Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pesticides

La onzième semaine pour les alternatives aux pesticides a commencé dimanche dernier et s’achèvera le 30 mars. Des centaines d’événements ont été organisés, notamment une « marche verte citoyenne » à Paris.

Ces événements ne seront pas de trop pour lutter contre la mainmise des six multinationales qui se partagent le gâteau empoisonné de la vente de pesticides : Bayer, Monsanto, Syngenta, Dow, Basf et Dupont. On les appelle le « Big 6 ». Elles règnent presque sans partage sur un marché colossal qui pèse 50 milliards d’euros1. Le combat anti-pesticides a des allures de David contre Goliath.

Semaine alternative pesticides

Pesticides : quel danger pour notre santé ?

Nos enfants seraient exposés à près de cent trente polluants chimiques chaque jour, d’après le magazine d’enquêtes télévisuel Cash Investigation. Selon l’Institut de veille sanitaire, 100 % des français révèlent dans leur organisme des traces de polluants, à des doses variables.

Les pesticides sont des fongicides (qui éliminent les champignons parasites), des herbicides ou des insecticides. La plupart sont classés cancérogènes, mutagènes (capables de modifier l’ADN) ou reprotoxiques (susceptibles d’augmenter l’infertilité).

Pesticides bidons

Certaines sont soupçonnés de favoriser des maladies comme le diabète de type 2, l’obésité, les cancers hormonodépendants (sein, prostate, thyroïde), les troubles de l’attention, l’hyperactivité, l’autisme…2 Le point commun entre tous ces troubles ? Ils peuvent être causés par un dérèglement du système hormonal.

La maladie de Parkinson, elle, est carrément estampillée maladie professionnelle en lien avec les pesticides, depuis 20123.

Malgré tout cela, l’incidence réelle des pesticides sur notre santé est probablement sous-évaluée. D’abord parce que l’effet cocktail (la toxicité conjuguée de plusieurs substances inactives isolément) ne peut guère être correctement étudié : la science suppose d’isoler un paramètre pour l’évaluer. L’effet cocktail n’est donc pas non plus pris en compte pour l’homologation d’une substance chimique mise sur le marché.

Ensuite, parce que la dose ne fait pas toujours le poisons : certaines molécules toxiques peuvent être présentes dans notre organisme en quantité extrêmement faible et se révéler pourtant puissamment dangereuses. C’est le cas des perturbateurs endocriniens (dont le plus connu est le bisphénol A), qui interfèrent avec notre système hormonal, y compris à des niveaux d’exposition minimes.
Je vous recommande à ce sujet le chapitre du livre EAT de Gilles Lartigot dédié aux perturbateurs endocriniens, qui explique très bien leurs effets négatifs, leur mode d’action etc.

Pesticides enfant

Enfin, parce que le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC), chargé d’établir des monographies permettant de classer les substances chimiques en fonction de leur potentiel cancérigène, n’aurait évalué le potentiel cancérigène que d’une trentaine de pesticides, un infime pourcentage des pesticides utilisés4.

Les substances chimiques sont classées par le CIRC selon la mention « cancérigène pour l’homme » (avec, l’amiante le benzène et la charcuterie), « cancérigène probable » ou « cancérigène possible ».
Il faut savoir que de nombreux pesticides utilisés au quotidien dans l’agriculture n’ont pas encore été testés : ils sont donc dits « inclassables ». Le risque qu’ils soient cancérigènes est donc potentiel.

Vulnérables pesticides

Un coût énorme pour la société

Comme dans bien d’autres domaines, prévenir serait bien plus économique que guérir. Des subventions d’Etat massives envers le bio reviendraient moins cher que de réparer les dégâts sanitaires et environnementaux des pesticides.

Non, les pesticides ne sont pas rentables… C’est ce que montre une vaste étude menée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Par exemple, aux Etats-Unis au début des années 1990, les pesticides rapportaient environ 27 milliards de dollars par an mais coûtaient au moins 40 milliards de dollars au contribuable…5

Voici quelques uns des éléments les plus onéreux, à la charge de l’Etat et donc des citoyens, et dont l’usage des pesticides est clairement responsable :

  • les frais de santé publique dans le domaine des maladies chroniques liées aux polluants (maladies des agriculteurs et consommateurs) ;
  • l’impact sur les écosystèmes “utiles”, comme la disparition des pollinisateurs (tous les pollinisateurs, des millions d’espèces, pas seulement les abeilles mellifères dont on nous rebat les oreilles) ;
  • les frais de surveillance et de dépollution des milieux contaminés  (principalement aquatiques) ;
  • les frais de réglementation, de contrôle et d’étude des pesticides ;
  • la baisse de rendements à cause des résistances aux pesticides développées par les mauvaises herbes et les insectes visés…

Encore ne s’agit-il là que d’un coût financier : comment évaluer le prix d’une vie abîmée, la mort d’un proche, le déclin d’un écosystème ?

