 mois les essais sur souris permettrait de s’assurer des bénéfices, en termes de survie, qu’elles tirent réellement du traitement.

Une conclusion qui ressemble à un paradoxe. Dans la situation actuelle où, d’après ses dires, nous en sommes à presque 100% d’échec dans la transposition de ces traitements à l’humain, comment imaginer que des scientifiques un peu plus méticuleux annuleront ce dysfonctionnement ?

Il est bien évident que le modèle du rongeur ne peut et ne pourra jamais constituer une copie utile du modèle humain.

Alternatives à l’expérimentation animales

La Biopuce
La Biopuce de Luc Stoppini

Les changements dans la méthodologie scientifiques, Steve Perrin devrait plutôt les chercher dans les nouvelles technologies biomédicales qui fournissent des modèles de recherche constitués de cultures de cellules humaines : la culture cellulaire en trois dimensions du Dr. Luc Stoppini, récemment récompensé pour ses recherches2, est la plus prometteuse.

D’après l’association des médecins de Genève3, “les images sont impressionnantes: sur une puce de quelques millimètres de diamètre, des neurones humains s’organisent in vitro exactement comme dans un cerveau; un minicœur bat la chamade tel un cœur vivant et des cellules hépatiques forment un foie miniature ». Le Dr Stoppini ajoute quant à lui : « Notre modèle offre la possibilité de tester la toxicité d’un produit ou les effets d’un futur médicament. Les micro-électrodes sur lesquelles poussent nos tissus permettent en effet de mesurer plusieurs paramètres des cellules (pH, activité électrique, oxygénation…) »

Prochaine étape :  une biopuce multi-organes qui intégrera un tissu nerveux, un cœur, des muscles, un foie, des reins… tous ces tissus étant reliés par un fluide, afin que les différents organe soient interconnectés, comme chez un organisme vivant.

On pourrait aussi citer le microplancton utilisé comme modèle de recherche contre les maladies infectieuses4 ; les liposomes (vésicules artificielles), nouvelle alternative pour tester le botox ; les modèles de peau humaine, in vivo et ex vivo, destinés aux tests dermatologiques5… Entre bien d’autres innovations inscrites dans une éthique animale.

A l’heure où le gouvernement de Grande-Bretagne, patrie de Steve Perrin, publie un «Plan pour réduire l’utilisation des animaux dans la recherche » 6 , il serait temps d’adopter d’autres pratiques.

  1. http://www.nature.com/news/preclinical-research-make-mouse-studies-work-1.14913 []
  2. https://www.vegactu.com/actualite/alternatives-a-la-vivisection-deux-chercheurs-suisses-recompenses-1983/ []
  3. http://www.amge.ch/2013/01/28/peut-on-se-passer-de-lexperimentation-animale/ []
  4. https://www.vegactu.com/actualite/alternatives-a-la-vivisection-deux-chercheurs-suisses-recompenses-1983/ []
  5. https://www.vegactu.com/actualite/une-start-up-toulousaine-developpe-des-alternatives-aux-tests-sur-animaux-4554/ []
  6. https://www.vegactu.com/actualite/langleterre-veut-reduire-les-tests-sur-animaux-13493/ []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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