Extrait de la couverture de Véganes n°1

On dévore “véganes”, la revue qu’on attendait depuis longtemps !

Alors qu’on trouve de plus en plus de magazines végés en kiosque (Esprit Veggie, Slowly Veggie, et tout récemment Veg), aucun ne nous a réellement convaincu, bien au contraire. Surfant sur la vague flexitarienne / végétarienne, les réflexions y sont trop souvent poussives, et les recettes… trop souvent végétariennes. On se demande presque quand débarquera le premier magazine ouvertement orienté flexitarien, avec des recettes de burger au boeuf sauce vegan.

Heureusement, parallèlement à cette production qui vise plutôt la recherche d’un nouveau marché que la cohérence éditoriale et éthique, un magazine a fait des choix plus intéressants.

Véganes, autrefois nommé Versus, ne surfe vraiment pas sur la facilité. Cette revue bi-annuelle, créée en 2015 par un collectif montréalais et animée par son rédacteur en chef, le philosophe Martin Gibert, est éditée pour la première fois simultanément au Québec et en France. C’est la première revue consacrée intégralement à la thématique végane, et un deuxième numéro est déjà attendu pour l’automne.

Aymeric Caron, Marie Laforêt, Élisée Reclus, Ophélie Véron…

Très engagés dans le militantisme végane et antispéciste, Martin Gibert et les autres membres du collectif montréalais font appel à des figures de proue du véganisme (Brigitte Gothière, Aymeric Caron, Marie Laforêt…) dans cette revue qui reflète leurs valeurs : défense de la cause animale, féminisme, écologie, alimentation…

Le sommaire de cette revue est si riche que nous allons résumer ce qui nous touche le plus. Bien plus qu’une revue, Véganes est en quelque sorte le renouveau des encyclopédies : une mine de renseignements, d’illustrations, un objet qu’on chérit et qui trône fièrement sur notre bibliothèque.

Petit tour d’horizon, gros coups de cœur

L’entrevue

Dans son entretien intitulé le nouvel humanisme, Aymeric Caron nous parle de sa vision de l’écologie et du développement durable. Très critique sur notre société, l’auteur d’Antispéciste (qu’on aurait aimé voir préfacer la BD “Antispécisme” d’Insolente Veggie ;)) développe sa vision de l’écologie qui doit inclure “le respect du vivant sous toutes ses formes”.  Loin de rester théorique, il évoque la création d’une “Assemblée naturelle” au sein du Parlement qui aurait pour but de tenir compte de toutes les conséquences de nos décisions sur le vivant. À la manière de Zoopolis, Aymeric Caron pense un monde éthique, végane, où le respect des humains et celui des animaux serait une norme. Norme qui serait aussi forte qu’il semble aujourd’hui normal, naturel et nécessaire de ne pas utiliser quiconque en tant qu’esclave.

La recette

Mini boules de mozzarella végétale panées. Par Marie Laforêt.

Que serait la gastronomie végétale sans Marie Laforêt ? À l’honneur dans Véganes, ses fromages frisent la perfection, notamment la recette de boules de mozzarella panées au basilic. À base de lait d’amandes et de yaourt de soja nature, ces petits délices feront à coup sûr l’unanimité. À consommer nature, ou bien évidemment panées pour impressionner davantage vos convives.

L’histoire

Et si la géographie n’était pas seulement celle de Paul Vidal de La Blache avec ses monographies paysagères ? À la même époque (XIXème siècle, début XXème) vivait Élisée Reclus, un géographe avec une vraie vision du monde, et végétarien. Totalement occulté de nos jours dans nos universités, le géographe anarchiste a payé cher son engagement, jusqu’à son omerta généralisée aujourd’hui. Le comble ? C’est une revue d’histoire, Hérodote, qui le considère comme l’un des géographes les plus importants de son temps. Collègues géographes, vous avez bien du travail pour compenser ces décennies de silence, notamment pour corriger cette géographie d’aujourd’hui qui mériterait de se renouveler et d’hériter des idées d’Élisée Reclus.

Véganes cite plusieurs extraits d’Élisée Reclus, rédigés dans le cadre de La Réforme alimentaire paru en 1901, dont

Cette morale est qu’il y a deux droits des gens, l’un qui s’applique aux jaunes, l’autre qui est privilège des blancs. Assassiner, torturer les premiers semble désormais permis, tandis qu’il serait mal de le faire aux seconds. Mais à l’égard des animaux, la morale n’est-elle pas également élastique ? En excitant les chiens à déchirer le renard, le gentilhomme apprend à lancer ses fusiliers sur le Chinois qui fuit. Les deux chasses ne sont qu’un seul et même sport […]. Ce n’est point une digression de mentionner les horreurs de la guerre à propos des massacres de bétail et des banquets pour carnivores. Le régime d’alimentation correspond bien aux mœurs des individus.

Ces mots ont été écrits en 1901, entre la guerre franco-allemande de 1870 et la première guerre mondiale, par un géographe français. Un siècle plus tard, tout a empiré, l’industrialisation de l’élevage en France fait de notre pays le premier abattoir d’Europe avec plus d’un milliard d’animaux tués par an.

Le film

Dès qu’on évoque le cinéma et la cause animale, on ne peut se passer de Camille Brunel. Lui seul peut faire ces liens qui nous échappent, et analyser aussi finement une œuvre d’un point de vue animaliste. Cette fois c’est à cœur ouvert qu’il évoque le film Gorge Coeur Ventre de Maud Alpi, et à cœur brisé qu’il met en garde contre Faeryland.

Il fut peut-être un temps où les activistes étaient si rares qu’ils ne pouvaient se permettre de choisir la qualité de leurs armes. Mais aujourd’hui […] l’on peut se permettre d’affirmer sa préférence pour Gorge Cœur Ventre plutôt pour Faeryland, voire affirmer que le premier est aussi précieux pour la cause que le second lui est nocif — à condition d’expliquer pourquoi, bien sûr.

Camille Brunel démontre ainsi le gouffre qui sépare les deux films : “Alpi fait son film pour les animaux, Ettori pour les véganes“.

En attendant l’automne et Véganes numéro 2

Ce mook, tant par sa qualité que sa quantité de collaborateurs, offre une pensée rafraîchissante, bien loin des classiques du genre. Très riches, ces 178 pages sauront vous parler, vous faire évoluer, vous faire réfléchir, vous faire voyager, et vous faire cuisiner ! La seule chose qui pourrait nous faire aimer davantage le prochain numéro serait la présence d’illustrations d’Insolente Veggie qui avait décliné par manque de temps. Mais on me souffle dans l’oreillette qu’elle sera bel et bien présente dans le numéro 2 !

Véganes, édité par les La Plage, est disponible chez les libraires, en kiosque, ou encore sur Amazon.

Comme Véganes, nous terminons sur une citation sans commentaire, mais ici issue de la revue :

Je considère que tout forme de vie sur terre doit être considérée en raison de sa valeur intrinsèque, et non de sa valeur utilitaire. Chaque être vivant sensible a le même droit que moi d’exister, car il est mu par le même “vouloir-vivre”. Je n’ai donc aucune légitimité morale à le priver de son droit à vivre qui est aussi élevé que le mien.

Aymeric Caron, “Véganes”, numéro 1 printemps été 2017.

A propos de Nicolaï Van Lennepkade

Nicolaï Van Lennepkade
Vegan, marathonien, grand fan de Morrissey, et actuellement doctorant à Toulouse spécialisé dans le traitement d'images satellites pour la reconnaissance des essences forestières.

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