Pollinisateur : chrysomèle de la menthe.
Pesticides environnement
Diffusion des pesticides dans l’environnement. Crédits : Greenpeace

L’usage des pesticides augmente

Malgré tout cela, la prise de conscience reste en-deçà des intérêts économiques immédiats…
Les chiffres officiels, datés de ce mois-ci, montrent que le secteur agricole mondial consomme de plus en plus de pesticides.

L’augmentation moyenne en Europe a été de 5 % entre 2009 et 2013, puis de 9,4 % entre 2013 et 2014.

Le plan Ecophyto, lancé en 2008 lors du Grenelle de l’environnement, avait pour ambition de réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici à 2018. On voit qu’il s’est soldé par un échec cuisant6. Il a été repoussé à 2025.

Et en France ? Nous sommes le premier producteur agricole en Europe et le deuxième consommateur de pesticides derrière l’Espagne. Nous sommes l’un des plus gros consommateurs de pesticides au monde.
Nos rendements, pourtant, ne progressent plus : céréales, oléagineux, poires, pommes ou betteraves sont moins productifs qu’en 20097.

Epandage pesticides

Que dit la loi française ?

Certains pesticides ont été interdits, après de solides études scientifiques et souvent grâce aux lanceurs d’alerte.

Dans l’hexagone, sont ainsi officiellement interdits : le bien connu DDT, le Cruiser OSR, le Gaucho à maïs, l’atrazine.
Hélas, leur impact environnemental et sanitaire persiste bien sûr pendant des années après leur retrait du marché.

Il y a quelques jours, lors de l’examen du projet de loi sur la biodiversité à l’Assemblée nationale, un article interdisant l’utilisation des néonicotinoïdes à partir de 2018 a été adopté.
Contre l’avis de Stéphane Le Foll, notre ministre de l’agriculture dont l’envie de plaire aux industriels de l’agroalimentaire passe avant le souci de la santé de ses concitoyens8.
Rappelons que la dangerosité des néocotinoïdes a été soulignée en janvier janvier dernier par l’Autorité européenne de sécurité des aliments9.
Ces molécules chimiques sont conçues par Bayer, Syngenta ou BASF pour pénétrer au cœur des gènes et du système dans la plante, qui sécrète ensuite le toxique tout au long de sa croissance.

Toxic apple

Une loi européenne corrompue

Concernant la commission de Bruxelles, le doute n’est plus permis : les autorisations de mise sur le marché des différents pesticides par la Commission européenne font preuve d’un laxisme éhonté, sous l’influence évidente des lobbys industriels10.

Un exemple récent parmi tant d’autres : au début du mois, la Commission a reporté un vote sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate… car plusieurs pays européens, dont la France, avaient prévenu qu’ils voteraient contre11.

Le médiateur européen (dont le rôle est d’enquêter sur les comportements abusifs, absence ou refus d’information, retards injustifiés et procédures incorrectes) vient justement de recadrer sèchement la Commission de Bruxelles, pour son laxisme en matière d’autorisation de mise sur le marché des produits phytosanitaires12.
Elle lui fixe un délai de deux ans pour se remettre en conformité avec les bonnes pratiques…

A l’origine de cette décision, de multiples plaintes émanant d’ONG. Ces dernières accusent spécifiquement la « procédure de données de confirmation » qui permet à des substances chimiques entrant dans les produits pesticides d’être homologuées par Bruxelles alors même que les industriels n’ont pas encore fourni toutes les données, pourtant obligatoires, attestant de leur innocuité !13

Selon ces associations :

Cette procédure a été utilisée comme procédure standard, donc les personnes et l’environnement ont été exposés à des risques graves, certes inconnus mais possibles. (…)
Nous nous sommes penchés sur un simple échantillon de dix substances actives qui ont été homologuées malgré ces lacunes, mais il est probable qu’elles soient beaucoup plus nombreuses à être passées à travers les mailles du filet, étant donné qu’environ 350 ou 400 molécules sont aujourd’hui sur le marché européen.

Selon Hans Muilerman, de l’Union paneuropéenne internationale :

Il est clair que la Direction générale de la santé et les Etats membres ont laissé les intérêts des industriels et de certains agriculteurs l’emporter sur les intérêts du public, en permettant la mise en marché de pesticides nocifs, réagit . Cette violation structurelle des règles implique que les pesticides actuellement sur le marché ne sont pas sûrs.

