Tout ce qu’il y a de stupide dans la dernière vidéo de Marineland

C’est l’été et le Marineland d’Antibes, après le succès de leur journée portes-ouvertes, le 30 juin (entrée gratuite pour tout le monde, gradins pleins à craquer, cf. photo en bas de l’article), publie aujourd’hui une vidéo explicative de “[leur] mission, [leurs] valeurs et [leurs] activités ». Or cette vidéo est complètement ratée. Et on ne parle pas de fact-checking ou de mensonges (enfin un peu quand même, bien sûr) : juste d’une succession hallucinante de lapsus. La preuve en 17 points (désolé, c’est pas un chiffre rond).

1. Cette vidéo commence précipitamment. On dirait un gosse envoyé au tableau qui récite son poème à tout berzingue, histoire de pouvoir aller se rasseoir le plus vite possible.

2. La voix off est celle de ces voix mielleuses qu’on entend dans les films de science-fiction pour symboliser les sociétés déshumanisées : aucune intonation, aucune humanité.

3. Le bonhomme Playmobil censé incarner le Comte Roland de la Poype, du fait de la position de ses sourcils, a l’air inquiet. Pourtant, il sourit. Marineland aurait pu relire la vidéo qu’on leur a livrée : les petits personnages qui interviennent ont tous l’air un peu contrits, un peu inquiets, comme s’ils se forçaient à sourire malgré un vilain mal de bide.

4. Cette vidéo donne d’ailleurs envie de regarder qui était ce Comte Roland de la Poype (1920-2012) : on découvre ainsi avec étonnement qu’il fut un pilote hors-pair combattant sur le front Russe pour l’Union soviétique, qui le décorera. Très bien, mais on découvre aussi son amour pour le plastique (“Roland de La Poype comprend que l’avenir appartient au plastique et aux emballages jetables” , Wikipédia) – ce qui ne manque pas de piquant quand on sait que les océans sont désormais couverts de plastiques à cause de ce genre d’inventeurs de génie.

5. Les étoiles dans les yeux de la petite fille à qui l’otarie fait coucou ressemblent à une sorte de champignon mousseux qui se serait déposé sur ses iris.

6. Les mots “éducation”, “recherche”, “conservation” défilent à une vitesse telle qu’on a encore l’impression du gosse qui récite sa leçon – sans y croire, donc, sans l’avoir vraiment fait sienne : à peine le temps de lire, ces grands mots sont balancés comme des poncifs – à la vitesse d’une giclée de poudre aux yeux. Abracadabra !

7. “Les animaux et leur bien-être sont l’essence même de Marineland », entend-on sur l’image d’une orque entourée de requins, d’une tortue, de dauphins… en liberté ! Où sont les murs du bassin dans l’image évoquant le bien-être des captifs ? Hein ? Hein ? Hein ? Fallait vous relire, quoi.

8. La ribambelle de Playmobil qui apparaît ensuite ont tous l’air plus payés pour sourire les uns que les autres. A croire que l’animateur chargé du design a vu Blackfish. Ne manquez pas les rangs d’hommes en noir dans leur dos, suggérant bien la part d’ombre qui sépare ces figurines vénales et souriantes au premier plan… des malheureux dauphins, qu’on voit sauter, à l’arrière-plan, derrière les hommes en noir. Quant à l’orque qui vient soudain ramper au premier plan, elle est d’une rigidité assez parlante, la pauvre…

9. Regardez la manche derrière la main qui tient l’éprouvette, derrière celle qui tient la loupe, et le petit fist-bump fraternel qu’elles échangent : censées représenter Marineland et la fondation Parques Reunidos, elles ressemblent à s’y méprendre aux jolies chemises blanches assorties de boutons de manchette des traders qui sont les véritables patrons de ces mouroirs.

10. L’apparition des deux “90”, en plus d’être grotesque, montre bien qu’on est ici chez des gens qui manipulent les animaux à des fins d’élevage. Les étoiles qui apparaissent à côté des spermatozoïdes ressemblent plus aux étoiles de MarioLand qu’à celles du drapeau européen : elles apparaissent les unes après les autres, comme les petits dollars qui s’accumulent à la fin de la partie !

11. Par “reproduction”, on entend “manipulation des cellules”, clairement : les animaux sont totalement ignorés pendant toute cette partie de la vidéo.

12. “Marineland a connu plusieurs centaines de naissances naturelles de toutes espèces ». Aïe aïe aïe. En ne précisant pas “naturelles”, la vidéo ne nous amenait pas à nous poser des questions sur la légitimé de ce mot-là. Or les fécondations évoquées par les spermatozoïdes et les cellules, dans les secondes précédentes, n’annonçaient rien de naturel, et suggéraient plutôt des manipulations d’ordre génétique, scientifique. Et puis, surtout… Bon, c’est un peu facile, mais… Des centaines de naissances naturelles… Pour combien de morts non-naturelles ? Ce n’est certainement pas le blog de Marineland qui vous le dira.

13. “Aucun dauphin issu des dry fisheries n’est jamais entré en France ». En général, quand on promet qu’on n’a vraiment rien fait de mal du tout, tout en mentionnant un acte ouvertement cruel et interdit (la capture de dauphins!), c’est probablement pour détourner l’attention du fait qu’on fait peut-être quelque chose de mal… mais peut-être pas aussi cruel, et surtout pas aussi interdit. Quoi par exemple ? Oh, je sais pas, enfermer des cétacés dans des bassins, les empêcher de sortir, et les faire parader tous les jours… C’est légal, certes. Mais est-ce que c’est bien ? Ce lapsus le prouve : leur conscience les travaille.

14. Et hop : la vidéo de Keiko qui coule parce qu’il a été relâché. Ici, la vidéo semble plus s’adresser aux anti-Marineland qu’aux aficionados ; elle est en tout cas sur la défensive, quand il devrait lui suffire de vanter les mérites du parc. Oui, relâcher des animaux dépressifs aux dents limées reviendrait à les condamner à mort, mais il y a un juste milieu – les baies, les criques fermées – que la vidéo ignore délibérément. Un peu comme ces gens qui vous disent que, puisqu’on ne peut pas vivre sans tuer d’animaux, autant continuer de financer les abattoirs en consommant de la viande.

15. La tronche du bonhomme Playmobil sous les deux bâtiments mous qui s’assemblent au-dessus de sa tête, censés représenter les institutions qui avalisent Marineland, ne paie pas de mine. Il a l’air terrifié !

16. Incroyable désinvolture du geste représentant la façon dont Marineland finance l’éducation et la conservation… La pièce est éjectée du bout du pouce par le poing anonyme qui faisait le fist-bump au trader peu avant : “tiens gamin, pour t’acheter des bonbons.” Franchement antipathique.

17. Quant au final sur les ours polaires… On nous explique que les ours ne souffrent pas de la chaleur parce qu’ils sont blancs ! On laissera répondre les spécialistes, ou les enfants de CP, qui ont le bon sens nécessaire pour répondre. Quoique, après tout, c’est peut-être vrai… On se contentera de constater que ce baratin mis-en-scène comme une pub pour de la lessive élude précautionneusement la question de la taille des enclos.

Les gradins de Marineland sont en ce moment à moitié vides !
Les gradins de Marineland sont en ce moment à moitié vides !

A propos de Camille Brunel

Camille Brunel
Je suis critique de cinéma & journaliste pour le magazine Usbek & Rica. J'ai aussi écrit La Guérilla des Animaux, qui sortira le 16 août 2018. Autour du militantisme antispéciste (comme promis).

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