Transformers 4, le cri du cochon

Transformers 4 est exactement ce qu’il a l’air d’être, et même plus : bruyant, laid, idiot, pas très original et finalement assez radin sur le spectacle (les « Dinobots » n’apparaissent qu’à la fin, remboursez !). Ceci étant dit, cet hymne à la bagnole situé dans les deux pays les plus polluants de la planète (USA, Chine) se retrouve, de façon totalement incongrue, par glisser à plusieurs reprises des messages quasi-subliminaux… en faveur du végétarisme. Comme disait John Malkovich dans Transformers 3 : « W.T.F. to that. » Et pourtant.

Cela commence très tôt, lors d’une scène dans une petite ville du Texas. Michael Bay prend tout ce qui lui passe sous la main pour donner de la dynamique à ses plans souvent très courts. L’un de ces plans, situé à un carrefour, se voit traversé par un camion emmenant des porcs à l’abattoir : le temps de voir passer la ligne rouge de la remorque, et de les entendre grogner. Ce n’est encore qu’un détail mais a priori, quand on aime la viande, on ne filme pas de camions remplis d’animaux, même une demi-seconde. La chose se confirme lorsqu’un peu plus tard le méchant potentiel, un businessman mégalo et ridicule joué par Stanley Tucci, propose un dîner à son ex-femme. Il le lui propose en ces termes : « Côte de bœuf ? » Et l’ex-femme, personnage plutôt vertueux, de fermement décliner la proposition. Or de leur côté, que mangent les trois héros en cavale ? Cela va très vite, ouvrez les yeux : le jeune homme parti chiper de la nourriture chez un épicier ramène au bodybuildé Mark Wahlberg une bouteille de « protéines ». Un plan très court sur la bouteille en question apporte la confirmation, à laquelle on peine à croire : comme le Noé de Darren Aronofsky, voici le deuxième blockbuster de l’année où les héros carburent aux protéines végétales…

Tout ceci pourrait encore n’être qu’une coïncidence mais Michael Bay est peut-être ce monstre à deux têtes, prosélyte de l’armée américaine d’un côté, et sensible au droit des animaux de l’autre. A part quelques chihuahuas, quelques bouledogues virils et une paire de colombes pour faire joli, les animaux ne sont certes pas légion dans son cinéma ultra-mécanisé. On se souvient, dans Transformers 2, d’une jolie panthère au début (sans doute un stock-shot acheté à la BBC), et d’une poule qui se faisait un peu secouer (rien de bien méchant). Mais de la même manière que la saga X-Men fonctionne par moments comme une parabole de la condition homosexuelle, il se pourrait que la saga Transformers fraye avec l’antispécisme. Le rapport des hommes aux intelligences non-humaines (ici, les aliens) est souvent remis en question, d’un épisode à l’autre : dans cet épisode 4, notamment, les humains décident d’asseoir leur domination sur la Terre, et de ne la partager avec aucune autre espèce – fut-elle aussi évoluée que ces robots métamorphes venus de l’espace. S’ensuivent une scène de chasse au robot, dès le début du film, où le réalisateur s’attarde sur la peur et l’incompréhension de « l’animal », et une autre où un transformer est enfermé dans un laboratoire et forcé d’accomplir, une sorte de casque électronique sur la tête, toutes sortes d’expériences. Chez Michael Bay, tout va très vite. Et c’est assez très rapidement et au détour d’une vanne qu’en pleine séquence finale, l’un des personnages s’excuse de ne pas suffisamment s’intéresser aux « débats sur la bioéthique ». Il avait certainement entendu ce cri, rugi un peu plus tôt par le leader alien Optimus Prime : « Nous ne sommes pas votre technologie ! » C’est amusant : on jurerait entendre, alors, la traduction de ces fameux cris de cochons, poussés au tout début du film…

A propos de Camille Brunel

Camille Brunel
Je suis critique de cinéma & journaliste pour le magazine Usbek & Rica. J'ai écrit La Guérilla des Animaux (Alma) et le Cinéma des Animaux (UV Editions).

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