Stuck In The Sound dévoile le clip de “Vegan Porn Food”

Photo by Emma Birski

Stuck in the Sound est un groupe de rock indépendant français, originaire de Montreuil. Créé en 2002, le groupe est repéré en 2004 par les Inrockuptibles (qui ont aussi chroniqué en 2017 la sortie de Badroom).

Leur nouveau titre s’intitule « Vegan Porn Food ». Le clip — qui contient des bananes, un Monsieur Patate, un dinosaure et une assiette de brocolis — est à découvrir sur Youtube.

François Earnie, batteur du groupe Stuck In The Sound, à l’origine du morceau et réalisateur du clip, est lui-même végétarien à tendance vegan. L’occasion pour nous, qui avons tant écouté en 2006 Toy Boy, un titre de l’album Nevermind the Living Dead, de lui poser quelques questions.

Bonjour François ! Peux-tu nous expliquer pourquoi et depuis quand tu es végétarien ? Et ton rapport au véganisme ?
Je suis végétarien depuis 6 ans. Après des années de gêne ponctuelle face aux animaux dans mon assiette, j’ai réalisé que ce régime était plus en accord avec mes idées, et me procurait une sorte de plaisir moral pas désagréable, en plus de renouveler mon rapport au goût et à la diversité des possibles culinaires.
Si je ne suis pas (encore) vegan c’est uniquement par faiblesse et par paresse, et sans doute un peu par conformisme social. Mais j’essaie de changer mes habitudes au fur et à mesure, je fais attention aux vêtements que je porte, je pratique les alternatives au lait ou je teste des mozzas végétales, c’est un début!
Peux-tu nous expliquer le message de la chanson « Vegan Porn Food » ? Y a-t-il un message dans le clip également ?
La chanson ne porte pas de message à proprement parler, mais il y est question de doute, de quête des origines et de confusion morale.
Le clip met en scène cette errance psychologique sous la forme d’une fable cauchemardesque. On y découvre la vie et les pratiques d’un être post-humain, qui hante cimetières, potagers et cerisaies, à l’affût de fruits et légumes frais, qu’il presse, épluche ou noie sous des giclées de lait (végétal). A la faveur de petits visages animés expressifs incrustés dans la vidéo sur les fruits et légumes, ces pratiques apparaissent comme des séances de torture ou de déviance fétichiste.
Bien sûr ça fait référence à la souffrance animale. Dans cette fable, le règne animal est représenté par les végétaux. Quant au « monstre» on peut le voir comme la personnification d’une certaine conception de l’homme tel qu’il se pense comme complètement étranger à la nature, plus proche d’un démiurge créateur et conquérant que des animaux et autres êtres naturels, juste bons à assouvir sa jouissance ou à servir la cause de son expansion créatrice (et de fait aussi destructrice).


Je trouve ça drôle de mettre en scène, de façon décalée et au douzième degré, un argument très agaçant que tous les végétariens et vegans ont déjà entendu prononcé par un proche bien intentionné : « Et la souffrance des navets et des carottes alors ? Tu sais je crois qu’il y a des scientifiques qui disent que bla bla bla… ».
Cet argument rigolo vise à réduire à l’absurde le végétarisme, notamment en suggérant qu’il se base sur un animisme anthropomorphiste naïf et enfantin, qui tend à prêter à toutes les choses qui nous entourent des sentiments et des émotions, une “âme” similaire à la nôtre. En effet c’est un rapport au monde qui n’a aucun sens d’un point de vue scientifique, alors même que les meilleurs arguments en faveur du véganisme, au contraire sont d’ordre rationnel, holistiques et écologiques.
Mais je trouvais ça sympa de rendre hommage à cette vision puérile et « bisounours » d’un monde un peu magique peuplé de plein de petites âmes à respecter comme des égaux, et d’autant plus sous forme d’animation (étymologiquement : être animé c’est avoir une âme). Pour ma part c’est en grande partie le souvenir vibrant des émotions liées à cette pensée magique de l’enfance qui m’a donné la véritable impulsion pour devenir et rester végétarien.
Quel est ton plat et/ou dessert vegan préféré ?
Coucous vegan aux légumes. Miam!
Est-ce compliqué de manger végétal lorsque tu pars faire des concerts ?
Sur les routes c’est sûr que c’est pas évident, par contre pour ce qui est des salles ou des festivals qui nous accueillent, ce n’est vraiment pas un souci, les organisateurs sont plutôt bien habitués à ce régime assez répandu dans le milieu.
Les autres membres de ton groupes sont-ils sensibilisés à l’alimentation végétale ?
Quand je leur ai annoncé mon changement de régime en 2012 au début de la tournée de l’album “Pursuit”, ils m’ont un peu regardé avec des grands yeux tout ronds comme si je leur disais que j’étais devenu raelien. Mais ils ont toujours respecté ce choix bien sûr.
Je constate que 6 ans plus tard, la part carnée de leur alimentation a considérablement diminué, et qu’ils ne voient plus ce régime végétal comme une curiosité exotique, mais le considèrent avec intérêt comme un choix sensé et envisageable voire souhaitable. J’évite de faire du prosélytisme, et si ça m’échappe parfois, j’essaie au maximum de proscrire toute remarque moralisatrice mais d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas de privation de plaisir, mais au contraire de diversification et de multiplication des plaisirs de la table. C’est pas de l’ascétisme, c’est un rapport heureux au monde.
Et aujourd’hui il n’est pas rare que les autres membres du groupe, à l’heure de se mettre à table, lorgnent d’un air jaloux vers les “alternatives” végétales qui me sont servies dans les lieux qui nous reçoivent ou dans l’avion par exemple.

***

Le groupe sera en concert demain (3 mars !) au Supersonic (Paris) pour une What The Stuck Party : venez nombreux !

>> Page FB de Stuck in the Sound.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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