Mi-décembre 2015, le tribunal de la Cour de justice de l’Union européenne condamnait l’exécutif européen pour son inaction dans le dossier des perturbateurs endocriniens, catégorie à laquelle appartiennent de nombreux pesticides. La Commission avait été attaquée par la Suède, puis par la France, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, le Conseil et le Parlement européens, pour n’avoir pas déterminé les critères réglementaires définissant ces perturbateurs. Elle y était pourtant contrainte par la réglementation européenne.

Pesticides humour

Comment se protéger des pesticides ?

S’il est clair que dans un monde comme le notre, il est utopique de vouloir échapper totalement aux substances toxiques qui nous entourent, nous pouvons faire de notre mieux pour nous en protéger au maximum.

Bien sûr, il faut opter pour la consommation d’aliments biologiques afin de réduire son exposition à des substances chimiques. Gardez à l’esprit que vous diminuez drastiquement les dommages pour votre corps, mais aussi pour l’environnement, pour les ouvriers agricoles qui ont travaillé à produire ces aliments sans être exposés aux pesticides, pour les animaux qui ont vécu à proximité…

D’autre part, les fruits et légumes biologiques se sont avérés bien plus riches en antioxydants et en vitamines que les autres1415. Le bénéfice est donc double.

Fuck Monsanto

Lorsqu’il n’est pas possible de manger bio (par exemple en vacances, sans magasin bio à proximité), on peut sélectionner des fruits et légumes plutôt que d’autres.
Une association américaine à but non lucratif, Environmental Working Group, a ainsi dressé une liste des fruits et des légumes présentant le plus de résidus de pesticides, en étudiant les données de 43 000 tests menés de 2000 à 2004 par le ministère américain de l’Agriculture et par la Food and Drug Administration16.

Voici les fruits et légumes qui retiennent le plus les pesticides, par ordre décroissant de pesticides :
Pêche
Pomme
Poivron
Céleri
Nectarine
Fraise
Cerise
Poire
Raisin
Épinard
Laitue
Pomme de terre
Carotte
Haricot vert
Piment fort
Concombre
Framboise
Prune
Orange

Bien sûr, laver ces fruits et les légumes n’enlève pas tous les résidus de pesticides… Mieux vaut les peler, même si l’on perd, du même coup, une grande partie des nutriments (fibres, antioxydants…).

Fresh fruit in the basket

Halte aux mythes anti-bio !

L’agriculture biologique en France n’a jamais recours aux produits chimiques. Les pesticides ne doivent donc pas entrer en contact avec un fruit ou légume certifié bio.
Bien que certaines contaminations soient théoriquement possibles, à cause de l’eau, du vent ou de l’utilisation antérieure de pesticides (encore qu’il faille obligatoirement deux ans de carence sans utilisation de produits chimique pour pouvoir obtenir le label bio sur un sol), ces cas restent rares et les contrôles sont fréquents pour s’assurer que l’exploitant respecte cette règle de non-utilisation de produits chimiques1718.

Quand bien même, une fois de temps en temps, un produit bio que l’on ingère aurait sur lui une molécule de pesticide apportée par un coléoptère voyageur… Personnellement, je préfère absorber une goutte de poison qu’une coupe entière.

De plus, les agriculteurs bio prennent la plupart du temps toutes les mesures de précaution nécessaires pour éviter les contaminations extérieures (distances de sécurité avec les champs voisins, installation de haies, de fossés…). Ils y ont tout intérêt : si lors d’un contrôle, des résidus chimiques sont révélés au sein de leur production, ils peuvent perdre leur certification.
De même, les organismes certificateurs appliquent une grille d’analyse des risques pour éviter toute contamination19

 

Précisions :

  1. Le Blog TV News résume Cash Investigation []
  2. Risques sanitaires des pesticides — Le Monde []
  3. Pesticides et Parkinson — Le Monde []
  4. Les pesticides dans l’alimentation — Passeport Santé []
  5. Le vrai prix à payer — Le Monde []
  6. Quelles mesures contre les pesticides en France ? — Le Monde []
  7. Le Monde — Une consommation en hausse []
  8. Lire la lettre adressée par Stéphane Le Foll aux députés, quelques jours avant le vote []
  9. Bastamag []
  10. Pesticides : problèmes au niveau européen — Le Monde []
  11. Bruxelles reporte un vote sur le glyphosate — Le Monde []
  12. Décision du 18 février du médiateur européen []
  13. Pesticides : laxisme à Bruxelles — Le Monde []
  14. Davantage d’antioxydants dans le bio — Vegactu []
  15. Davantage de phytonutriments dans le bio — Passeport Santé []
  16. Manger sans risques — Passeport Santé []
  17. Les contrôles du bio — Agence Bio []
  18. Que penser du bio ? — Passeport Santé []
  19. Peut-on développer la bio à proximité des exploitations conventionnelles ? []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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