Une cérémonie pour dénoncer les pubs carnistes les plus hypocrites

Les premiers trophées des bêtes noires de la pub – 24 juin 2016

Avant de commencer à lire notre compte-rendu des premiers Trophées des Bêtes Noires de la pub, qui dénonçaient les pubs les plus hypocrites et les plus spécistes passées cette année, jetez donc un œil à l’article paru dans Le Parisien au lendemain de la cérémonie : seule “journaliste papier” à avoir été présente, Marion Ablain a ensuite interrogé les marques récompensées, et leurs réponses valent leur pesant de nuggets aux os broyés.

C’est fait ? Bon. Ils sont mignons, chez Charal, à “ne pas comprendre la polémique ». A croire qu’ils ont vraiment oublié qu’on ne s’amusait pas à dessiner des cœurs avec des morceaux d’animaux. Le premier prix de la cérémonie, celui du mauvais goût leur revient donc logiquement, décerné par Brigitte Gothière, qu’on ne présente plus, et Raphaël Mezrahi, qu’on ne présente plus non plus. Il devrait parvenir à Charal dans la semaine, avec accusé de réception… Allez, ils peuvent être fiers (quelques secondes, avant d’avoir honte) : les internautes ayant voté ont trouvé leur petit montage morbide plus choquant que la célèbre pub végéphobe d’Aoste, elle aussi nommée dans la catégorie “mauvais goût”.

Charal remporte le prix du mauvais goût avec cette publicité morbide.
Charal remporte le prix du mauvais goût avec cette publicité morbide.

Et Gothière de rappeler, contre Charal, une citation de Lamartine – ce qui revient un peu à attaquer Donald Trump avec un fleuret ciselé incrusté de pierres précieuses, mais n’en est pas moins efficace, après tout :

On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux, un pour les humains : on a un cœur, ou on n’en a pas.

S'il vivait à notre époque, Alphonse de Lamartine aurait été invité aux Bêtes Noires de la Pub
S’il vivait à notre époque, Alphonse de Lamartine aurait été invité aux Bêtes Noires de la Pub

En parlant de cœur – les animateurs évoquèrent à plusieurs reprises des pressions de la part des marques, sous la forme de mails menaçants reçus de la part d’individus associés à l’industrie de la mort animale. Or l’un de ces mails semble avoir été envoyé… par la marque Bleu Blanc Cœur. Ok, on résume : un cœur pour les gens qu’on aime, un cœur pour les animaux qu’on aime mais qu’on tue, et pas de cœur pour les défenseurs des animaux, c’est ça ?

Animée par Christine Berrou, comédienne du Djamel Comedy Club, et Guillaume Pot, animateur sur Rires et Chansons, la cérémonie s’est déroulée à la Maison des Vétérinaires, métro Voltaire, dans une salle mise à disposition grâce à l’Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir (OABA), l’une des nombreuses associations animalistes représentées ici – outre L214, la cérémonie était organisée par Animal Cross, sur le site de laquelle on trouvera l’intégralité du palmarès, et des photos de la cérémonie. Les différents prix du palmarès étant les suivants : le mauvais goût, le packaging trompeur, la victime consentante, l’animal effacé, l’élevage heureux et l’alibi santé – hormis la première, ces catégories correspondent aux différentes stratégies de mystification mises en oeuvre par la propagande carniste.

Raphaël Mezrahi, Guillaume Pot et Christine Berrou
Raphaël Mezrahi, Guillaume Pot et Christine Berrou en profitent pour faire un peu de — bonne — pub à la Veggie Pride

Les remises de prix étaient entrecoupées d’interventions extérieures : d’abord Marion Seclin, YouTubeuse ayant posé avec humour le problème des pubs spécistes ; puis Giedré, chanteuse lituanienne excellant dans le domaine de l’ironie et dont la chanson, à la gloire de la capacité humaine à détruire tout ce qui bouge, se mariait parfaitement avec le côté juvénile de son visage et de sa mélodie joué à la guitare.

Marion Séclin
Marion Séclin
Boris Khalvadjian, avocat, présent à la cérémonie des Bêtes Noires de la Pub
Maître Boris Khalvadjian, présent à la cérémonie des Bêtes Noires de la Pub

Anne-Sophie La Bajon, humoriste, s’est ensuite fendue d’un sketch assez marrant, où elle endossait le rôle d’une agent de stars animales (les problèmes de maquillage de la vache Milka, les problèmes de cœurs du hérisson Spontex avec son éponge…). Jolie punchline finale : “Quand un animal meurt, il devrait avoir un cercueil, pas une barquette !” Ce fut ensuite à Boris Khalvajian, avocat au barreau, de nous expliquer comment la pub peut se permettre de mentir à se point. Pour faire court (la vidéo de son intervention sera bientôt en ligne), rien ne prouvant officiellement qu’un animal est malheureux, on peut à peu près vendre toute la viande heureuse qu’on veut…

Après avoir récompensé Charal, Lou Pérac, Quick, Les Produits Laitiers, et une pub un peu louche pour du foie gras (“Offrez du foie gras, on s’en souviendra” – sous-entendu : et le canard, oublions-le !), ces premiers Trophées des Bêtes noires de la pub se sont achevés sur un buffet végane, et l’on en attend avec impatience la seconde édition, à laquelle Nicole Ferroni et Guillaume Meurice, de France Inter, pourraient se joindre. Plus on est de fous, plus on sauve d’animaux.

Brocéliande remporte le prix du packaging le plus trompeur.
Brocéliande remporte le prix du packaging le plus trompeur.

Prix de la victime consentante :

Gagnant dans la catégorie “prix de l’illusion de l’élevage heureux” :

Prix de l’alibi santé :

Prix de l’animal effacé :

A propos de Camille Brunel

Camille Brunel
Je suis critique de cinéma & journaliste pour le magazine Usbek & Rica. J'ai aussi écrit La Guérilla des Animaux, qui sortira le 16 août 2018. Autour du militantisme antispéciste (comme promis).

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé en actualité vegan, recevez chaque weekend l'essentiel de Vegactu !