Un article sur les bruits du zoo, prétexte à la flagornerie...

Le zoo de Vincennes semblable à l’Amazonie ? Le délirant article de Télérama pour l’enfermement des animaux

Nous avons déjà déclaré ici notre admiration pour Télérama, capable de dérouler le tapis rouge à Joaquin Phoenix1 et de le laisser parler de son véganisme sans le censurer dans ses colonnes. Télérama, d’habitude, chronique juste et bien chaque émission télé ou radio qui remet en question la consommation de viande, chaque documentaire sur l’animal et nous, chaque enquête dans les abattoirs.

Mais Télérama m’a cruellement déçu dans son numéro de mercredi dernier. Dans la rubrique “Votre semaine radio”, on trouve un article intitulé LA PAROLE AUX ANIMAUX.
Avec un titre pareil, on s’attend à une démonstration en règle de la nécessité d’aller vers plus de bien-être animal, et à des pistes pour y parvenir. Quel ahurissement de constater qu’il s’agit d’un article qui tresse les louanges du zoo de Vincennes !

Plus précisément, il s’agit d’une chronique d’une émission de France Culture consacrée à Rodolphe Alexis, artiste du son, qui a décroché l’autorisation de placer ses micros au zoo de Vincennes. Une chronique qui semble être un simple prétexte pour dépeindre les zoos comme de vrais petits coins de paradis

Zoos

Démesure, mauvaise foi et biais de confirmation

Premier paragraphe de la chronique, le ton est donné : la terre du zoo dégagerait “une odeur semblable à celle de la forêt amazonienne ». Rien de moins. Rodolphe Alexis “songe à ces jours passés au Costa Rica (…) Ici, les sensations sont identiques ». Carrément. Carole Lefrançois, la journaliste Télérama qui ne craint décidément pas les comparaisons abusives, parle même de la canopée pour évoquer les arbres du zoo.
Impressionnant. Les compagnies aériennes risquent de faire faillite.

Rodolphe Alexis, nous dit-on, a enregistré “un maximum de communications sociales” entre babouins (quel bonheur d’être un babouin derrière une vitre du zoo de Vincennes), dirigé sa perche vers “un ara bleu en vol” (prisonnier dans la volière, ce qui ne sera pas évoqué dans l’image d’Epinal de l’article).

Il a saisi avec un hydrophone “le sifflement aigu du lamantin sous l’eau” . Cela aurait été du bon journalisme de rappeler qu’un jeune lamantin du zoo de Vincennes est mort noyé, il y a moins de deux ans, coincé dans une canalisation2.

L'environnement artificiel des babouins de Vincennes © F-G Grandin / MNHN
L’environnement artificiel des babouins de Vincennes © F-G Grandin / MNHN

L’envers du décor ?

L’artiste du son a voulu également “montrer l’envers du décor” , d’après l’article. Aurait-il filmé les troubles obsessionnels d’animaux privés de liberté ? L’euthanasie des mammifères à reproduction rapide moins “chouchous du public” que la girafe ?

L’envers du décor selon Rodolphe Alexis et Carole Lefrançois : la nurserie, les soigneurs. Sans commentaires.

Pour couronner le tout, on apprend qu’une sélection des travaux de l’artiste est bien sûr destinée à la promotion du zoo.

"Bien sûr, les choses sont légèrement différentes dans la nature..."
“Bien sûr, les choses sont légèrement différentes dans la nature…”

Un peu de recul n’aurait pas nui

Un peu d’objectivité, de jugement auraient fait du bien à la chronique radio que nous épinglons aujourd’hui (et à l’émission de France Culture, cela va de soi). La journaliste semble avoir arrêté sa réflexion à “c’est mignon les animaux” — elle a juste assez de métier pour l’exprimer mieux que cela, et éviter que cela se remarque trop. Mais, soyons francs, elle en est restée au point de l’adolescente qui tient un Skyblog sur les chatons.

Non, Carole Lefrançois, un animal captif ce n’est pas beau. La terre mouillée de Vincennes ne sera jamais l’Amazonie pour ceux qui y vivent prisonniers. Et les babouins de Guinée ont beau vivre en famille, ils sont à chaque instant en manque de liberté.

La parole aux animaux” ? Ce titre, dans ce contexte, sonne comme une véritable provocation.

Nous apprécions, d’habitude, le côté avant-gardiste dont sait faire preuve Télérama, ses valeurs humanistes, son courage journalistique. C’est précisément pour cela que nous voulons montrer du doigt cet article décevant, primitif et niais, qui ressemble à la mauvais dissertation d’un lycéen pas très futé. Rendez-nous notre Télérama habituel !

Pour le faire savoir à l’hebdomadaire, cliquez ici.

  1. Joaquin Phoenix dans Télérama []
  2. Mort du lamantin de Vincennes []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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